Facebook n'a pas d'avenir, c'est une prière

Bloc-notesFacebook n'a pas d'avenir. Après tout, Bill Gates a bien pu dire qu'Internet ne l'intéressait pas, je peux me permettre moi aussi mon erreur stratégique. Juste un mot, là-dessus : vous lirez absolument partout sur le Web : « Internet ? We're not interested in it ! » mis dans la bouche de Bill Gates en 1993. Oui, mais quelle est la source, quand, où l'a-t-il dit ? Impossible à trouver. De même qu'est introuvable la source de « 640 kb de mémoire devrait être suffisant pour un ordinateur personnel », autre erreur historique du Grand Maître. Je devrais dire erreur supposée. Je ne sais plus. On ne sait plus. Et c'est bien pour ça que Facebook n'a pas d'avenir. Le dernier bouquin sur le phénomène m'en a convaincu. « Facebook m'a tuer » raconte ce qu'est devenue la vie quotidienne des trentenaires urbains à l'heure du réseau social tout-puissant. Elle tient en trois mots : le mensonge permanent ! Chacun passe en fait ses journées à fabriquer son propre film publicitaire. Heureusement d'ailleurs, tout le monde sait que la protection de la vie privée sur le réseau est une illusion, autant s'inventer la vie dont on rêve. L'institution Facebook elle-même est d'ailleurs la première à le faire. Un chiffre est tombé le mois dernier : 20 millions d'utilisateurs actifs ! Et là pour le coup, je suis sûr de la source, j'ai été destinataire direct du communiqué de la firme. En revanche, je n'ai pas d'autre source que le bon sens, pour affirmer que ce chiffre de 20 millions d'utilisateurs n'en a aucun (sens). Je cherche des points de comparaison : je prends la population active, 26 millions de personnes (« Dares Analyses », juillet 2010, n° 50, et la Dares existe, je vous l'assure...), mieux, le nombre de « cyberacheteurs » : 28 millions (Médiamétrie, 9 février 2011, « Observatoire des usages Internet ». Médiamétrie existe, ou sinon...), la fameuse « génération Y » : 13 millions (là, j'avoue que ça devient chaud, les sources statistiques se contredisent, parce que l'Ined, la seule qui fasse autorité, n'a pas jugé utile de suivre les concepts marketing, elle ne calcule pas la « génération Y », elle n'a peut-être pas tort). Il faudrait donc admettre que Facebook est un tel phénomène aujourd'hui qu'il touche globalement la totalité de sa cible ? Après quatre ans d'existence ? Peut-être, après tout. Mais finalement chacun sait que la réalité de ce chiffre n'a aucune importance, « c'est le phénomène qui compte ! »... ben voyons. Bienvenue dans le monde de l'à-peu-près. Rien d'inquiétant, je le répète. Ce que nous apprend « Facebook m'a tuer », c'est que les utilisateurs en ont parfaitement compris le fonctionnement, j'oserais dire, la raison d'être : ils trichent en permanence. Tout ça pour arriver sur une scène incroyable la semaine dernière. Anne Lauvergeon explique la crise japonaise devant les députés. Tout à coup, une petite voix se met à chanter, une voix de petite fille, adorable. Anne Lauvergeon ne cille pas, puis elle soulève une feuille, « désolée, je n'avais pas coupé mon portable »... elle regarde les députés, « c'est ma fille, c'est plus agréable comme sonnerie ». En un instant, elle vient de nous dire que c'est une mère de famille qui dirige le nucléaire en France. Qu'elle vit entourée d'une adorable petite voix chantante. Comment imaginer qu'elle transige avec la sécurité dans ces conditions ? Quelle meilleure protection voulez-vous ? Si elle en avait encore besoin, cette petite voix impromptue venait de conforter Anne Lauvergeon dans son fauteuil. Impromptue ? En sommes-nous sûrs ? Moi j'en suis sûr, mais d'autres pourront douter parce que le mensonge permanent nous contamine. Facebook n'a pas d'avenir. Ce n'est pas une prophétie, c'est une prière.

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