Dynamisme en berne

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La célébration du cinquantième anniversaire du traité de l\'Elysée par l\'Allemagne et la France donne lieu à un déluge de commentaires dont on peut dégager quelques enseignements. Les deux pays, qui se sont combattus trois fois en quatre-vingts ans, ont incontestablement établi des relations de paix durables.Toutefois, depuis la réunification de l\'Allemagne, ces liens ont commencé à se distendre, les générations qui ont connu la guerre se sont retirées de la scène du pouvoir et ont laissé la place à des leaders davantage préoccupés par la mondialisation et la concurrence qui l\'accompagne. La crise européenne aura montré de façon écllatante combien l\'écart entre les deux rives du Rhin tendait à s\'élargir, avec en Allemagne une opinion qui n\'est pas majoritairement francophile et en France une crainte pathologique de se voir distancée, sinon lâchée.Pouvoir européen plus diluéDe fait, le fameux « moteur franco-allemand », évoqué ad nauseam, ne tourne plus comme une horloge suisse. Mais est-ce si tragique ? Pas si sûr.  Avec l\'arrivée massive de nouveaux membres dans l\'Union - qui ont théoriquement droit au chapitre au même titre que les membres fondateurs -, cette relation franco-allemande a perdu de sa dynamique historique au profit d\'un pouvoir européen plus dilué. C\'est peut-être moins exaltant pour l\'histoire avec un grand H, mais plus réaliste face à une concurrence exacerbée par la mondialisation.\"Résilient dynamism\"L\'autre grand rendez-vous, cette semaine, c\'est Davos, en Suisse, réunion de tout le gratin mondial des responsables qui comptent pour échanger leurs idées sur ce qu\'il faudrait faire pour que cela aille mieux. La Tribune y sera aussi. Mais c\'est le thème retenu par l\'affable Klaus Schwab, fondateur en 1971 de ce forum, dont il décline avec succès la formule aux quatre coins de la planète, qui intrigue : « Résilient Dynamism », le dynamisme résilient. La résilience - un mot emprunté à la langue anglaise - a émergé ces dernières années dans le milieu de la psychologie et de la psychiatrie. Il signifie « qui résiste aux chocs ».Schwab a du flair pour trouver le thème dans l\'air du temps, car si l\'évolution de l\'économie mondiale inspire de nombreuses craintes aux observateurs, on peut quand même percevoir quelques signaux positifs, plutôt du côté de l\'Asie d\'ailleurs que de l\'Europe. Mais l\'expression « résilient dynamism » a le charme de ces oxymores, prétexte à des dissertations brillantes par des gens non moins brillants, dont la concentration fait l\'intérêt de Davos.Le match Heidegger-CassirerLa station des Grisons a d\'ailleurs été le théâtre d\'une célèbre joute philosophique en mars 1929 entre le néo-kantien Ernst Cassirer et l\'étoile montante de la philosophie qu\'était alors Martin Heidegger. Le débat avait cependant porté sur la question de l\'Etre chez Kant, mais pas sur l\'économie. Dommage car 1929 était l\'année de la première crise économique mondiale, et l\'histoire a montré que le dynamisme à l\'époque fut tout sauf résilient.Pratique du JoystickPlus ludique que la philosophie de Martin Heidegger, les jeux électroniques. Une page se tourne, avec le dépôt de bilan d\'Atari, fondé en 1972, un an après la création du forum de Davos. Son célèbre Joystick a mis en transe nombre d\'adolescents des années 1970 et 1980. La marque et ses 200 jeux a été lâchée par sa maison mère Bluebay et a chuté sur des problèmes de trésorerie.L\'entreprise devenue française il y a quelques années et ses filiales américaines vont demander à être placées sous la protection du « chapter eleven », procédure qui permet de se restructurer sans subir la pression des créanciers. Le « chapter eleven », voilà un mécanisme propre à assurer un « resilient dynamism ». 

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