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SFR-Bouygues : un partage de réseaux mobiles sous haute surveillance

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Publié le 23 juillet 2013 à 21:07 - Mis à jour le 23 juillet 2013 à 21:07

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Ne parlez pas de mariage ou de rapprochement, mais de partage et de mutualisation. SFR et Bouygues Telecom, qui ont annoncé lundi soir être entrés en négociations exclusives afin de conclure un accord de partage de réseaux, ne veulent surtout pas braquer l'Autorité de la concurrence, ni le régulateur des télécoms, l'Arcep. Le nouveau directeur général de SFR, Jean-Yves Charlier, et le PDG de Bouygues Telecom, Olivier Roussat, sont d'ailleurs allés présenter leur projet dès lundi matin, avant toute communication publique, aux deux gendarmes, « main dans la main, de façon coordonnée, dans une ambiance positive et cordiale » raconte un participant.« Notre accord de mutualisation partielle ne portera pas sur les fréquences ni sur les zones très denses » assure d'emblée Didier Casas, le secrétaire général de Bouygues Telecom. Ce qui exclut de facto les plus grandes villes de l'Hexagone. C'est un point central des discussions qui vont commencer avec le gendarme de la concurrence et qui déterminera le montant des économies que le numéro deux et le numéro trois du mobile français, rivaux mais bientôt partenaires, pourront engranger.Informations sur la consommation des abonnés et le traficConcrètement, l'idée est de s'entendre sur un partage du territoire par plaques géographiques relativement équitables (mais sans doute pas 50/50 étant donné que le réseau de SFR compte davantage de sites et que Bouygues est locataire des pylônes) et d'utiliser un seul réseau d'accès radioélectrique (« RAN sharing »), ce qui recouvre une mise en commun des sites (baux et droits d'occupation des toits, etc) et des pylônes mais aussi des équipements électroniques intelligents (« actifs ») que sont les antennes-relais (stations de base), les contrôleurs de ces antennes et les liens de transmission, auxquels les opérateurs raccordent ensuite leur cœur de réseau. Et ce tant pour la 2G (le GSM), la 3G que la 4G (le très haut débit mobile) encore en cours de déploiement. Or, dans leur avis sur la mutualisation en mars dernier, les sages de la Rue de l'Echelle avaient certes souligné les avantages d'une mutualisation - meilleure couverture de la population, rapidité accrue de déploiement, amélioration de la qualité de service et des débits pour la 4G, voire « bénéfices environnementaux » en cas de réduction du nombre de sites - mais surtout insisté sur les risques du « RAN sharing » liés au partage d'informations sensibles, particulièrement dans les zones très denses « dans lesquelles la mutualisation exige des échanges d'informations riches et fréquents sur la consommation des abonnés pour dimensionner correctement le réseau. »Une entreprise commune pour limiter le risque de collusion L'autorité ne manquait pas de rappeler le risque de collusion créé par « cette communauté de destin » sur le plan financier et le passé des opérateurs en la matière, Orange, SFR et Bouygues ayant été condamnés à une lourde amende pour entente en 2005. L'Arcep aussi a souligné dans un communiqué que l'accord final devra « permettre, à la fois, aux opérateurs de rationaliser leurs coûts, tout en maintenant des conditions de concurrence satisfaisantes, et aux utilisateurs de disposer d'un meilleur service sur l'ensemble du territoire. »Pour diminuer les risques, le gendarme de la concurrence recommande « la création d'une entreprise commune, une joint-venture par exemple, en charge de l'exploitation du réseau partagé », la remontée des informations « commerciales ou techniques sensibles » vers les maisons-mères ou leurs divisions commerciales devant être prohibée. Cette solution, visant à créer une « chambre noire », destinée à garantir l'étanchéité de l'information, couramment utilisée pour la mutualisation à l'étranger, typiquement chez Vodafone et Telefonica (O2) au Royaume-Uni, est une des pistes sur lesquelles travaillent les deux opérateurs français. Mais la question la plus fondamentale tient surtout au périmètre de l'accord.Entre 40% et 60% de la population concernés En effet, la notion de « zones très denses » évoquée par l'Autorité de la concurrence n'est pas clairement définie. Cette dernière distingue même deux sous-catégories (très denses et semi-denses), selon que le déploiement répond à une problématique de couverture - dans ce cas une mise en commun est favorable aux consommateurs et à l'aménagement du territoire - ou de capacité (nécessité de s'informer sur le trafic prévisionnel voix, SMS et données pour densifier le réseau). « Les zones très denses sont un concept purement national : au Royaume-Uni, les opérateurs ont pu mutualiser sur tout le territoire, y compris à Londres. En gros, nous comprenons que les agglomérations de plus de 200.000 habitants font partie de ces zones très denses. Il s'agit de savoir si les zones très denses représentent 40% ou 60% de la population, ce qui ne produit pas du tout le même volume de synergies » explique Olivier Henrard, le secrétaire général de SFR. Les deux opérateurs n'ont pas encore communiqué d'estimations.Des économies de 20% à 30% sur les coûts de réseau Au regard des accords similaires déjà signés en Europe, un partage de réseaux peut permettre d'économiser jusqu'à 30% des coûts opérationnels et des dépenses d'investissements selon une étude du cabinet Booz & Co. Les équipementiers télécoms pourraient d'ailleurs être impactés, alors que les deux opérateurs se fournissent tous deux auprès du chinois Huawei et NSN pour SFR ou Ericsson pour Bouygues. Les analystes anticipent entre 15% et 20% de synergies. Les experts d'Oddo, qui prennent l'hypothèse d'un partage essentiellement sur la partie passive des réseaux, tablent sur 350 millions d'euros d'économies par an soit près de 1,8 milliard d'euros en cumulé sur cinq ans.La nouvelle a d'ailleurs été saluée par les investisseurs : l'action Bouygues a bondi de près de 7% mardi, le cours de Vivendi de 2,7% (ce qui reflète aussi l'annonce des négociations exclusives avec l'émirati Etisalat en vue de lui vendre ses 53% de Maroc Telecom pour 4,2 milliards d'euros en cash). Cependant, à court terme, le déploiement d'un réseau mutualisé coûte de l'argent et prend du temps (3 à 4 ans), passant par une phase de rationalisation massive du nombre de sites. « Des coûts sans rapport avec les économies réalisées au bout de la troisième année, ce sont des investissements d'avenir, de long terme » minimise Olivier Henrard. Les deux opérateurs espèrent pouvoir commencer à mettre en place le dispositif à l'été 2014.Bénédiction du gouvernement Les deux opérateurs et leurs maisons-mères, Vivendi et Bouygues, qui n'ont pas ménagé leurs efforts de lobbying auprès de Bercy, ont en tous cas la bénédiction du gouvernement, qui s'était beaucoup inquiété des conséquences, économiques et sociales, de l'arrivée de Free Mobile. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et la ministre déléguée à l'Economie numérique, Fleur Pellerin, avaient dès lundi soir applaudi l'accord, jugeant dans un communiqué que « cette initiative s'inscrit dans la stratégie du gouvernement de créer les conditions d'investissement pour l'ensemble des opérateurs dans les nouveaux réseaux » et « apparaît particulièrement adaptée lorsque les niveaux de marge sont plus contraints, comme c'est le cas à l'heure actuelle. »Tombé dans le rouge en 2012, Bouygues Telecom a procédé au premier plan de départs volontaires de l'histoire du groupe de BTP (542 postes), SFR lui ayant emboîté le pas (1.123 suppressions hors créations) tout en restant largement rentable. Les deux parties espèrent soumettre leur accord en septembre aux autorités de la concurrence à Paris et à Bruxelles (pré-notification) : SFR et Bouygues comptent faire valoir que « Free et Orange font déjà de la mutualisation avec le contrat d'itinérance » et que leur propre accord de partage ne vise finalement qu'à « corriger un déséquilibre concurrentiel » et leur permettre de rivaliser avec Orange. Les deux opérateurs prévoient également d'engager la procédure d'information-consultation des représentants du personnel à la rentrée : « le cadre de l'accord nous laisse penser aujourd'hui qu'il n'y aura pas d'impact sur l'emploi » assure Didier Casas.

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