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L'affaire BP : le naufrage de Deepwater Horizon

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Publié le 22 juin 2010 à 21:23 - Mis à jour le 22 juin 2010 à 21:23

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Sept années sans le moindre accident sérieux, cela se fête. Ce 20 avril au soir, le capitaine Curt Kuchta célèbre la bonne fortune de son vaisseau, la plate- forme pétrolière Deepwater Horizon, avec deux dirigeants de la British Petroleum (BP). La mer est belle. Tout paraît aller pour le mieux. Après quatre-vingts jours de travail acharné, la foreuse a atteint le gisement très prometteur de Macondo à 5.500 mètres de profondeur, dont 1.500 mètres d'eau, dans le golfe du Mexique. Encore un peu, et la production pourra commencer. Le calme qui règne est de ceux qui précèdent la tempête. Sur le Titanic, c'est un veilleur qui, le premier, a perçu le danger. À bord de la plate-forme, c'est l'équipe nocturne de forage, perchée au troisième étage du bâtiment, qui découvre soudainement la menace?: des mouvements inhabituels au fond du puits.Tout va alors très vite. À 21?h?47, un sifflement puissant déchire la nuit. Le bruit annonce une remontée de méthane comme il en survient de temps à autre. Mais, cette fois, la pression venue de la croûte terrestre monte à folle allure. Les forces contraires censées la maintenir sous contrôle ont cédé. Et, deux minutes plus tard, une grosse bulle de gaz surgit du derrick avec violence. La plate- forme est secouée dans tous les sens, le courant électrique est coupé, et l'un des six moteurs chargés de stabiliser le bâtiment s'emballe. La Terre a commencé à vomir ses entrailles, boues et gaz mêlés. Il ne reste que quelques minutes, au mieux, pour éviter la catastrophe. Le chef de l'équipe de forage, Jason Anderson, tente d'actionner le mécanisme d'obturation du puits. En vain. Encore quelques secondes et le méthane s'enflamme, sans doute au contact du moteur déficient. Il s'ensuit une gigantesque explosion, qui transforme la plate-forme en brasier. Des corps, dont celui de Jason Anderson, jonchent le sol. Les survivants courent dans tous les sens. C'est le sauve-qui-peut général.Une embarcation de secours, d'une capacité de 75 personnes, est rapidement mise à l'eau. Une deuxième s'attarde un peu avant de descendre à son tour, à moitié remplie, vers des flots envahis de flammes. Les plus paniqués, suivis par quelques « oubliés » dont le capitaine Curt Kuchta, sautent dans la mer, plus de 20 mètres en contrebas. Resté dans les parages, le navire « Damon B. Bankston » vient récupérer les rescapés, 115 en tout, dont certains en piteux état. Onze personnes manquent à l'appel. Le destin de la Deepwater Horizon a basculé en un instant. De faibles quantités de pétrole, en provenance de la plate-forme, se déversent. Mais la colonne de forage au fond de la mer est en sursis. Deux jours plus tard, Deepwater Horizon disparaît dans la mer, où elle croise d'importantes nappes d'hydrocarbures. Au drame humain succède la catastrophe environnementale. La plus grande marée noire de l'histoire des États-Unis.Le puits numéro 60-817-44169 de l'Institut américain du pétrole (API) s'est révélé un cas difficile depuis le début de son forage. Dans les semaines qui suivent l'établissement d'une première plate-forme en octobre 2009, son exploitant, BP, connaît deux sérieux problèmes?: un sursaut de pression, puis un ouragan qui endommage gravement l'installation. La compagnie britannique en a vu d'autres, cependant. Elle loue à la société Transocean une nouvelle plate-forme, Deepwater Horizon, qui prend le relais en janvier 2010. BP approuve une dépense de 96,2 millions de dollars, qui correspond à soixante-dix-huit jours d'utilisation. Mais la société entend bien terminer dans des délais plus brefs, soit en quelque cinquante et un jours, assure le « Wall Street Journal ». Un espoir vite déçu. Le 8 mars, des ouvriers découvrent des infiltrations inattendues de gaz. Il faut descendre un instrument de mesures au fond du puits, mais nouveau problème, impossible de le remonter. Les ingénieurs ordonnent de reboucher le trou et de diriger la foreuse dans une autre direction. Des jours sont perdus et ce n'est pas fini. Le rocher sous-marin s'avère si friable que le mélange d'eau et d'argile utilisé pour éliminer les débris du chantier le craquelle et s'échappe.Malgré cette série de déboires, le puits passe toujours à la mi-avril pour un succès. D'autant que BP a la conviction qu'il conduit à une grosse quantité de pétrole. En une opération habituelle, les ouvriers entreprennent de boucher le fond du trou, pour donner aux ingénieurs le temps d'établir leur stratégie d'exploitation. Afin de prévenir toute fuite de gaz, une autre société, Halliburton, est chargée de couler du ciment entre le tuyau d'acier destiné à pénétrer bientôt la nappe et la roche avoisinante. La manoeuvre est délicate car il faut très précisément centrer la conduite. Pour ce faire, les ingénieurs de Halliburton souhaitent s'aider de nombreux instruments de mesures, mais ceux de BP estiment leur requête exagérée. Dans un rapport daté du 18 avril, transmis au Congrès, Halliburton a averti que, si BP n'utilisait pas davantage de dispositifs de centrage, le puits connaîtrait probablement « un problème SÉVÈRE de flux de gaz ». BP passe outre et se contente des standards et non des meilleures pratiques de la profession. Or, la société n'a utilisé qu'une colonne de tuyaux au lieu des deux colonnes habituelles, encastrées l'une dans l'autre, ce qui la prive déjà d'une mesure de sécurité. Avant de cimenter le fond du puits, il est de règle de faire circuler la boue de forage afin d'en récupérer sur la plate-forme et d'en analyser le contenu à la recherche de gaz. L'opération est importante puisqu'elle permet de s'assurer qu'aucune fuite n'est en cours dans le trou. Mais elle prend du temps, de six à douze heures. Or, le 19 avril, veille de l'accident, elle est menée en trente minutes.Le lendemain, le 20 avril, peu après 17 heures - soit à moins de cinq heures de l'accident -, des ouvriers sondent le puits au moyen d'un test dit « de pression négative » qui révèle des fuites. Ils répètent alors l'exercice pour en avoir le coeur net. Et ils l'ont. Le second examen confirme leur appréhension?: là-bas, dans les entrailles de la Terre, il se passe quelque chose d'anormal. Pour des raisons mystérieuses, cependant, les ingénieurs de BP jugent à 20 heures la situation sous contrôle. Étienne Dubuis Copyright « Le Temps » Demain?: BP peut-il survivre à la catastrophe??

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