Le président d'EDF n'est pas payé plus que quand il était patron de Veolia ?  »

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« ? Il faut se rendre à la réalité : il y a un marché, des concurrents, un monde qui a changé. » Prononcée mercredi en pleine bronca des députés de gauche contre le double salaire accordé à Henri Proglio (1,6 million d'euros à EDF et 450.000 euros d'indemnités comme président non exécutif de Veolia), cette réponse a coûté cher à la crédibilité de la ministre des Finances. En novembre, devant le Sénat, elle avait assuré que le nouveau président d'EDF n'aurait qu'« une seule et unique rémunération ». Obligée de se déjuger en service commandé, la ministre a dû être soulagée de voir le PDG d'EDF renoncer à sa rémunération chez Veolia.Y a-t-il vraiment un marché pour les grands patrons ? Pas vraiment, juge Hervé Joly, chercheur au CNRS : « Je ne vois pas d'exemple de débauchage actif d'un grand patron en poste dans une entreprise française par une entreprise étrangère, comme dans les autres pays européens. Il existe certes quelques recrutements de managers étrangers à la direction générale, mais ce sont des opportunités saisies par des dirigeants en panne d'avancement dans leur propre pays, plus qu'une tendance de fond. » Philippe Poincloux, managing consultant de Towers Watson en France, est plus affirmatif : il y a « un marché à deux vitesses » pour les patrons, entre ceux qui ont fait leurs preuves à l'international et ceux dont les performances ne sont pas convaincantes. « Si vous êtes le patron de Veolia, géant mondial de l'environnement, pourquoi accepter de partir chez EDF, groupe public, pour un salaire inférieur ? Il était légitime d'augmenter le salaire d'Henri Proglio », estime?t-il. Pour autant, « quand on va diriger une entreprise publique, on sait que la rémunération est inférieure à celle d'un groupe du CAC 40 ! ». La leçon de cette affaire est aussi qu'« il y a une déconnexion entre le quotidien vécu par 99 % des gens et la perception de cette réalité par un microcosme parisien », même si au fil des scandales fortement médiatisés ces dernières années, les patrons sont devenus « dans leur grande majorité plus raisonnables sur la question de leurs rémunérations, à quelques rares exceptions près ». Diane Ségalen, vice-présidente de CTPartners, cabinet de chasseurs de tête, fait valoir que le nouveau patron d'EDF n'est pas plus payé que ses grands concurrents : « Le patron de RWE en Allemagne a gagné 7 millions d'euros en 2008 ; celui de E.ON, 3,8 millions d'euros ; celui de Constellation, 1,3 million de dollars en cash, et 2 millions de dollars de stock-options. Seul Fulvio Conti chez l'italien Enel fait moins bien avec 1,2 million d'euros. » Avec 1,6 million d'euros, « Henri Proglio est dans la partie ?basse? du march頻, juge-t-elle. « Combien de patrons français peuvent prendre la tête d'EDF, dès lors que le chef de l'État, à juste titre à mon avis, a décidé de recruter un vrai patron manager, et pas de parachuter un haut fonctionnaire méritant ? À l'évidence, très peu. » En revanche, la double fonction de président opérationnel d'EDF et de président non exécutif de Veolia lui pose un problème de gouvernance : « Une telle transition ne peut pas durer très longtemps. » Reste, comme le souligne Hervé Joly, que « la question de la succession des dirigeants dans les entreprises contrôlées par l'État n'a jamais été réglée de manière convaincante. C'est toujours l'État actionnaire qui a le dernier mot et qui profite de l'occasion pour placer quelqu'un de politiquement proche ». nAnalyse Philippe mabille Éditorialiste à « La Tribune »Chaque semaine, « La Tribune » décrypte une phrase ou une citation qui marque un temps fort de l'actualité politique, sociale ou économique.

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