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Crise de la zone euro : une facture finale incertaine, mais assurément très lourde

La Tribune

Publié le 21 novembre 2012 à 22:04 - Mis à jour le 21 novembre 2012 à 22:04

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18 juillet 2026

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Difficile d\'établir une facture globale de la crise de l\'euro. En grande partie parce que la crise elle-même n\'est pas terminée... Une chose est en tout cas certaine : pour le moment, si l\'on exclut son coût social, le « sauvetage de la monnaie unique » n\'a pas coûté un centime aux pouvoirs publics. Les seuls à avoir perdu de l\'argent sont les détenteurs privés de dette grecque qui ont « volontairement » dû réduire la valeur nominale de leurs créances de 105,4 milliards d\'euros en mars dernier. Pour les autres créanciers, aucune perte enregistrée jusqu\'à présent. Mais au prix d\'un endettement accru des États. Directement ou indirectement. Un tel montage ne peut tenir qu\'à deux conditions : la confiance et l\'équilibre de tous les dominos de cette pyramide financière. En cas de défaut, il faudra payer. Actuellement, trois pays ont bénéficié de soutiens financiers : la Grèce, l\'Irlande et le Portugal. Les sommes effectivement prêtées à ces pays proviennent de plusieurs sources.Des soutiens modulés selon les paysPour la Grèce, le premier sauvetage était composé de crédits bilatéraux accordés par 13 pays de la zone euro (hors, donc, Grèce, Irlande et Portugal et sans la Finlande qui réclamait des garanties) pour un montant global de 52,9 milliards d\'euros. Royaume-Uni, Danemark et Suède ont, de leur côté, accordé des prêts bilatéraux à l\'Irlande à la fin de 2011 pour un montant global de 5,5 milliards d\'euros.En 2012, l\'aide à la Grèce a été reprise par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), avec une nouvelle enveloppe de 144,9 milliards d\'euros. Dans cette nouvelle architecture, le FESF emprunte sur le marché les sommes nécessaires. En cas de défaut d\'un pays aidé, les États de la zone euro garantissent le remboursement des créanciers du FESF à hauteur de leur poids dans le capital de la BCE. Pour l\'instant, le FESF a versé 74 milliards d\'euros à Athènes et pourrait rajouter 31,5 milliards en novembre. Il a accordé des prêts au Portugal et à l\'Irlande (29,5 milliards d\'euros en tout). Il s\'est donc engagé, au total, pour 103,5 milliards d\'euros.À ces deux types d\'aide s\'ajoutent des interventions d\'autres institutions qui n\'engagent que secondairement les finances des États. Le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF) lève des fonds avec la garantie du budget de l\'UE jusqu\'à 60 milliards d\'euros. Il a avancé 43,8 milliards d\'euros au Portugal et à l\'Irlande.De son côté, le FMI a, pour le moment, avancé 61,9 milliards d\'euros aux trois pays les plus malades de la zone euro. En décembre 2011, le Fonds avait obtenu une ligne de 200 milliards de dollars (154 milliards d\'euros) de la part des pays de la zone euro. En avril, 430 milliards de dollars (332 milliards d\'euros) supplémentaires ont été débloqués par plusieurs autres pays. Il faut y ajouter les sommes encore disponibles dans les différents programmes d\'aide : 83,8 milliards d\'euros pour le FESF, 4,7 milliards d\'euros pour le MESF et 26,5 milliards d\'euros pour le FMI. En tout, 115 milliards d\'euros encore à lever. Soit une facture potentielle totale de 379,1 milliards d\'euros. S\'il y a restructuration de la dette privée grecque comme l\'a recommandé la troïka, une partie de cette facture potentielle pourra devenir concrète.Depuis le début d\'octobre, le Mécanisme européen de stabilité (MES) est la nouvelle institution en charge des nouveaux programmes. Ce MES dispose d\'un capital payé de 80 milliards d\'euros versé par cinquièmes par les États de la zone euro. Les deux premiers cinquièmes, soit 32 milliards d\'euros, ont déjà été versés et ont alourdi les budgets nationaux de 2012. À la différence du FESF, le MES ne lèvera pas de fonds sur les marchés avec la garantie des États. Il fera appel aux 620 milliards d\'euros de capital potentiel que lui ont promis les États de la zone euro pour rembourser ses créanciers. En cas de besoin, le conseil d\'administration du MES pourra réclamer une « rallonge ». En théorie, les États ne pourront pas refuser. Le MES représente donc un risque notable d\'augmentation de la facture pour les États de la zone euro.L\'inconnue de l\'aide aux banques par le MESD\'ores et déjà, Chypre et l\'Espagne sont en négociations pour faire appel à l\'aide du MES. D\'autres candidats existent, comme la Slovénie. Vient ensuite la nécessité de tenir hors de l\'eau les trois pays déjà aidés. Enfin, le Conseil européen des 18 et 19 octobre derniers a validé l\'idée que, une fois la surveillance bancaire unique mise en place, théoriquement en 2013, le MES pourra venir en aide aux banques de la zone euro. Impossible donc d\'évaluer la facture de ce côté.Dernière source potentielle de coûts : la BCE. Selon plusieurs sources, elle aurait déjà racheté 50 milliards d\'euros de titres obligataires des pays en difficulté. Mais c\'est surtout la facture du nouveau programme, l\'OMT, qui est incertaine. Mario Draghi a prévenu début septembre que la BCE pourrait racheter une « quantité illimitée » de titres obligataires de pays ayant fait appel au MES d\'une maturité de moins de trois ans.Or, que se passera-t-il en cas de pertes sur ces titres ? La BCE devra puiser dans ses réserves (elle disposait à la fin de 2011 de 6,36 milliards d\'euros à cet effet) ou demander une recapitalisation à ses actionnaires, les banques centrales de la zone euro. Dans ce cas, la facture pour les États de la zone euro s\'en trouverait singulièrement alourdie. Mais là encore, il est impossible de dire de combien._____La France déjà engagée pour près de 200 milliards d\'eurosLa France a accordé en 2010 une aide à la Grèce dans le cadre de l\'accord dit de Greek loan facility (GLF) : 11,67 milliards d\'euros. Ce crédit n\'a pas eu d\'impact budgétaire, mais c\'est l\'État français qui assumera, s\'il y a lieu, les pertes sur cet engagement. Par ailleurs, Paris a demandé à la Banque de France de rembourser à Athènes les intérêts perçus sur les dettes grecques qu\'elle détient, soit 754 millions d\'euros. Dans le cadre du FESF, la France assume sa part des garanties sur les 105,5 milliards d\'euros versés par le fonds. Cette part est en principe de 20,32%, soit son « poids » dans le capital de la BCE.En fait, c\'est plus, puisque l\'Irlande, la Grèce et le Portugal ne peuvent participer. Du coup, la quote-part française est de 21,83%. Le montant de la garantie engagée par la France au titre du FESF est donc de 23,03 milliards d\'euros. Sans compter les 18,29 milliards d\'euros qui peuvent être accordés dans le cadre des programmes déjà décidés. Un montant qui peut encore s\'élever si l\'Espagne, Chypre ou la Slovénie n\'assument pas leurs garanties.Concernant le MES, la France a versé sa première part au capital « dur » : 6,5 milliards d\'euros, et devra débourser au final 16,31 milliards d\'ici à quatre ans. À ces sommes, prises sur les budgets annuels, s\'ajoute l\'engagement du pays concernant le capital mobilisable du MES. Le conseil d\'administration de l\'institution peut en théorie réclamer 126,4 milliards d\'euros à Paris. Mais là aussi, il faut compter avec les aides à venir qui rendront inopérantes les garanties des États aidés. Si l\'Espagne est secourue, la facture potentielle pour la France passera ainsi à 143,42 milliards d\'euros. En tout, la France est engagée au minimum dans le sauvetage de la zone euro à hauteur de 186,4 milliards d\'euros, soit un peu plus de 9 % de son PIB. Et ça peut grimper s\'il faut garantir les prêts du MESF. Enfin, la France s\'est engagée à apporter de nouveaux moyens au FMI et peut, via la Banque de France, être appelée à renflouer la BCE. Les montants qui pourraient être réclamés restent difficiles à déterminer dans l\'immédiat.

La Tribune

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