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Et la petite fleur devint « yankee »...

La Tribune

Publié le 21 mars 2011 à 20:26 - Mis à jour le 21 mars 2011 à 20:26

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18 juillet 2026

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Une passerelle a été jetée entre le Minnesota et la France agricole. La semaine dernière, le groupe General Mills, basé à Minneapolis, a entamé des négociations pour reprendre la majorité du capital de Yoplait, fleuron de l'industrie laitière française. Après une bataille de plusieurs mois, c'est donc un « yankee » qui l'a emporté. L'américain, géant mondial de l'agroalimentaire avec des marques comme Géant Vert et Häagen-Dazs, connaît bien la maison Yoplait. Depuis 1977, il distribue ses produits aux États-Unis. À l'heure du choix final, ce lien historique a certainement compté pour les actionnaires actuels de la marque à la petite fleur, le fonds d'investissement PAI Partners et la coopérative laitière Sodiaal. Mais d'autres forces à l'oeuvre dans ce processus ont joué un rôle certain. Retour en arrière.30 septembre 2010. Après plusieurs semaines d'attente, les banques-conseils sont enfin mandatées pour lancer la cession. Cette annonce est interprétée comme le signal de départ. Les plus grands groupes agroalimentaires mondiaux commencent à placer leurs pions. Ils viennent de Chine (Mengniu, Bright Food), des États-Unis (General Mills, Kraft, PepsiCo), du Mexique (Sigma, Lala), de Suisse (Nestlé) et de France (Bel, Lactalis). Une poignée de fonds d'investissement se joignent également à la course.C'est un français qui passe le premier à l'offensive. Alors que le processus de vente n'est pas encore officiellement lancé, Lactalis dépose dès novembre une offre de 1,4 milliard d'euros pour racheter 100 % de Yoplait. Refusée. « La structure proposée par Lactalis ne répond pas à la volonté de Sodiaal de demeurer un actionnaire stable et pérenne », expliquent les deux actionnaires. En effet, si PAI veut céder ses 50 % du capital, la coopérative laitière, elle, souhaite conserver une partie du contrôle de la société et, surtout, la moitié des intérêts de l'entité chargée de gérer les franchises de Yoplait, qui lui assure des royalties confortables. Cet événement ravive les vieilles inimitiés entre le groupe dirigé par Emmanuel Besnier et Sodiaal. Le mot d'ordre est rapidement lancé du côté de la coopérative : « Tout sauf Lactalis. »Emmanuel Besnier tente alors de s'assurer le soutien de Bercy et du ministère de l'Agriculture. Le discours est rodé : parmi tous les candidats au rachat de Yoplait, Lactalis représente la seule solution française. Un argument auquel le gouvernement ne souscrit que partiellement : favoriser un repreneur français, oui, mais imposer Lactalis aux 8.500 producteurs laitiers de Sodiaal, non. L'exécutif a conscience de la piètre réputation du groupe lavallois dans le monde agricole hexagonal.Ce climat va favoriser l'émergence de la candidature de Bel, le fabricant de La Vache qui rit. Seul hic, le fromager français est trop petit pour avaler Yoplait. Le Fonds stratégique d'investissement (FSI), le bras financier de l'État, entre alors dans la danse. Il lui propose de le soutenir en échange d'une participation de l'ordre de 10 % dans la petite fleur. Seulement, au sein de Bel, les divisions apparaissent. Soumise à un vote, la mise en place d'une alliance avec le FSI est rejetée par les actionnaires familiaux.Dès lors, « face aux difficultés de Bel et de Lactalis, Sodiaal et PAI ont décidé que le repreneur ne serait pas français », raconte une source proche du dossier. Au début de l'année 2011, quatre candidatures étrangères émergent : celles de Bright Food, General Mills, Lala et Nestlé. Le premier, soutenu par Pékin, est le plus agressif. Lors de la remise des offres le 4 février, sa proposition est la plus élevée. Elle valorise Yoplait 1,75 milliard d'euros. Pourtant, la mayonnaise ne prend pas. PAI, notamment, garde en mémoire l'échec des négociations avec Bright Food en 2010 pour la cession de sa participation dans United Biscuits. Et les récentes OPA manquées sur le sucrier australien CSR et le laitier américain GNC ne plaident pas en faveur du groupe chinois. Début mars, Bright Food lance une dernière offensive de charme, en allant présenter son dossier à l'Élysée, dans les ministères et aux salariés de Yoplait. En vain.En Suisse, Nestlé observe ce ballet avec attention. Là encore, l'antagonisme entre Lactalis et Sodiaal va jouer un rôle. Car Nestlé est étroitement lié à Lactalis, depuis la création en 2006 de leur joint-venture dans les produits laitiers frais. Jusqu'au bout, il cherche à associer son partenaire à son offre tout en prenant garde de ne pas froisser Sodiaal. Cette obligation de ménager la chèvre et le chou fragilise sa candidature. « Nestlé a été clairement handicapé par ses liens avec Lactalis, tranche un proche du groupe helvétique. C'est dommage car son leadership dans l'agroalimentaire, sa compétence et ses moyens lui conféraient un avantage. »À cet instant, la voie se dégage pour General Mills. Un temps fragilisé par un contentieux avec Yoplait lié à la remise en cause de leur accord sur les royalties, le groupe américain passe la vitesse supérieure dans les négociations. Il formule une offre que Sodiaal ne peut pas refuser. Les royalties ? Il propose de les réviser à la hausse et de les partager à 50-50. La gouvernance ? General Mills n'exige qu'une très légère majorité (51 %) et laisse à la coopérative un droit de veto sur les décisions stratégiques. L'américain va jusqu'à verser une avance d'une centaine de millions d'euros à son futur partenaire dans le cadre d'un mécanisme de liquidités mis en place par Sodiaal pour s'assurer que ses décisions seront respectées. Une bouffée d'oxygène bienvenue pour la coopérative, sous pression financière depuis la reprise d'Entremont. PAI, pour sa part, réalise une juteuse plus-value, de l'ordre de dix fois sa mise, en cédant sa participation 800 millions d'euros.En parallèle, General Mills, qui emploie déjà 2.000 salariés dans l'Hexagone, entreprend de rassurer le gouvernement français sur ses intentions. « Ils nous ont certifié que le siège social et les usines resteraient en France. La politique sociale de General Mills est plutôt bonne ; en tout cas meilleure que celle d'autres candidats », explique-t-on à Bercy. Malgré ces assurances, l'État tient à montrer qu'il veille au grain. Le 18 mars, quelques heures après l'annonce de l'accord avec General Mills, il déclare que le FSI continuera d'examiner « l'opportunité d'accompagner ce projet d'investissement ». Reste à savoir de quelle manière. « General Mills ne fera pas de place au FSI. S'il entre au capital, ce sera aux côtés de Sodiaal, dans le cadre d'une prochaine augmentation de capital de Yoplait », avance un proche du groupe américain. Peut-être le prochain épisode de la saga Yoplait. Alexandre Madde

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