"Plus vite, plus haut, plus fort : refaire de la croissance un jeu collectif"

Lors des Jeux Olympiques, les athlètes savaient que leurs performances ne peuvent les mener « plus vite, plus haut, plus fort », sans un travail collectif et une collaboration étroite et fructueuse avec leurs coéquipiers ou leur entraîneur. Les entreprises, les marchés et le secteur public ont besoin plus que jamais de retrouver cet esprit d\'équipe. Depuis 2007, le secteur public a absorbé les chocs des subprimes, de la récession ou de la crise de l\'Euro, et les Etats ont alourdi leurs propres difficultés financières. De leur côté, les entreprises affrontent le tarissement de leurs financements, le ralentissement de la demande, l\'effet d\'image lié aux abus de certains, et s\'apprêtent à subir des hausses de prélèvements significatives. Les citoyens, notamment les plus jeunes, souffrent du chômage et des incertitudes qui planent sur leur pouvoir d\'achat.Chacun pourrait chercher à résoudre ses difficultés au détriment des autres, mais il n\'y aura pas de croissance sans un nouveau pacte de confiance entre citoyens, entreprises et Etats. C\'est à l\'étude de cette alliance que nous nous sommes consacrés[1], partant d\'un constat simple : la croissance vient des entreprises, et pour se développer elles ont besoin d\'une demande solide, de disposer de facteurs de production adaptés (capital, ressources humaines, équipements, énergie,...) mais également des « catalyseurs de croissance » que sont une réglementation adaptée et des services publics aux entreprises de qualité. La principale conclusion de cette étude, c\'est que les Etats doivent pleinement assumer ce dernier rôle. Pour cela, les services publics (emploi, éducation, recherche,...) doivent être pilotés et évalués en fonction de la valeur qu\'ils apportent aux usagers, citoyens ou entreprises. En effet, le secteur public pèse en Europe plus de 50% du PIB et régule l\'activité de la seconde moitié. La concurrence du marché unique européen a renforcé l\'efficacité des services privés, mais pour les services publics, généralement en monopole, c\'est l\'évaluation du service et le benchmark entre pays qui auraient dû jouer ce rôle. Or les initiatives qui ont partiellement joué ce rôle, comme Pisa pour l\'éducation ou Shanghai pour la recherche, sont venues d\'ailleurs, comme si le projet de croissance européen avait oublié la moitié du PIB !Les entreprises doivent également accepter la critique et assumer leur rôle en contribuant à ce débat, pour aider à identifier les goulots d\'étranglement auxquels elles sont soumises, et les leviers de croissance réalistes - c\'est-à-dire ne nécessitant pas d\'augmentation des impôts ou de la dette nette. Enfin, les grandes entreprises ont su faire bénéficier leurs partenaires de gains de productivité en travaillant avec eux pour optimiser leurs processus et réduire les gaspillages. Elargir ces démarches à l\'Etat pourrait aider à rendre ce dernier plus productif.Entreprises et Etats doivent aussi donner plus de place au long terme. Or si les premières disposent généralement de processus stratégiques et de directions en charge de la stratégie, les seconds ont vu s\'affaiblir leurs capacités à prévoir et à investir. L\'anticipation des besoins de l\'économie est critique pour organiser des services que comme l\'éducation. Pourtant, les études montrent que, sauf inflexion, nous aurons dans dix ans trop de demandeurs d\'emplois peu qualifiés, et pas assez de salariés qualifiés.Donner plus de place au long terme, c\'est également investir. Les entreprises le feront dès que la demande et leur taux de marge le permettront. Le secteur public doit le faire dès à présent : la part des investissements dans ses dépenses est en Europe inférieure à celle des Etats-Unis. A l\'heure où certains plaident pour repousser des économies sur les dépenses courantes au prétexte de ne pas affaiblir la croissance, c\'est exactement le contraire qu\'il faudrait faire : maîtriser les dépenses courantes autant que possible, et augmenter au besoin les investissements pour en lisser l\'effet sur la croissance !Contrer la crise financière a été une performance individuelle des Etats, telle une course de 50 mètres engagée contre l\'effondrement du système financier. Le retour durable de la croissance tiendra davantage du sport d\'équipe : pour que les entreprises aient l\'envie et la possibilité de trouver des opportunités de croissance, elles auront besoin que s\'installe un jeu collectif qui conduise aux réformes qui leur donneront accès à la demande, aux facteurs de production et aux « catalyseurs de croissance » qui leur font défaut actuellement. Aligner les états européens sur cette stratégie constitue un élément clef de ce défi collectif, mais ce n\'est qu\'à cette condition que l\'équipe d\'Europe retrouvera les chemins de la croissance « plus vite, plus haut, plus fort ».

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