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Sans la crise, la France aurait fait encore plus de bébés

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Publié le 23 mars 2011 à 20:22 - Mis à jour le 23 mars 2011 à 20:22

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On se souvient des surprenants indicateurs de l'Insee : en 2010, en pleine crise économique, les naissances ont été particulièrement nombreuses, 797.000 exactement en métropole, un record depuis 1982. Le taux de fécondité a atteint 2 enfants par femme (1,99 en 2009), un niveau inédit depuis la fin du baby-boom il y a trente-cinq ans. « La fécondité serait-elle insensible à la crise ? » s'est donc interrogé Gilles Pison, de l'Ined (Institut national d'études démographiques), dans une étude publiée ce jeudi. En 2010, on pensait que « la récession et l'augmentation du chômage qui s'ensuit allaient faire reculer la fécondité, en raison des incertitudes sur l'avenir », rappelle le chercheur. Ensuite, on a invoqué le chômage pour expliquer la hausse de la fécondité, avec l'idée que les femmes sans emploi « profitent de leur disponibilité pour faire des enfants ».L'étude de Gilles Pison a un mérite : montrer que la fécondité baisse « généralement », mais pas systématiquement, au diapason des crises économiques. En France, le lien entre les deux peut être assez « lâche ». Ainsi, la hausse du prix du pétrole de 1975 a fait chuter PIB et naissances. En revanche, en 2008 et 2009, le PIB a été malmené mais les naissances sont restées stables. Une nuance s'impose par ailleurs : pour Gilles Pison, une récession n'a « guère d'effets sur le nombre final d'enfants d'une génération » : elle ne fait que « retarder les naissances ». Mouvement inversé ou ralentiLa particularité de la récession de 2008-2009 est d'être intervenue « à une époque où la fécondité était en hausse dans la majorité des pays occidentaux », souligne-t-il. Dans ces pays, la crise a soit inversé le mouvement, comme en Espagne, au Royaume-Uni, soit ralenti la hausse, comme en Russie. La France est dans ce dernier cas. « Sans la crise, les naissances auraient sans doute [pu être] plus nombreuses en 2010 et l'indicateur de fécondité dépassé deux enfants par femme en métropole », estime-t-il. En d'autres termes, la crise a bien entraîné des reports de projets d'enfants, mais dans une faible mesure, grâce à la résistance de l'économie et au soutien des politiques sociales et familiales.Le chercheur met également en lumière des comportements récurrents au fil des pays et des époques, certains amusants. Ainsi, le report d'enfant en période de crise « concerne surtout l'arrivée du premier » ; pour les suivants, les couples maintiennent l'espacement désiré entre les naissances. Le chômage de l'homme a plus d'influence sur la fécondité que celui de la femme, le revenu de cette dernière étant « souvent perçu comme un complément au revenu principal » de l'homme. Les femmes de moins de 30 ans sont plus sensibles à la conjoncture que celles de plus de 30, etc. Enfin, ce qui vaut pour un pays ne vaut pas pour l'autre. Ainsi, en Finlande, la grave crise des années 1990 s'est traduite par la hausse de la fécondité.

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