Zone euro : le déni de réalité atteint ses limites

L’échec de la réunion de l’Eurogroupe dans la nuit de mardi à mercredi n’est certes qu’un échec de plus dans la stratégie menée depuis mars 2010 par les pays de la zone euro pour tenter de régler la crise de la dette. C’est une forme de routine. Depuis deux ans, l’habitude s’est ancrée de voir les dirigeants européens chercher péniblement des consensus qui, une fois qu’ils sont atteints, ne conduisent qu’à gagner du temps et à repousser les problèmes à plus tard.Aveuglement européen depuis 2010Le cas de la Grèce, sur lequel ont achoppé une nouvelle fois les ministres des Finances de la zone euro est très parlant. En mai 2010, on a refusé de prendre l’ampleur réelle du problème de la dette grecque. On a pensé que des crédits bilatéraux régleraient l’affaire le temps de réaliser les « ajustements nécessaires. » Cet aveuglement devant le montant démesuré de la dette hellénique, devant la réalité de l’administration grecque et devant les effets d’une politique d’ajustement budgétaire n’a jamais vraiment quitté les Européens.Ouvrage constamment remis sur le métierLe résultat de cet aveuglement, c’est qu’il faut remettre en permanence l’ouvrage sur le métier. Le pansement mis sur l’urgence des besoins de financement de la Grèce à un moment donné ne tient qu’un court instant. La destruction de la richesse grecque causée par l’austérité et l’incapacité des élites grecques à vraiment réformer le pays amènent en permanence le pays au bord de la faillite. Depuis deux ans et demi, l’Europe est donc secoué chaque trimestre, par les risques pesant sur l’avenir de la Grèce.Réveils insuffisantsCertes, il y a eu des réveils. La restructuration de la dette privée, connue sous le nom de PSI était un premier pas. Mais malgré tout, on est resté dans le rêve, puisque cette réduction de la dette nominale n’a pas été en mesure de réduire le poids de la dette dans l’économie et le budget helléniques. Les créanciers publics, BCE et pays européens, ont continué à croire qu’ils pourraient récupérer leurs mises grâce aux mesures d’ajustement. Alors même que ces mesures leur faisaient perdre toute chance de récupérer leurs prêts.On a donc continué à multiplier les sommets de la dernière chance...Sauver l’euro à tout prix, mais sans en payer le prixSi la Grèce s’est transformée en un tonneau des Danaïdes, c’est bien parce que les Européens n’ont jamais voulu admettre que sa dette était intenable et que la stratégie de dévaluation interne était un échec. C’est logique, puisque la seule alternative serait la sortie du pays de la zone euro, ce qui serait avant tout un échec de la construction politique et économique de l’Europe menée depuis l’acte unique de 1986. Et c’est doublement logique, puisque les Européens sont devenus les créanciers de la Grèce et qu’ils refusent de payer. On est donc bel et bien dans ce que les psychologues appellent un « déni de réalité ». Un déni qui cache un paradoxe que l’on pourrait résumer ainsi : il sauver l’euro à tout prix, mais personne n’est prêt à payer pour cela ! Le cas Angela Merkel est le plus évident : elle a fait du sauvetage de l\'euro sa devise, mais elle refuse les coupes dans la dette grecque détenue par l\'Allemagne...Rêve du mémorandumL’ennui, c’est que la réalité finit toujours par rattraper ceux qui la refusent. Et c’est sans doute de ce point que l’on se rapproche désormais. Les perspectives posées par le FMI, l’UE et la BCE dans le fameux mémorandum signé en mars 2012 avec la Grèce étaient, de l’avis de tous les économistes délirantes à cette époque. Ils ne le sont que davantage aujourd’hui. Il n’y aura pas de retour à 120 % du PIB pour la dette grecque en 2020, pas plus qu’il n’y aura en 2014 un excédent primaire hellénique (sans le service de la dette) de 4,5 % du PIB.Retour sur terre violent ?Les Européens se retrouvent à nouveau face à ce choix : revenir à la réalité et trouver un moyen de sortir la Grèce de ce cercle mortifère de l’ajustement entraînant l’ajustement ou bien repousser les décisions en versant une nouvelle aide pour pouvoir discuter plus tard de la prochaine aide. L’échec de l’Eurogroupe de cette nuit, c’est celui de l’incapacité de faire ce choix. On se cache donc désormais derrière des « contraintes techniques » qui ne sont rien d’autres que des solutions de compromis bancals, autrement dit des sparadraps.Quoi qu’il soit décidé lundi, il y a donc fort à parier que le problème grec reviendra au menu des discussions rapidement. Jusqu’à ce que ce déni de réalité ne soit plus possible, soit parce que la Grèce ne supportera plus l’étouffement dans laquelle elle est enfermée, soit parce que certains pays européens ne voudront plus ajouter du risque au risque, de la dette à la dette. L’ennui, c’est que plus on attend, plus le retour sur terre sera violent. Déjà, la dégradation de la France par Moody\'s a rappelé le danger de cette stratégie. Si les dirigeants européens étaient responsables, ils en seraient conscients.

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