Suicides, criminalité, santé... l'austérité engendre un drame social en Grèce

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L\'Europe traverse une \"énorme crise humanitaire\", s\'était alarmé l\'ambassadeur des États-Unis à Bruxelles début mars lors d\'une conférence organisée par le think-tank bruxellois Lisbon Council. Pour lui, le problème principal, c\'est le chômage de masse. Pour ce qui est de la Grèce où le taux de chômage est passé d\'un peu plus de 7% en moyenne avant la crise à plus de 27% aujourd\'hui, les faits lui donnent raison.Selon une étude américano-grecque publiée jeudi soir, la situation sociale dans la péninsule héllénique s\'est dégradée dans des proportions désastreuses au fur et à mesure que la courbe du chômage grimpait. Ainsi les deux chercheurs ont-ils relevé, en se fondant sur les statistiques fournies par le gouvernement, que le taux de mortalité résultant de suicides et d\'homicides a augmenté de 22,7% et de 27,6% respectivement de 2007 à 2009. Ils ont aussi constaté un accroissement du nombre de cas de troubles mentaux, d\'abus de drogues et même de maladies infectieuses provoquées par le virus du Nil occidental et du sida.Un véritable problème de santé publiqueEn même temps, les dépenses de l\'Etat consacrées aux services publics ont été fortement réduites. Le budget du ministère de la Santé a notamment été diminué de 23,7% de 2009 à 2011. Cette diminution des services de santé publique s\'est aussi produite au moment où un grand nombre de Grecs au chômage ont été contraints d\'abandonner le recours aux soins médicaux privés pour se faire soigner dans des organismes publics dont les moyens étaient également très réduits et plus entièrement gratuits. L\'effet a donc été doublement négatif. Quand on taille dans les programmes d\'échange de seringues pour les drogués et la distribution de préservatifs, le risque de contracter le virus du sida augmente, soulignent les auteurs. De fait, les nouveaux cas d\'infection par le VIH (virus de l\'immunodéficience humaine) ont augmenté de 57% de 2010 à 2011 (607 à 954).\"Nous nous attendions à ce que les mesures d\'austérité aient des effets négatifs sur les services de santé et la santé publique mais l\'impact a été beaucoup plus sévère que nous ne l\'avions imaginé\", a expliqué le principal auteur de cette étude, Elias Kondilis, chercheur à l\'Université Aristote. Citant la situation grecque, ces chercheurs mettent en garde contre des effets néfastes similaires sur la santé publique dans d\'autres pays européens confrontés à une situation économique difficile et même les Etats-Unis où on évoque des coupes dans les programmes de couverture médicale des retraités et de santé publique.Quelles solutions offrent les dirigeants européens ?Seront-ils entendus ? On est en droit de se le demander. A la Commission européenne, on dit avoir conscience des difficultés rencontrées par les citoyens européens en proie à l\'austérité. Et on réfléchit à des mesures rustines pour tenter d\'endiguer ses conséquences néfastes. \"Nous devons absolument introduire un volet social dans notre budget,\" avait plaidé le commissaire européen aux Relations interinstitutionnelles Maros Sefcovic, lors d\'un entretien accordé à La Tribune. \"Nous nous rendons compte que l\'on peut perdre une génération\", s\'était alarmé le social-démocrate slovaque. Et de souligner, évoquant la garantie de l\'emploi pour les jeunes décidée par l\'UE en décembre, que des efforts ont été faits.Autre piste évoquée par le commissaire, la politique de croissance. \"Nous sommes conscients que la situation est très dure pour les citoyens et les jeunes, donc nous voulons tout mettre en œuvre pour repartir vers la croissance\", a-t-il insisté. Un vœu pieu, au regard du pacte de croissance étriqué obtenu par François Hollande au printemps dernier, et de la volonté partagée par le Royaume-Uni, l\'Allemagne, et leurs alliés du nord de l\'Europe d\'appliquer la rigueur budgétaire à la Commission comme aux États-membres en difficulté.Jeudi, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire Olli Rehn a déclaré que la priorité donnée à la réduction de la dépense publique immédiatement après le déclenchement de la crise était nécessaire pour rassurer les marchés mais que cette époque était révolue. \"Il n\'y avait pas le choix. (...) Maintenant que nous avons rétabli la crédibilité à court terme, cela nous donne la possibilité d\'emprunter une voie plus modérée pour l\'ajustement budgétaire à moyen terme\" a-t-il ajouté selon les propos recueillis par Reuters. Du côté du Conseil européen mené par Angela Merkel, une légère inflexion s\'est faite entendre dans le discours lors du sommet des 14 et 15 mars, on attend toujours les actions concrètes.>> LIRE AUSSI Pour les États-Unis, l\'Union européenne traverse une crise humanitaire grave>> LIRE AUSSI La croissance et l\'emploi, enjeux de luttes intestines entre les leaders européens>> LIRE AUSSI Les dirigeants européens souhaitent-ils vraiment une baisse du chômage en zone euro ?

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