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Comment la Chine veut « internationaliser » le yuan

La Tribune

Publié le 21 février 2011 à 20:31 - Mis à jour le 21 février 2011 à 20:31

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18 juillet 2026

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La réunion du G20 Finance à Paris s'est une fois de plus focalisée sur la relation entre les États-Unis et la Chine. Ces deux pays désapprouvent leurs politiques économiques respectives : les États-Unis demandent une réévaluation plus rapide de la devise chinoise et la Chine dénonce la politique monétaire américaine laxiste qui affaiblit le dollar. Elle conteste surtout le privilège exorbitant du dollar qui bénéficie, en tant que monnaie de réserve internationale, d'une demande captive de la part des banques centrales. Ce qui exonère les États-Unis de toute contrainte monétaire et budgétaire.Le FMI et la France, qui préside le G20, tentent de rapprocher les deux parties. À cette fin, ils ont suggéré d'intégrer le yuan au sein des droits de tirage spéciaux (DTS). Ces instruments financiers sont une « monnaie de réserve » émise par le FMI et basée sur un panier de quatre devises, le dollar, l'euro, la livre sterling et le yen. Cette intégration serait une reconnaissance de la puissance de la Chine, devenue la deuxième économie mondiale. Mais elle ne l'aiderait pas forcément à réaliser son objectif « d'internationaliser » sa monnaie pour réduire sa dépendance vis-à-vis du dollar. Les DTS ne représentent que 3 % des réserves de change internationales et ils ne sont pas acceptés comme moyen de paiement international, ni échangés sur les marchés de capitaux.La contrainte dollar pèse de plus en plus sur la Chine, dont la majorité des réserves en devises et ses investissements à l'étranger sont libellés dans la monnaie américaine. Ainsi, les actifs financiers en dollars du gouvernement chinois s'élèvent à plus de 1.000 dollars par citoyen chinois ! Par contre, les investissements étrangers en Chine sont libellés dans la devise chinoise. Au total, la Chine possède une position longue en dollars et une position courte dans sa propre monnaie. La Chine aurait donc avantage à pouvoir faire des crédits en yuans aux étrangers, au lieu d'investir dans les bons du Trésor américain.« L'internationalisation » du yuan a, en fait, déjà commencé... à Hong Kong, où un marché du yuan se développe rapidement. Depuis août 2010, date de la première émission obligataire en yuans par une entreprise étrangère, banques, sociétés et gouvernements ont émis l'équivalent de 1 milliard de dollars. La Chine a assoupli ses contrôles des échanges de capitaux avec la péninsule, ce qui a permis aux banques locales d'accroître leurs dépôts en yuans, de désigner une banque de compensation et de soutenir un marché obligataire, déjà très actif, libellé en yuans. Mais la Chine reste aux commandes pour éviter toute surchauffe. La préoccupation première des dirigeants chinois est d'assurer la stabilité financière et c'est ce qui dictera probablement le rythme de « l'internationalisation » du yuan.Pour cela, la Chine maintient de nombreux règlements qui freinent les flux de capitaux transfrontaliers. Par exemple, le commerce offshore du yuan n'est pas permis en dehors de Hong Kong. Ces règlements restent une barrière majeure à « l'internationalisation » du yuan mais ils sont encore jugés nécessaires par les autorités. L'histoire montre en effet que la plupart des crises financières récentes dans les pays émergents ont été provoquées par une libéralisation trop hâtive des flux de capitaux. D'où la politique des petits pas de la Chine, qui ouvre ses frontières aux capitaux que très progressivement, en fonction du niveau de développement de son secteur financier et de sa capacité à gérer les risques.Le processus vers une convertibilité totale ou partielle se fera donc lentement. La banque centrale chinoise a déjà conclu des accords de contrats d'échanges à long terme afin de fournir des yuans aux banques centrales de Hong Kong, de Corée, d'Indonésie, de Malaisie, d'Argentine et de Biélorussie. Ces accords pourraient être étendus à d'autres pays et servir de fondations pour une « internationalisation » plus poussée du yuan.Parallèlement, la Chine pourrait dupliquer l'exemple de Hong Kong, c'est-à-dire développer des marchés financiers en yuans, dans les pays avec lesquels elle entretient des relations commerciales étroites. Rappelons que les partenaires de la Chine, hors Union européenne et États-Unis, sont le Japon, la Corée, Taïwan, l'Australie, l'Inde et Singapour. Au Japon, en Australie, à Taïwan et en Corée, la part de la Chine dans le commerce extérieur de ces pays est plus de deux fois supérieure à celle des États-Unis ou de l'Union européenne. Si le Japon, en compétition avec la Chine pour dominer la finance asiatique, ne soutiendra probablement pas l'essor du marché japonais du yuan, la Corée, l'Australie et Taïwan pourraient en revanche être séduites.Taïwan pourrait même suivre les traces de Hong Kong plus rapidement que prévu. L'île, qui réalise déjà plus d'un tiers de son commerce extérieur avec le continent, a déjà signé un accord de coopération économique avec la Chine. Et il est tout à fait envisageable qu'une coopération plus étroite se dessine entre les deux frères « ennemis », avec notamment une libération des échanges de capitaux.Dans les années 1960, les Européens n'étaient pas en mesure de limiter le privilège exorbitant des États-Unis. Depuis, ils ont lancé l'euro, mais la monnaie europé- enne n'a que légèrement affecté la part du dollar dans les réserves de change internationales. Le yuan ne risque pas non plus d'éclipser le dollar comme monnaie de référence avant longtemps. Le secteur financier et les marchés financiers chinois ne sont pas suffisamment développés et les contrôles resteront encore longtemps trop contraignants. Il ne faut donc pas s'attendre à une convertibilité du yuan à moyen terme. En revanche, la politique chinoise d'internationalisation du yuan pourrait permettre à la monnaie chinoise d'émerger en tant que devise de réserve mineure, au même titre que le yen, le franc suisse ou encore la livre sterling.

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