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« Le prix demandé par EDF pour nous céder son électricité est inacceptable »

La Tribune

Publié le 19 décembre 2010 à 22:52 - Mis à jour le 19 décembre 2010 à 22:52

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18 juillet 2026

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La fusion de GDF Suez avec International Power vient de franchir une étape décisive avec son approbation, jeudi 16 décembre, par les actionnaires du groupe britannique. En quoi modifie-t-elle le profil de GDF Suez ?Cette opération est la plus importante fusion-acquisition intervenue dans le secteur mondial des « utilities » ces trois dernières années, sachant que le record précédent était détenu par la fusion entre Gaz de France et Suez. Avec International Power, nous devenons le premier énergéticien au monde, avec un chiffre d'affaires de 84 milliards d'euros, et nous dépassons ainsi E.ON qui était jusqu'alors le premier énergéticien. GDF Suez passe également de la huitième à la deuxième place du podium mondial des électriciens en termes de capacités de production, sachant que l'électricité pèse un tiers de notre chiffre d'affaires, à égalité avec le gaz et les services (environnement, énergie). GDF Suez double aussi sa présence à l'international, en particulier dans les pays émergents où vont être construites, d'ici à 2030, près de 80 % des nouvelles centrales électriques de la planète. Le groupe se renforce de façon considérable dans ces pays au moment où la croissance ralentit en Europe.En France, votre activité d'électricien va dépendre en grande partie du prix auquel EDF sera bientôt obligé de vous revendre de l'électricité dans le cadre de la loi Nome de réorganisation du marché. Ce prix doit être très prochainement fixé par décret. Que demandez-vous ?Nous demandons 35 euros le mégawattheure, qui nous paraît le bon prix pour plusieurs raisons. D'abord parce que le prix de revient de l'électricité nucléaire d'EDF, auquel se réfère la loi Nome, est de 31 euros le MWh. C'est à ce prix que nous rachetons une partie du courant des centrales du Tricastin et de Chooz. Nous le savons d'autant mieux que nous exploitons sept centrales en Belgique où notre prix de revient est de 10 % inférieur car nous obtenons une meilleure disponibilité de notre parc. Mais surtout, le tarif réglementé en vigueur pour les particuliers correspond à 35 euros le MWh. La loi Nome doit permettre une vraie concurrence sur le marché des particuliers. Nous n'allons pas acheter l'électricité 42 euros, le prix demandé par EDF, pour la revendre 35 euros. C'est inacceptable !Que ferez-vous si le gouvernement donne gain de cause à EDF en optant pour un prix de 42 euros ?Nous n'aurons pas besoin de faire quoi que ce soit car, à 42 euros le MWh, la loi Nome ne servira à rien, et Bruxelles s'y opposera. Ce serait un retour pur et simple au monopole. EDF a déjà la chance, unique en Europe pour un ancien monopole, de ne pas être obligé de vendre la moindre capacité de production à ses concurrents. En Belgique, nous avons été obligés de céder des capacités nucléaires à EDF pour faire passer de 95 % à 60 % notre part de marché. EDF détient 90 % du marché français. Enfin, j'ajoute qu'il ne s'agit pas de « piller » EDF. Cela ne coûterait rien à EDF de vendre le MWh à 35 euros aux autres opérateurs plutôt qu'aux particuliers à ce même prix.Où en êtes-vous de vos ambitions nucléaires en France ?Nous nous sommes retirés du projet du deuxième réacteur EPR français à Penly car nous n'avons pas vocation à être seulement un partenaire financier de ce projet. Notre métier consiste à développer et exploiter des centrales électriques, pas à financer les projets de nos concurrents. Nous proposons de construire un Atmea, le petit frère de 1.100 MW de l'EPR développé par Areva et Mitsubishi, dans la vallée du Rhône, sur des terrains nucléaires sur lesquels nous avons des options. Les réacteurs de cette taille intermédiaire constituent la quasi-totalité du parc mondial actuel. C'est important pour la France de proposer un réacteur plus petit que l'EPR et de disposer d'une référence sur son territoire.Le départ de Jean-Louis Borloo, peu partisan du nucléaire, du ministère notamment en charge de l'énergie lève-t-il un obstacle à votre projet ?Mes relations avec Jean-Louis Borloo ont toujours été excellentes. Je fonde beaucoup d'espoirs dans la création d'un ministère de l'Énergie, rattaché au ministère de l'Économie. Certains pensent qu'il n'y a pas besoin d'une nouvelle centrale nucléaire en France. Mais la France importe de plus en plus d'électricité. Notre projet, pour lequel nous ne demandons aucune subvention, permettrait d'améliorer la sécurité d'approvisionnement, de diminuer les risques de panne et de créer de l'emploi.Êtes-vous favorable à une entrée d'EDF au capital d'Areva ?Jean-Cyril Spinetta, président du conseil de surveillance d'Areva, avait écarté cette idée. François Roussely ne l'a pas proposée dans son rapport. Si EDF était un actionnaire important, il serait en conflit d'intérêts avec les autres actionnaires sur la question du prix d'achat des équipements d'Areva. Par ailleurs, GDF Suez ne pourrait pas accepter qu'EDF, en tant que membre du conseil d'Areva, ait accès à ses dossiers nucléaires.Vous menez plusieurs projets nucléaires à l'international. La Chine fait-elle partie de vos cibles ?Le groupe est très présent en Chine à travers ses métiers de services et d'environnement. Nous irons en Chine construire et exploiter des centrales électriques, qu'elles soient hydrauliques ou nucléaires, quand les conditions le permettront. C'est-à-dire quand le mode de fixation du prix de vente de l'électricité pourra être déterminé, de façon irrévocable, sur le très long terme. Ce n'est pas le cas actuellement. J'ai refusé, il y a plusieurs années, une proposition du maire de Shanghai d'être le premier électricien international à y construire une centrale à gaz. Les groupes étrangers présents en Chine fournissent des prestations de conseils et de services mais ne vendent pas d'électricité. Pour ce qui nous concerne, nous avons des projets nucléaires au Brésil, en Roumanie, en Grande-Bretagne (où nous prendrons une décision d'investissement d'ici à 2015), en Italie, et dans quelques autres pays ciblés.

La Tribune

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