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Mario Monti, l'homme du chaos

La Tribune

Publié le 24 décembre 2012 à 22:05 - Mis à jour le 24 décembre 2012 à 22:05

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Mario Monti ne sera donc pas candidat aux élections générales italiennes du 24 février 2013. Mais il reste candidat à sa propre succession, et il a pour cela un programme de gouvernement complet.Un agenda qu’il a rendu public et qui s’appuie sur un nouveau cycle de libéralisations et, surtout, sur cette idée, proclamée à la page 4 de son texte : « La croissance ne peut se construire que sur des finances publiques saines. » Avec un tel programme, le président du conseil démissionnaire s’est présenté comme le candidat de la continuité et de l’assurance du soutien de l’Europe et des marchés.Reste cependant une inconnue. Comment Mario Monti peut-il espérer demeurer au Palais Chigi alors qu’il refuse officiellement de se jeter dans l’arène électorale ? Alors même que les partis centristes qui peuvent le soutenir ne décollent guère du niveau des 8 à 10 % des intentions de voix ?C’est que, contrairement à l’image qu’il a construite à l’étranger, \"Il professore\" n’est pas un béotien de la politique italienne. Il maîtrise à merveille l’art de la \"combinazione\" indispensable à ceux qui veulent jouer un rôle de premier plan dans la politique transalpine.Il sait combien il est faible lorsqu’il apparaît comme un simple homme politique, et comme il est fort lorsqu’il apparaît en sauveur d’une Italie à la dérive. C’est pourquoi l’ancien commissaire doit avoir étudié des scénarios de l’après 24 février pour demeurer président du conseil. Voici ce qu’ils pourraient être.1. Victoire à la Pyrrhus du centre-gaucheLe Parti démocrate (PD) est clairement en tête dans les sondages. Son score demeure néanmoins assez faible, proche des 33 % des voix enregistrés lors des élections de 2008 qui, rappelons-le, avait été pour le centre-gauche une défaite cinglante. La loi électorale italienne, assez complexe, permet cependant au PD d’être optimiste quant à ses chances d’atteindre la majorité absolue des sièges puisqu’elle donne une prime majoritaire au niveau des régions à la coalition arrivée en tête.Pour arracher la majorité absolue, le PD a donc constitué une coalition électorale comme la loi l’autorise avec quatre autres partis. Cette coalition, appelée Italia Bene Comune (Italie Bien Commun), est formée, outre du PD, de deux petits partis qui ne pèseront pas lourd, le PSI (un parti social-démocrate) et les centristes de Droit et Liberté, et du parti SEL, Gauche Ecologique et Liberté, du président de la région Pouilles Nichi Vendola.La majorité formée par cette coalition et qui devra porter Pier Luigi Bersani, le vainqueur des primaires, à la présidence du conseil, sera donc plurielle. L’ennui, c’est que cette pluralité risque de peser lourd dans la balance à l’heure des choix.Car c’est le grand pari stratégique de Monti : son agenda risque de devenir la référence pour juger du caractère « réformiste » ou non du futur gouvernement, notamment dans le reste de l’Europe et sur les marchés. Or, il sera bien difficile à Pier Luigi Bersani de faire adopter l’agenda Monti à Nichi Vendola.Ce dernier est en effet un ancien de la fraction orthodoxe du Parti communiste italien (PCI), Rifondazione Comunista. Durant les primaires auxquelles il a participé et où il est arrivé troisième avec 15,5 % des voix, Nichi Vendola a fait campagne sur le refus de l’austérité et le rejet du gouvernement Monti. Difficile pour lui de soutenir à présent une politique inspirée par l’agenda Monti. D’autant que Vendola a la dent dure vis-à-vis des leaders du PD. Or, le SEL, crédité de 5 à 6 % des voix, sera essentiel au centre-gauche pour constituer sa majorité.Dès lors, la situation de Pier Luigi Bersani deviendra impossible. S’il s’engage dans une politique réformiste, il s’aliène à coup sûr Nichi Vendola et perd sa majorité. Mais s’il tente de revenir sur les réformes Monti, l’Europe et les marchés risquent de s’alarmer, provoquant à coup sûr la colère de son rival centriste des primaires, le maire de Florence Matteo Renzi.Enfin, s’il tente de ménager la chèvre et le chou, il risque de provoquer le mécontentement des deux côtés. Car le PD lui-même est une fragile alliance hétéroclite d’anciens communistes et de démocrates-chrétiens. La construction peut à tout moment céder sous le poids de certains choix.L’issue à cette crise pourrait alors être la scission de la gauche ou du centre du PD. Dans ce cas, l’alternative de gouvernement ne pourra être qu’une option réformiste à même de rassurer les marchés. Et pour rassurer les marchés, un rassemblement des centres autour de… Mario Monti, l’éternel baume sur le cœur des investisseurs, sera l’unique choix.Ce scénario ne serait pas si incroyable qu’il peut y paraître : depuis 1992, la vie politique italienne est extraordinairement mouvante, la durée de vie des partis très réduite et les scissions monnaies courantes. Ce scénario est actuellement le plus probable, mais il est aussi le plus difficile à mettre en œuvre pour Mario Monti car il subside toujours l’alternative que chacun au sein du centre-gauche acceptent des concessions pour demeurer au pouvoir.Dès lors, il faudra un vrai « coup de chaud » sur les marchés pour changer la donne. Mais comme le gouvernement Bersani sera en permanence sous l’œil suspicieux des marchés…2. Le centre-gauche à la recherche un alliéSi la coalition Italia Bene Comuni n’obtient pas de majorité absolue, l’Italie entrera dans une crise politique. A priori, le centre-gauche n’a pas de réserves à l’extrême gauche. Les restes de Rifondazione Comunista ne dépassent pas 2 % des intentions de vote et auront du mal à entrer au parlement.Du reste, une alliance à gauche est impensable pour la majorité du PD qui a soutenu la politique de Mario Monti. Il faudra donc aller chercher des alliés au centre. Or, le travail de Mario Monti va être ces prochaines semaines de constituer un pôle centriste autour du parti clairement pro-Monti du patron de Ferrari, Luca Cordero di Montezemolo et de l’UDC démocrate-chrétienne de Pier Ferdinando Casini. Si ces formations font de l’agenda Monti leur programme, alors elles pourront poser comme condition à leur indispensable soutien à un gouvernement de centre-gauche l’adoption de ce programme.Et comme, on l’a vu, adopter un tel programme reviendra à faire exploser la coalition de centre-gauche, et donc à réduire encore sa marge de manœuvre, les partis centristes seront en mesure d’imposer comme président du conseil Mario Monti pour ramener le calme et convaincre certains élus de droite de se rallier à un gouvernement réformiste.Là encore, un élément clé de la situation risque d’être l’évolution de l’écart de taux avec l’Allemagne, du « spread. » En cas d’embrasement, l’Europe risque de mettre les pieds dans le plat pour réclamer le retour au calme et à la confiance. N’oublions pas que c’est bien la BCE, en ralentissant les rachats de titres souverains italiens qui a fait chuter Silvio Berlusconi.Or, dans son agenda, Mario Monti n’a eu de cesse d’insister sur l’importance de la « crédibilité » de l’Italie en Europe. Une crédibilité qu’il est le seul à pouvoir imposer aujourd’hui.Ce scénario est assez probable. Mais il sous-entend que Mario Monti parvienne à fédérer les centres autour de son programme et progressent assez dans les sondages pour freiner l’avance du centre-gauche2. Le chaos naît des électionsSi le centre-gauche ne parvient pas à maintenir son avance et que les forces anti-austérité, à commencer par le « Mouvement 5 Etoiles » du blogueur Beppe Grillo (donné actuellement à 16 % des voix), mais aussi du PDL de Silvio Berlusconi, progressent, l’Italie sera sans aucun doute attaqué dès le 25 février sur les marchés.En l’absence de majorité claire, ce sera la situation la plus « facile » à gérer pour Mario Monti, qui, au bout de quelques jours, apparaîtra comme la seule issue à la crise politique et financière. Comme en novembre 2011, les partis politiques se regrouperont derrière le \"Professore\" pour rassurer l’Europe et les marchés et adopteront sans coup faillir l’agenda Monti comme programme. Le spread se réduira et Monti restera au Palais Chigi.Cette option a déterminé le comportement de Mario Monti durant tout l’automne. C’était alors le plus probable car le PD était à 20-22 % des intentions de vote et ne se détachait guère du Mouvement 5 Etoiles et du PDL. Il reviendrait d’actualité si Beppe Grillo connaissait un fort mouvement en sa faveur ou si le centre-gauche s’effondrait. Actuellement, cependant, on n’en est loin. La popularité de Beppe Grillo semble avoir atteint ses limites et l’effet Berlusconi sur le centre-droit est pratiquement nul. Ce scénario semble donc le moins probable.En conclusion, l’attentisme apparent de Mario Monti ne doit pas cacher qu’il se présente avant tout comme un recours. Garant du soutien de l’Europe et de la confiance des marchés, il est le seul homme politique italien qui trouve grâce aux yeux de l’étranger.Autrement dit : Mario Monti sera le bénéficiaire de toute crise politique et de toute attaque sur les marchés. Ce sera lui qui sortira vainqueur de tout chaos dans lequel l’Italie entrera. Et c’est évidemment sur cela qu’il compte. Faute de rester au pouvoir par la voix démocratique, il compte y revenir par l\'effet de la crise. Comme en 2011.

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