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La France peut-elle compter sur la reprise de l'économie mondiale?

La Tribune

Publié le 03 juin 2013 à 09:27 - Mis à jour le 03 juin 2013 à 09:27

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/>L’euphorie qui règne sur les grandes bourses mondiales paraît quelque peu surréaliste quand on la compare aux difficultés des grandes économies européennes, à l’exception de l’Allemagne, à retrouver le chemin de la croissance, de l’emploi et de la prospérité. Pour certains commentateurs et analystes, cette embellie ne serait qu’un feu de paille alimenté par une liquidité surabondante qui quitterait les grands marchés d’obligations souveraines pour s’investir dans des actifs privés, finalement pas beaucoup plus risqués que les actifs publics dans les circonstances que l’on sait. Cette thèse se défend, mais on peut aussi voir dans l’embellie actuelle des bourses le signe de l’enclenchement d’un nouveau cycle de croissance mondiale, porté par les Etats-Unis et les grands pays émergents, en Asie et en Amérique latine notamment.Les indicateurs économiques aux Etats-Unis montrent en effet une amélioration de la situation conjoncturelle, avec un net redressement des prix de l’immobilier et une hausse du moral des consommateurs. Ce sont les deux facteurs qui signalent traditionnellement la reprise outre-Atlantique. A cela s’ajoute les facteurs positifs qui boostent la compétitivité de l’offre industrielle américaine et préparent la reprise de l’investissement productif : baisse du coût de l’énergie grâce à l’exploitation du gaz de schiste, et limitation de la hausse du dollar vis-à-vis de l’euro et du yen, malgré une reprise plus robuste aux Etats-Unis que dans les autres pays du G7.Des politiques monétaires salutairesLa reprise de l’économie américaine valide ex-post la politique monétaire non orthodoxe et la stratégie d’assouplissement quantitatif de la monnaie suivies depuis le début de la crise par le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, qui s’apprête à tirer sa révérence avec le sentiment du devoir accompli. Ses travaux sur la Grande Dépression des années 1930 et sa lecture de Milton Friedman, auteur avec Anna Schwartz de l’ouvrage de référence sur cette période, auront été d’un très grand secours à « Helicopter Ben » pour comprendre les ressorts de la crise actuelle et trouver les solutions adéquates pour y faire face. Primus inter pares parmi les grands banquiers centraux et argentiers mondiaux, Bernanke entrera dans l’Histoire comme le plus grand dirigeant des années de crise, lui qui n’est pourtant pas un politique et qui n’a jamais été confronté au suffrage universel. Même Christine Lagarde, la directrice générale du FMI qui n’est pas économiste de formation, ne s’y est pas trompée en lui rendant un hommage appuyé il y a quelques mois. Dans la zone euro ce sont aussi les banquiers centraux, Jean-Claude Trichet et son successeur Mario Draghi, qui auront le plus fait pour soutenir, parfois à bout de bras, une construction économique et monétaire qui a frôlé à plusieurs reprises l’implosion. Si la zone euro existe encore aujourd’hui, elle le doit certainement à Mario Draghi qui s’est engagé à l’automne 2012 à tout faire pour sauver la monnaie unique et pour permettre aux grands Etats les plus exposés à la crise – l’Espagne et l’Italie - de continuer à se refinancer dans de bonnes conditions. Olli Rehn, a lui aussi compris qu’il fallait une autre politique pour sortir la zone euro de sa crise d’endettementEn changeant son fusil d’épaule et en donnant plus de temps aux Etats pour rétablir l’équilibre de leurs comptes publics, le Commissaire européen aux affaires monétaires, Olli Rehn, a lui aussi compris – même tardivement - qu’il fallait une autre politique pour sortir la zone euro de sa crise d’endettement. Quant à Angela Merkel, souvent critiquée, son rôle a été déterminant pour mettre en place une nouvelle architecture financière et bancaire – cette dernière étant encore inachevée – au niveau européen, et pour jeter les fondements d’une Union politique basée sur un partage de souveraineté plus important au niveau budgétaire au sein de la zone.Sans réformes, pas de repriseTout cela étant dit, le répit obtenu par la France en matière de consolidation budgétaire ne devrait pas se traduire par un sursaut de croissance, même en cas de reprise mondiale. Il y a à cela plusieurs raisons. D’une part, les hausses d’impôt inscrites dans la loi de finances 2013 vont peser sur la consommation des ménages qui est le moteur traditionnel de l’économie française, et prolonger le gel de l’investissement. D’autre part, et de manière plus fondamentale, la capacité des entreprises françaises à tirer profit de la demande mondiale s’est érodée au cours des dix dernières années, avec un recul de 25% de la part de marché française dans les exportations mondiales.La France est surtout exposée à la demande provenant d’autres pays européens qui représentaient 65% des exportations françaises en 2011, contre seulement 5% pour les Etats-Unis et 4% pour les BRICSAM (BRICS + Mexique). L’Allemagne, principal client de la France qui absorbe 17% des exportations de l’Hexagone, voit ses importations croître à un rythme nettement moindre que ces exportations en période de reprise.Il n y a pas de fatalité au déclassement et à la relégationContrairement à ce qu’on peut entendre ici et là, la France ne pourra donc pas s’exonérer, même avec un retour de la croissance mondiale, d’une refondation complète de son modèle économique et social, en conservant ce qui fait sa compétitivité – une mutualisation élevée des risques sociaux et sanitaires qui est une source de cohésion sociale et de productivité des travailleurs – tout en réformant radicalement sa gouvernance et son financement : renouveau du paritarisme et du dialogue social, politique de l’offre plus appuyée et plus cohérente, réforme de la fiscalité et de la dépense publique, refonte d’un système de sélection des élites sclérosé et inadapté à la mondialisation, investissement massif dans l’innovation et suppression des rentes illégitimes. A défaut d’engager ces réformes maintes fois évoquées et maintes fois repoussées, la France verra ses forces vives s’exiler, ses équilibres macroéconomiques se dégrader davantage, et elle ne pourra jouer un rôle moteur dans l’élaboration d’un nouveau cadre de gouvernance européen – avec pour perspective l’Union politique - et mondial. Il n y a pas de fatalité au déclassement et à la relégation, mais il n y a pas de recette miracle pour redresser la situation sans un profond aggiornamento politique, économique et social. Retrouvez toutes les chroniques d\'Alexandre Kateb sur son blog, Nouveau monde, nouvelles puissances

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