À Sydney, Michael Mobbs vit dans une maison 100 % durable

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Ce qui surprend au premier abord, c'est l'odeur de compost. À moins de cinq minutes de la gare centrale de Sydney, le contraste est saisissant avec les gaz d'échappements. Chippendale n'a pourtant rien d'un bout de campagne en ville. Les maisons victoriennes de ce quartier résidentiel sont bien trop imbriquées les unes aux autres pour laisser pousser le moindre carré de verdure entre les avenues congestionnées de Broadway et de Cleveland Street. Seuls quelques beaux arbres trouvent encore assez de place le long des trottoirs ou dans certaines courettes d'immeubles. Sauf sur Myrtle Street, d'où semblent justement venir les effluves de fumier.« Je le récupère dans les poubelles du quartier », explique Michael Mobbs, qui a colonisé le trottoir pour y planter, « un jardin communautaire, en libre accès ». Les plans de piments, de coriandre ou de mandarines démarrent à peine mais le jardinier se veut confiant en étalant sa paille fermentée autour des pieds. « C'est un nouveau projet. J'essaie de produire notre propre nourriture », s'enthousiasme le résident du n° 58, devant l'?il morne du voisin. Michael Mobbs n'en est pas à son coup d'essai. Depuis près de vingt ans, cet ancien avocat, qui a découvert les questions d'environnement en travaillant pour la régie des eaux de Sydney, s'est mis en tête d'arrêter de polluer. « Au moins à titre individuel », dit-il. Aujourd'hui en cultivant ses propres légumes dans la rue, hier en mettant au point la première maison 100 % durable de Sydney. Ou presque. « Je vis comme un fermier, mais au c?ur de la plus grande agglomération d'Australie », dit-il.Le monde entier est venu visiter la maison des Mobbs. Elle fait encore régulièrement la manchette des journaux spécialisés et chaque semaine reçoit la visite des élèves ingénieurs de l'université technologique de Sydney. « C'est une chance pour eux d'avoir un tel sujet d'étude au coin de la rue », apprécie le professeur qui encadre le groupe. Depuis bientôt quinze ans, la maison durable, à une encablure des tours énergivores du centre de Sydney, inspire les architectes et les défenseurs de l'environnement. Le livre qu'y a consacré Michael en 1998 continue d'être un succès de librairie. Plus de 50.000 exemplaires ont déjà été écoulés et la dixième édition de « Sustainable House » est actuellement en rupture de stock.Espace grand ouvertÀ première vue pourtant, rien ne différencie le n° 58 des autres paliers de la rue. Même espace étriqué derrière la clôture en fer forgé, même façade sombre malgré le crépi blanc qui recouvre la brique. « Le but de l'opération n'était pas de changer une maison qui date de 1890, mais d'en améliorer le fonctionnement », rappelle Michael Mobbs. En 1996, la famille pense surtout à agrandir cuisine et salle de bains. « J'étais d'accord pour mettre quelques panneaux solaires sur le toit, mais quand Michael a commencé à me montrer ses plans pour rendre la maison autosuffisante en eau et en électricité, j'ai commencé à m'alarmer », sourit Heather, l'épouse fidèle et fière aujourd'hui des décisions prises par son mari. Le thé est servi dans la cuisine justement, sur le grand plan de travail en Inox qui recouvre machines à laver et micro-onde. L'espace est grand ouvert, derrière les baies vitrées qui laissent voir quelques poules dans le petit jardin du fond. Les vieux murs en pierre et la cheminée ont été recouverts de chaux pour donner un peu de chaleur et de luminosité au rez-de-chaussée, pendant que du premier étage descendent de larges puits de lumière naturelle découpés dans le toit et qui se reflètent dans les miroirs de l'escalier.Voilà pour le plus visible, car les principaux éléments techniques de la maison sont, comme pour les voitures, sous le capot. Ou plutôt sur le toit, pour les 18 panneaux solaires qui alimentent la maison en électricité. Et sous le jardin, pour la cuve de 10.000 litres qui couvre les besoins en eau. « Pas entièrement, précise toutefois Michael Mobbs, car certaines années il ne pleut pas assez sur notre parcelle. » La maison est déconnectée du réseau municipal et les 100.000 litres utilisés chaque année au 58 Myrtle Street « proviennent à 95 % de ce que nous recyclons », assure, factures en main, le propriétaire des lieux. Sa grande fierté, c'est d'avoir réussi à collecter et à consommer toute l'eau de pluie qui tombe chez lui.Plus d'un mètre d'eau arrose chaque année Sydney, avant de rejoindre directement les égouts. « Intolérable dans un pays comme l'Australie », tonne celui qui avait dès le début à c?ur de montrer « qu'il est possible de boire de l'eau de Sydney ». Pour réussir son pari, Michael a dessiné lui-même les filtres et les collecteurs qui font le tri dans les gouttières. Débarrassée des feuilles et autres débris, l'eau rejoint alors un savant réseau de tuyaux, planqué sous le potager. « Les premiers litres qui contiennent toute la boue sont dirigés vers la cuve d'arrosage et le reste est traité pour la consommation courante », explique le concepteur du système, qui trouve même « un goût d'eau de source », à sa production. Succès total aussi pour l'électricité, la maison vend même certaines années quelques kilowattheures à l'opérateur privé du réseau de Sydney. La famille a dû régler 65 cents pour les trois derniers mois. « C'est à cause du réfrigérateur, il consomme près de 50 % de notre énergie solaire à lui seul », regrette Michael. Au final, les Mobbs déboursent moins de 300 dollars par an (170 euros) en eau et électricité, soit dix fois moins qu'avant les travaux.CompromisSur les 100.000 euros investis pour les transformations, un tiers a été consacré à réduire l'empreinte écologique de la maison, entre l'achat des panneaux solaires, de la cuve de récupération et du système de traitement et de recyclage des eaux. « Dans du neuf, ces éléments peuvent être inclus dès le début du projet, les frais sont alors réduits de moitié. Dans de l'ancien, c'est une succession de compromis techniques et financiers, assure Michael. Ce n'est de toute façon pas une question de prix. » L'essentiel est ailleurs. « La maison est perfectible mais elle montre que chacun a le pouvoir de changer les choses », veut croire l'ancien avocat, qui estime faire baisser « d'une vingtaine de tonnes », le montant d'oxyde de carbone relâché chaque année par sa maison dans l'atmosphère.

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