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Après l'État providence, l'État social 2.0 ?

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Publié le 20 mars 2011 à 20:25 - Mis à jour le 20 mars 2011 à 20:25

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Notre État providence - comme tous ses homologues européens - est fourbu. Mais l'inévitable remise en cause de notre modèle social ne signifie pas la fin du social ni même la fin du haut niveau de protection sociale auquel les Français sont légitimement attachés. Dans les frontières de l'ex-ligue hanséatique, une coalition de pays réformateurs dessine un nouvel État social protecteur. À la rencontre d'un double héritage : celui des social-démocraties nordiques réformées et celui d'une Grande-Bretagne au thatchérisme socialisé. Son socle, c'est le modèle nordique. Vedette du dernier forum économique mondial de Davos, celui-ci offre l'exemple d'État providence réformé par l'injection de mécanismes d'économie de marché : privatisations, délégations de service public, marché des droits à la retraite, établissements scolaires autonomes librement choisis, flexisécurité du travail...L'apport des Britanniques aujourd'hui, c'est le projet de « big society », c'est-à-dire d'un engagement de la société civile parallèlement au désengagement de l'État. Il ne se comprend qu'en référence au terme péjoratif de « big government » qui dans le monde anglo-saxon désigne un état bureaucratique coûteux et envahissant. Si pour beaucoup de Britanniques, la « big society » n'est qu'un habillage de coupes budgétaires liées à un plan exceptionnel de rigueur, la démarche de David Cameron et de son gouvernement se veut profondément politique... voire éthique. Cette nouvelle approche s'inscrit d'abord dans le cadre d'une conception moderne de la justice sociale qui privilégie l'ouverture d'opportunités à ceux qui sont en bas de l'échelle sociale et l'augmentation du niveau de vie par la croissance plutôt que par la redistribution. Cette nouvelle approche procède aussi d'un renouveau politique de l'attention aux autres et de la prise en compte de l'empathie naturelle des êtres humains. Une empathie souvent étouffée par des mécanismes de solidarité étatiques qui non seulement conduisent à une solidarité froide, bureaucratique et dispendieuse, mais encore à une atrophie des vrais sentiments de solidarité : « Pourquoi m'occuper de mon voisin dans la détresse ? Il y a des fonctionnaires pour cela, payés par mes impôts ! »Cette conception d'une solidarité de proximité, plus efficace et plus chaleureuse, se retrouve dans les conceptions aussi diverses que celle du « care » mise en avant par Martine Aubry, ou celle du « compassionnel » des conservateurs américains. Car il existe bien d'autres formes de solidarité que la solidarité d'État : les solidarités familiales, locales, professionnelles. Beaucoup d'entre elles échappent à toute évaluation marchande. Elles offrent une grande souplesse d'adaptation : les valeurs partagées sont plus efficaces que les réglementations formelles. Elles ajoutent une dimension relationnelle et affective. Elles permettent de prendre en charge - au moins partiellement - des risques sociaux complexes qui, à l'instar de la dépendance, sont difficiles et même impossibles de transférer à l'État. Concrètement, le concept de « big society » se traduit aujourd'hui en Grande-Bretagne par des dispositifs et des expérimentations qui dans tous les domaines - la santé, les transports, les parcs publics, la gestion des écoles ou des crèches - entendent favoriser largement l'engagement citoyen, l'autonomie et la décentralisation. Trois exemplesL'instauration d'un « crédit universel ». Permettant de mieux cibler les aides sociales. Sorte « d'impôt négatif », il se substitue de façon claire à toute une série de prestations sociales qui se chevauchent et enferment des pans entiers de la population dans la pauvreté. L'encouragement des citoyens, lorsqu'ils ne sont pas satisfaits d'un service public, à s'associer pour en récupérer la gestion et les subsides publics correspondants. C'est ainsi que les parents pourront reprendre des écoles ou encore créer des écoles libres (à l'exemple des « Charter's Schools » aux États-Unis). La redistribution dans le domaine de la santé des pouvoirs des organes administratifs de contrôle amplement développés par Gordon Brown vers des regroupements locaux de médecins généralistes.Une telle approche nous ramène aux sources de la pensée sociale française, à l'idée forte de « l'émancipation » héritée des Lumières, portée par les premiers socialistes français, les libertaires et les libéraux et conceptualisée par Joseph Proudhon. Elle échappe à nos clivages contemporains entre gauche et droite.C'est cette idée - qui est d'ailleurs liée à un projet d'amélioration intellectuelle et morale - qui a engendré la pensée fédéraliste, le mouvement mutualiste, les coopératives, des courants novateurs dans l'éducation (de « l'école émancipée » à la pédagogie Freinet) jusqu'à l'idée récente d'autogestion. C'est cette approche qui est à l'origine des Caisses d'épargne, des premières sociétés de secours mutuel à l'origine de nos assurances sociales. De même qu'il existe un « Web 2.0 » qui, au-delà des aspects techniques, désigne un système innovant de relations avec les autres, il reste à inventer un État social 2.0 moderne et protecteur. Il ne s'agit au bout du compte que d'appliquer au domaine social le bon vieux principe de subsidiarité qui veut que ce que les citoyens sont capables de faire par eux-mêmes, leur entreprise ou leurs associations, il faut leur laisser faire. Et mieux encore, leur permettre de le faire.

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