Un G7 par téléphone

Il a fallu un choc nucléaire pour que les grandes puissances économiques mondiales agissent de façon concertée. Vendredi matin, la Banque d'Angleterre, la BCE, la Banque du Canada et la FED se sont jointes à la Banque du Japon pour intervenir sur le marché des changes. Le yen avait atteint un record la veille, légèrement au-dessus de 76 yens pour 1 dollar, suite aux rapatriements massifs de capitaux par les investisseurs et les groupes japonais. La Banque du Japon n'avait pas les moyens de lutter seule contre cette vague acheteuse qui allait asphyxier un peu plus l'économie japonaise. Il fallait intervenir. Et de façon concertée. Il a suffi d'une conférence téléphonique pour que les 7 se mettent d'accord. Une première depuis 2000, date à laquelle ils avaient dû acheter de l'euro pour soutenir la monnaie européenne peu de temps après son introduction.Au-delà du yen, au-delà du marché des changes, au-delà du Japon, cet événement est un événement majeur. À deux titres. Il prouve que quand les grands de ce monde économique sont décidés à agir ensemble, ils peuvent le faire. Et que les marchés les écoutent. Le yen s'est instantanément replié sur l'intervention et la volatilité s'est effondrée, signe que les spéculateurs ont compris la leçon et redoutent une nouvelle frappe sur le yen. Il prouve aussi que nous n'avons pas besoin de ces grands cirques médiatiques de deux jours, ces G7, 8 ou 20 pour parvenir à des vraies actions. Un simple coup de fil a produit plus d'effets que les trois ou quatre derniers G20.Une première conclusion. En ces temps de rigueur budgétaire et de souci de pollution, il faut que les « G » se fassent en conférence téléphonique ou en visioconférence. C'est moins coûteux, moins émetteur de CO2, moins ridicule (ras-le-bol de ces photos de groupe d'incompétence) et plus efficace. Mais on se prend aussi à rêver. Et s'il y avait une conférence téléphonique pour arrêter la guerre des changes ? Avec l'engagement des États-Unis et de la Chine d'arrêter de maintenir leurs monnaies artificiellement bas pour soutenir leurs exportations ? Du coup, la volatilité sur les changes pourrait chuter et les entreprises internationales travailler dans la sérénité.Puis une autre conférence téléphonique pour régler le problème de la dette des États avec une restructuration globale. Personne ne pourra jamais rembourser et on le sait. En contrepartie de cette restructuration, les États accepteront une réduction drastique des dépenses inutiles des États (la première étant la suppression du coût des G).Et enfin une autre réunion, celle-ci par visioconférence, pour briser la spéculation sur les matières premières en décidant tout simplement de ne plus autoriser les particuliers, les banques et les hedge funds à jouer sur les matières premières alimentaires avec un effet de levier. Là, ça prendra moins de cinq minutes. Il suffit d'imposer la remontée des marges sur les marchés à terme de matières premières de 5 % ou 10 % à 100 % pour atteindre un objectif essentiel, notamment pour les populations pauvres. Ce qui s'est passé vendredi matin est un événement majeur. Une lueur d'espoir. C'est la première fois depuis le déclenchement de ces crises à répétition que les grandes puissances économiques ont frappé vite, fort et efficacement.Espérons qu'il ne faudra pas attendre encore une nouvelle explosion nucléaire ou un choc pétrolier majeur pour que nous parvenions à déclencher un vrai processus de concertation. Par conférence téléphonique...

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