La livre sterling laminée par les incertitudes britanniques

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L'euro a une compagne de route?: comme lui, la livre sterling a dérivé à son plus bas niveau depuis neuf mois face au dollar au cours des récentes séances. Il a suffi mardi que Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre évoque une reprise économique fragile en Grande-Bretagne, n'excluant pas un accroissement du programme d'assouplissement monétaire quantitatif suspendu au début du mois, pour que la monnaie de Sa Majesté pique du nez. Alors que l'euro conservait une partie des gains réalisés après sa chute vendredi à 1,3443 dollar, en se maintenant au-dessus de 1,35, la livre enfonçait la barre de 1,54 pour la première fois depuis mai 2009. La seule évocation d'un recours accru aux rachats d'emprunts d'état par la Vieille Dame de Londres, dont le programme, rehaussé à deux reprises, a déjà atteint 200 milliards de livres, a servi de repoussoir aux investisseurs potentiels en sterling, dans un contexte où les autres grandes banques centrales peaufinent leur dispositif de sortie de crise. À commencer par la Réserve fédérale qui a procédé la semaine dernière à une étape importante de la normalisation de sa politique monétaire en majorant son taux d'escompte. L'économie britannique devient d'autant plus suspecte que les finances publiques continuent à se dégrader. Tandis que le déficit budgétaire dépasse 12?% du PIB et que s'approchent les élections générales qui doivent se tenir début juin au plus tard, les Travaillistes au pouvoir et les Conservateurs ont engagé une partie de bras de fer sur cet enjeu. Facteur aggravant?: à la veille du week-end dernier, l'Office national des statistiques a annoncé un déficit du budget britannique en janvier, le premier depuis dix sept ans, en ce mois traditionnellement favorable aux rentrées fiscales. Certains vont jusqu'à faire le parallèle entre la situation actuelle et celle de 1976, année de la grande crise de la livre qui avait débouché sur l'humiliant premier appel à l'aide du FMI d'un grand pays industrialisé.On n'en est pas là et pour l'instant la chute de la livre apparaît comme une bénédiction aux yeux des responsables britanniques, bien qu'ils semblent oublier que, du fait de l'extrême volatilité de leur monnaie, elle peut très vite être embarquée sur le «?Titanic?». La situation se compliquera encore à l'issue des élections si, comme l'indiquent les sondages, aucune majorité claire ne sort des urnes. Cela ne s'est produit qu'une fois, en 1974, et il avait fallu organiser un nouveau scrutin dans les mois suivants. à la défiance économique s'ajouterait alors la suspicion politique. Un cauchemar pour la livre. Mais pour l'heure, les Britanniques se félicitent de n'avoir pas intégré la monnaie unique, exacerbant leur europhobie épidermique. Le nationalisme monétaire leur permettra, au moins, d'échapper à toute tragédie grecque. Isabelle CroizardL'économie britannique devient d'autant plus suspecte que les finances publiques continuent à se dégrader.

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