Pourquoi la vidéo à la demande peine à décoller

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Avec la vidéo à la demande, on peut regarder un film sur son PC ou son téléviseur, à condition bien sûr d'être abonné à un service de télévision par ADSL. Le film peut être loué (pour être vu une ou plusieurs fois pendant 24 ou 48 heures) ou acheté définitivement. Le prix moyen d'une location est de 3,55 euros, selon GfK-NPA. Une centaine de services sont recensés en France émanant de fournisseurs d'accès Internet (Orange, Free, Numericable...), de chaînes de télévision (TF1, Canal Plus...) ou de sites spécialisés (Glowria devenu VideoFutur, Vodeo...). Et la proportion d'internautes consommant de la VoD est passée l'an dernier de 10% à 14%, selon les chiffres de l'observatoire de la VoD publiés le 15 avril par le CNC, lequel analyse huit des principales plates-formes disponibles en France. Consommateur insatisfait Finalement, la VoD se développe assez lentement : 82,4 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009 (+55% en un an) hors services spécialisés dans les films adultes, selon GfK-NPA. En volume, la progression est un peu plus forte (+64% en 2009) car le prix moyen a légèrement reculé. C'est certes plus qu'un doublement en deux ans. Mais "le chiffre d'affaires, bien qu'en forte progression relative, reste très faible, et ne compense pas le recul du marché du DVD", déplore le rapport de la mission Création et Internet, présidée par Patrick Zelnik, remis en janvier dernier au ministre de la Culture. En 2009, après plusieurs années de recul, les ventes de DVD sont même reparties à la hausse, avec 140,5 millions d'unités vendues (+ 9,7 %) pour un chiffre d'affaires quasi stable de 1,34 milliard d'euros. S'ils étaient plus de 77 % en 2005 à avoir acheté un DVD dans l'année, les Français sont encore plus des deux tiers à l'avoir fait en 2009. Peau de chagrinEn fait, c'est la location de DVD qui tend à disparaître. Elle n'est plus pratiquée que par un quart des Français, contre la moitié en 2005. Et le parc de vidéo clubs se réduit comme peau de chagrin. En VoD, 98 % des transactions sont effectivement réalisées sous forme locative : l'achat par téléchargement définitif d'un fichier de film restant marginal ; la consommation sur téléviseur via l'ADSL supplante celle sur l'ordinateur. Mais, dans les usages, la VoD ne s'est pas substituée au vidéo club. Or la VoD joue un rôle capital dans la lutte contre le piratage : en effet, impossible d'éradiquer le piratage sans proposer une offre légale attractive. Mais "le consommateur reste insatisfait", déplore, sondage à l'appui, le rapport Zelnik. Prix, catalogue, ergonomie des services : autant de critiques adressées à ces services. Voici les trois raisons qui expliquent ce trop lent décollage.- - - - -1. Un prix jugé trop élevé face à la concurrence de la gratuité>>> Le premier obstacle reste un prix jugé trop élevé, selon l'étude d'Opinion Way de septembre 2009, publiée dans le rapport Zelnik. - -Plus d'un tiers des utilisateurs de l'offre légale de films en VoD regrettent sa cherté. Et parmi ceux qui piratent, 72% se disent prêt à "utiliser plus souvent" une offre légale qui serait moins chère. À 3,55 euros, le prix moyen de location en VoD, "cela reste beaucoup moins cher qu'une place de cinéma -- surtout pour une sortie en famille -- ou que l'achat d'un DVD", plaide Frédéric Vincent, directeur du développement du groupe Canal Plus, qui propose le service VoD Canal Play. Et, à ce prix, la marge restant aux plates-formes de VoD est étroite. Le fournisseur d'accès Internet prélève un tiers du prix, selon une étude du Media Consulting Group pour le CNC. Le producteur reçoit la moitié du solde. Une fois déduits divers droits d'auteurs, il reste au service de VoD une marge brute de 18 % du prix HT. Et les grands studios américains exigent le versement de minima garantis, qui "peuvent dégrader considérablement la marge brute" du service de VoD. Selon MCG, ce minimum est compris dans une fourchette de 1 à 1,6 euro par oeuvre louée, mais peut monter jusqu'à 2,3 euros pour un blockbuster.Formule moins onéreuse pour l'utilisateur : la VoD par abonnement (ou SVoD) permet de puiser à volonté dans un catalogue d'oeuvres contre le paiement d'un forfait mensuel. Mais elle reste marginale : moins de 3 millions d'euros de chiffres d'affaires en 2009. La concurrence de la gratuitéAux Etats-Unis, l'un des services de vidéo à la demande les plus populaires, Hulu, est pour l'instant gratuit et financé par la publicité. S'il est surtout utilisé pour les émissions et les séries TV, il propose aussi une partie du catalogue de films de ces actionnaires, Fox, NBC Universal, Disney... Mais il est en train de tester une offre payante par abonnement. En France, il n'existe pas vraiment d'offre légale gratuite équivalente à Hulu. Mais c'est le téléchargement ou le streaming illégal qui a pris la place. 31 % des internautes interrogées par Opinion Way admettent y avoir déjà eu recours. Et, sans parler de piratage, le développement d'une offre gratuite de télévision de rattrapage, qui permet de voir des émissions télévisées que l'on a manquées, concurrence la VoD dans l'arbitrage du temps de loisirs. - - - - -2. Un catalogue trop réduit, trop dispersé ou trop peu connu>>> 47% des sondés par Opinion Way en septembre disaient ne pas trouver en VoD le film de leur choix. Les utilisateurs recherchent les nouveautés.- - -Certes, à fin 2009, 4.857 films sont disponibles en VoD, selon les chiffres publiés par le CNC. Un chiffre en progression de 18% sur un an, mais qui reste faible par rapport aux sorties en salles (17.605 depuis 1975) ou en DVD. Le rapport Zelnik relève que le loueur de DVD en ligne américain Netflix propose 100.000 références, et son homologue français VideoFutur (ex-Glowria) 17.000. Pourtant se défend Frédéric Vincent de Canal Plus, qui offre sur son service Canal Play près de 4.000 films, "90 à 100 % du box office de l'année est disponible" sur toutes les plateformes. Selon lui, le fait que tous les services de VoD ne soient pas accessibles chez tous les FAI est un des principaux freins... Par exemple, Orange ne propose que son propre service et celui de TF1, et son offre de VoD n'est pas disponible pour ls abonnés des autres fournisseurs d'accès Internet ; Free ne propose pas Video Futur mais il est le seul à offrir Canal Play qui, lui, n'est pas sur SFR, ni Orange. Or pour le consommateur, un magasin unique, où il serait sur de trouver toute l'offre, serait plus simple. Un marché tiré par les nouveautésEt puis ce sont les nouveautés qui constituent l'essentiel du marché (75% des volumes chez Orange). En 2009, ce sont des films de l'année comme LOL ou "Twilight" qui ont été le plus consommés en VoD. Sur ce terrain, un progrès a certes été accompli l'an dernier : en juillet 2008, le délai de sortie en VoD a été ramené de 7,5 à 4 mois après la sortie en salles. Mais, en pratique, "force est de constater que les délais sont généralement plus longs que ces 4 mois", déplore la mission Zelnik. Ainsi, elle a constaté fin 2009 que Canal Play et Orange ne proposaient aucun film sorti en salles depuis moins de 4 mois, tandis que TF1 n'en proposait que deux: « Neuilly sa mère » (film coproduit et distribué par TF1), et « Charleston et Vendetta » (film serbe). Orange déplore n'avoir pu offrir l'an dernier que 8 films 4 mois après leur sortie en salles, mais espère monter à 50 % cette année. Selon le CNC et NPA, en février 2010, moins d'un tiers des films sortis en salles plus tôt étaient disponibles en VoD 4 mois plus tard, une proportion qui était plutôt de 50% lorsque le délai était de 7,5 mois. Au total, sur les 4.857 films disponibles fin 2009, seuls 179 avaient moins d'un an. L'offre légale a donc encore bien des progrès à faire. Les plates-formes espèrent la généralisation de l'alignement des sorties DVD et en Vod, car la VoD bénéficie alors de toute la campagne promotionnelle autour du DVD. Toutefois, note Bernard Tani, en charge de la VoD chez Orange, les usagers doivent souvent être relancés pour les fidéliser à l'usage de ces services, qu'ils testent sans y revenir forcément. Orange leur adresse régulièrement des offres de promotion (1 film offert pour 10, par exemple), et leur adresse deux fois par an un catalogue papier, pour leur présenter l'ensemble de son offre. Quant aux cinéphiles, ce qu'ils reprochent, c'est le manque de films en version originale. - - - - -3. Une expérience souvent décevante>>>> Au sein de la rédaction de "La Tribune", les utilisateurs de vidéo à la demande témoignent d'expériences parfois décourageantes. Récit.- - -Confortablement assis dans votre canapé, vous avez choisi votre film dans le catalogue VoD de votre fournisseur d'accès à Internet, entré votre code pour valider l'achat quand, soudain, apparaît un message abscons : « Erreur 66 : débit insuffisant (perte de paquet). » En clair, impossible de regarder le film pourtant payé car votre Box ADSL n'offre pas ce soir un débit assez rapide pour supporter le visionnage en streaming. Or vous n'avez que 24 heures pour le faire, le temps de la « location. » Plutôt rageant quand on a payé 4,99 euros une nouveauté. Il vous reste à appeler la hotline pour déposer une réclamation. Les forums d'utilisateurs regorgent de témoignages de clients courroucés par les difficultés à se faire rembourser. En outre, si vous avez la malchance d'être abonné à Free, l'appel et le temps d'attente vous seront facturés. Or le montant peut facilement dépasser celui du prix de la location du film... De quoi se demander si on n'aurait pas mieux fait de louer un DVD...Un choix laborieux qui demande de la patienceLe problème, c'est pour choisir. Que ce soit sur le service de VoD de TF1, de Canal Play ou celui de SFR , l'ergonomie n'est pas idéale. Accéder à l'ensemble du catalogue demande beaucoup de patience. On passe difficilement d'un écran à l'autre, le défilement est laborieux. Sans compter qu'il vaut mieux avoir choisi du premier coup son service de vidéo à la demande, car les allers et-retours entre les différentes plates-formes sont décourageants. Chez SFR, sur la télécommande fournie par l'opérateur, soit la pression sur un bouton reste sans effet, soit le bouton reste enfoncé. Malgré tout, les fournisseurs ADSL comme Orange, assurent que les clients sont « satisfaits à 85% ». Et c'est vrai que, quand tout se passe bien et que le film est lancé, c'est parfait, se réjouissent des adeptes de ces services.

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Commentaires
a écrit le 05/02/2019 à 11:55 :
Yes vous êtes de bon vous

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