Le retour de la gauche de gouvernement

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Cinquante ans après le Bad Godesberg des socialistes allemands, le Parti socialiste français, converti de longue date à l'économie de marché, fait entendre depuis quelques semaines, par la voix de plusieurs de ses présidentiables, une petite musique réaliste, un air réformiste qui suscite colère à sa gauche et intérêt au Modem et chez les Verts.Le PS semble privilégier la recherche de crédibilité plutôt que le choc des formules ou des propositions pour contrer Nicolas Sarkozy, qui s'est révélé un hyperprésident très mobile sur le terrain idéologique.En 2007, Ségolène Royal avait fait de « l'ordre juste » le maître mot de sa campagne présidentielle. Remis au goût du jour, le slogan des socialistes pour 2012 pourrait être celui de la « réforme juste ».C'est Martine Aubry qui brise un tabou en déclarant dimanche sur RTL qu'on va « très certainement » vers un report du départ en retraite « à 61 ou 62 ans » (sous-entendant, un recul de l'âge légal) sous conditions. C'est François Hollande, qui, lundi dans « La Tribune », souligne que l'État « n'est pas un tiroir-caisse » et que la gauche « ne peut pas laisser espérer que nous allons distribuer inconsidérément un argent que nous n'avons pas ».Du côté de « la gauche de la gauche », ce retour en force de « la culture de gouvernement », qui s'accompagne dans les sondages d'une progression de ses promoteurs, ne passe pas. Pour Jean-Luc Mélenchon, qui a quitté le PS pour créer le Front de gauche, Martine Aubry a « tiré une balle dans le pied » de la gauche et des syndicats avec ce que le Parti communiste qualifie de « sortie irresponsable » sur les retraites. Henri Emmanuelli, membre de l'aile gauche du PS, déclare que toucher à la retraite à 60 ans, « une conquête sociale majeure », serait « un très mauvais symbole ».Michel Rocard affirme de son côté que Martine Aubry a tout simplement fait preuve de « courage », et Manuel Valls se prononce même pour un « pacte national » entre majorité et opposition sur la question des retraites. Quant aux Verts, ils jugent « inéluctable » un allongement des durées de cotisation.Pour François Hollande, qui ambitionne, tout comme Martine Aubry, de conduire la gauche à la présidentielle de 2012, il convient toutefois de « ne pas tenir un discours qui serait uniquement celui de la rigueur, sans contrepartie ». Ne pas désespérer Billancourt donc, même si « la crise est passée par l࠻. La leçon de François Mitterrand ? rassembler la gauche pour s'élargir ensuite ? demeure le credo électoral des socialistes.Martine Aubry prend d'ailleurs bien soin d'adresser des messages à l'électorat de gauche, notamment quand elle provoque Nicolas Sarkozy et Éric Besson en les mettant au défi de faire voter, sans attendre, « une loi de la République » pour le vote des étrangers aux élections locales.Tous ces débats illustrent au passage la difficulté pour le PS de constituer le périmètre des alliances qui lui permettrait de revenir au pouvoir en 2012, dix ans après le séisme du 21 avril 2002.Lionel Jospin s'était appuyé sur le triptyque PS-PC-Verts pour gouverner pendant cinq ans, mais la « gauche plurielle » avait sombré avec les divisions du premier tour de la présidentielle. En 2007, Ségolène Royal a réussi à cimenter à nouveau la gauche et les écologistes, mais elle a échoué dans sa tentative de rallier le centre de François Bayrou. Aujourd'hui engagée dans la bataille régionale en Poitou-Charentes, l'ex-candidate essaie de donner vie à sa coalition « arc-en-ciel », de l'extrême gauche au Modem. Et Martine Aubry, pourtant élue à la tête du PS en novembre 2008 sur le rejet de toute alliance avec les centristes, lui a laissé carte blanche. Comme un signal adressé à François Bayrou.

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