La Chinamérique peut-elle sauver l'euro ?

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Voici Pékin et Washington à nouveau unis, face à la crise de l'Euro et aux menaces qu'elle fait peser sur l'économie mondiale, avec l'intervention supposée de la Banque de Chine pour soutenir la devise européenne déficiente, et la visite en Europe du secrétaire américain au Trésor, Tim Geithner, mardi prochain. Initiatives conjointes qui se situent dans le droit fil du « G2 » que les commentateurs évoquent depuis l'année dernière : le condominium sino-américain est à la manoeuvre, il gère les affaires du monde avec pour objectif de piloter la sortie de crise et la réforme du capitalisme, expliquent-ils.Cigale et fourmiÀ l'appui de cette thèse, les économistes pointent l'écheveau de liens qui associent l'une à l'autre les deux grandes puissances bordant l'océan Pacifique. Liens croisés qui imposent aux deux capitales de s'entendre, quels que soient les motifs de ressentiment réciproque et les différences entre les deux régimes politiques. Pour la Chine, les États-Unis sont le marché sur lequel elle enregistre son plus gros excédent ? peu ou prou 200 milliards de dollars l'an. Et pour les États-Unis, la Chine est le plus gros acheteur de bons du Trésor. L'Empire du Milieu détient en effet 2500 milliards de dollars de réserves, pour l'essentiel investies dans des titres libellés en devise américaine, en particulier des obligations émises par l'état fédéral (900 milliards de bons du Trésor). La Chine ayant besoin d'exporter et les États-Unis de financer leur déficit, les deux se tiennent par la barbichette. Et leur interdépendance est la meilleure garantie de la stabilité mondiale : pourquoi la fourmi et la cigale ne s'entendraient-elles pas, si l'un prête à l'autre de quoi lui acheter les produits qu'elles fabrique ? Menace soviétiqueDepuis leur rapprochement, à la fin des années 1960, Chine et États-Unis ont toujours été liés par un intérêt commun, qui est insensiblement passé du champ stratégique à celui de l'économie. À l'origine, c'est la menace soviétique -- elle vaut autant pour les États-Unis que pour la Chine -- qui fait germer chez Kissinger et Nixon l'idée de renouer avec le pouvoir de Pékin. Cette menace s'estompe avec la mort de Brejnev, au milieu des années 1980. Et elle disparaît complètement avec l'effondrement de l'empire soviétique, fin 1989. Entre temps, l'intérêt économique s'est substitué à l'ennemi commun pour cimenter une relation sino-américaine pragmatique, que le massacre de Tiananmen lui-même, en juin 1989, ne parviendra pas à éprouver durablement. Crédit politique, crédit financierLa crise financière et économique de 2008-2009 a renforcé l'union entre la Chine et l'Amérique, lors des sommets G20 notamment, où les deux chefs d'État ont affiché la même détermination à relancer l'économie mondiale. Détermination matérialisée par deux plans de soutien à l'activité d'envergure comparable (700 milliards de dollars aux USA, 600 en Chine, début 2009). Le soutien apporté à l'euro se situe dans le prolongement de l'action conjointe contre la crise. Les deux grandes puissances ont le même intérêt, l'une a le crédit politique international -- l'Amérique -- tandis que l'autre possède les réserves financières les plus importantes de la planète -- la Chine. "Junior partner"Le « G2 » joue donc un rôle stabilisant dans un monde qui se relève péniblement de la crise financière. Mais lui-même n'est pas aussi stable qu'il y paraît. Parce que le rapport de forces en son sein s'est modifié, à cause de la crise. La Chine, toujours en forte croissance, n'est plus prête à jouer les « junior partner », tandis que l'Amérique, plus que jamais dépendante financièrement, doit désormais davantage composer avec son alliée de circonstance : l'interdépendance a aussi ses inconvénients. On devrait s'en apercevoir dans les années qui viennent.

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