Coca-Cola rachète son embouteilleur américain

L'annonce du « Wall Street Journal » de mercredi, confirmée jeudi par Coca-Cola, a pris tout le monde de court. Le géant d'Atlanta, qui depuis vingt-cinq ans avait bâti son organisation sur deux entreprises jumelles - d'une part Coca-Cola Company (CCC), qui produit le concentré de boisson et s'occupe du marketing, et d'autre part Coca-Cola Entreprise (CCE), qui prépare la boisson finale et la distribue - annonce qu'il reprend le contrôle de CCE en Amérique du Nord, soit 90 % de ses ventes en volume. La transaction, par échange d'actions, est évaluée à 15 milliards de dollars.Elle intervient dix mois après l'annonce par PepsiCo du rachat de ses deux principaux embouteilleurs aux États-Unis pour 7,8 milliards de dollars. « PepsiCo avait acquis un avantage concurrentiel qui a mis Coca-Cola sous pression », estime Gerry Khermouch, directeur du magazine « Beverage Business Insights » à New York. Après avoir juré pendant des mois qu'il ne suivrait pas son concurrent, le PDG de Coca-Cola, Muhtar Kent, aurait donc cédé à la pression de Wall Street, sans être forcément convaincu. « Notre nouveau chiffre d'affaires de 63 milliards de dollars était sans doute aussi un peu effrayant comparé à leurs 31 milliards », glisse-t-on chez PepsiCo. Pourtant, dans un communiqué, Muhtar Kent vante ce « tournant historique », qui va engendrer, selon lui, 350 millions de dollars d'économies immédiates. En effet, l'exception américaine veut qu'il y ait là-bas une force de vente et des chaînes de production dans les deux entreprises, CCC et CCE. La réduction des coûts se traduira donc par des restructurations industrielles et commerciales.les analystes s'interrogentSurtout, comme PepsiCo, Coca-Cola fait face à un marché radicalement transformé depuis quelques années. Les sodas, moins en vogue, ont fait chuter les ventes des deux groupes en Amérique du Nord, de 6 % pour PepsiCo et 2 % pour Coca-Cola. Tous deux ont réagi en multipliant les achats de nouvelles marques, comme la boisson au thé Fuze ou les eaux Vitamin Water pour Coca-Cola récemment. Or, ces nouvelles boissons ne sont pas produites de la même façon que les sodas, limitant les synergies et la réactivité nécessaires face à une distribution de plus en plus concentrée.Mais les États-Unis ne représentent que 20 % environ des ventes totales de Coca-Cola. Et si la fusion s'opère outre-Atlantique, la séparation entre deux entreprises indépendantes prévaut dans le reste du monde. Elle se renforce même en Europe, où CCE rachète des activités d'embouteillage possédées jusqu'ici par la maison mère en Suède, en Norvège et en Allemagne pour 822 millions de dollars. « Notre position d'embouteilleur stratégique en Europe est renforcée », se félicite Hubert Patricot, président de CCE Europe.Les analystes, eux, s'interrogent déjà. Comme PepsiCo, Coca-Cola Company a pu bénéficier selon eux d'une bonne opportunité financière. L'action CCE, à 10,8 fois le bénéfice par action, n'est en effet pas très chère. « Nos ventes sont reparties et les actionnaires sont déjà d'accord des deux côtés », rétablit Hubert Patricot. L'opération devrait en tout cas modifier le bilan. Car la rentabilité des capitaux investis est par exemple trois fois moindre chez l'embouteilleur que chez le fabricant du concentré. Enfin reste à savoir si ce rapprochement nord-américain n'est qu'une première étape vers une intégration plus globale. « Une opération comme celle-là coûte cher et la situation américaine était la plus difficile, mais si ça marche là-bas, il n'y a pas de raison pour qu'ils ne fusionnent pas ailleurs », conclut Gerry Khermouch.
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