France, ta jeunesse entreprend (encore) !

Trop souvent, la génération Y, née depuis les années 1980, donne l\'impression d\'être réfractaire à l\'effort, en plus d\'être accro aux nouvelles technologies et rebelle à l\'autorité. Pourtant, de plus en plus de jeunes choisissent d\'entreprendre, investissant sans compter leur temps et leur énergie. Seule la classe d\'âge des moins de 30 ans a accru sa représentation parmi les créateurs d\'entreprise au cours des dix dernières années. Et la tendance s\'accélère. Si un tiers des actifs a entre 20 et 34 ans, ils constituent, selon l\'Insee, 43 % des fondateurs des 330 000 auto-entreprises lancées en 2012, et 34 % des créateurs des 220 000 sociétés fondées avec un autre statut.De \"génération stagiaire\" à \"génération entrepreneurs\"Mieux, quatre collégiens et lycéens sur dix envisagent de créer un jour leur entreprise, selon un sondage Ifop publié en février. Certains n\'attendent même plus d\'être majeurs pour se mettre à leur compte... Entre 2002 et 2012, l\'âge moyen des créateurs d\'entreprise en France s\'est réduit de six mois, pour s\'établir à 38 ans, alors que dans le même temps, la population active française a vieilli. Cet âge moyen chute à 34 ans dans le secteur « Information et communication », pris d\'assaut par les jeunes, qui boudent l\'immobilier, secteur en crise où l\'installation d\'un nouvel acteur est ardue. Et puis, vendre des appartements, ça ne fait peut-être plus rêver. Car ces jeunes entrepreneurs veulent « donner du sens » à ce qu\'ils font. Cette génération a été biberonnée aux problématiques environnementales, à la globalisation, à la diversité... et à la précarité de l\'emploi. La croissance molle des années 1990 puis la crise actuelle compliquent l\'accès des jeunes diplômés à un premier emploi. La « génération stagiaires » a donc muté en « génération entrepreneurs ».Un darwinisme économique qui s\'observe aussi chez les jeunes loups de la finance, laissés sur le carreau par les plans sociaux successifs dans les grandes banques : ils mettent à profit leurs compétences pour rédiger un business plan au cordeau et lever des fonds. Mais, contrairement à leurs aînés qui se piquent d\'entrepreneuriat en fin de carrière pour échapper au chômage ou compléter leurs revenus, créer son propre emploi n\'est pas la première motivation chez les 20-35 ans. Nombre d\'entre eux étaient en poste quand ils se sont lancés, abandonnant la sécurité d\'un statut de fonctionnaire, ou une confortable situation de cadre, sans savoir quand ils se verseraient leur premier salaire. Souvent, pendant les deux ou trois premières années d\'activité, ils font vivre des salariés sans se payer eux-mêmes. « La jeunesse est une chance pour un entrepreneur. Quand vous êtes célibataire et sans patrimoine, vous jouissez d\'une relative insouciance qui permet de prendre le risque d\'entreprendre : vous avez le droit d\'échouer », explique David Amsellem, 34 ans, fondateur de John Paul.Souvent, l\'audace payeEt quitte à prendre des risques, autant tenter d\'entreprendre « autrement ». « Le statut coopératif fonctionne sur le principe démocratique : un homme, une voix. Quand les salariés participent à la gestion de l\'entreprise, et possèdent une part de son capital, ils sont plus impliqués dans leur travail », constate Boris Couilleau, dont la coopérative de transport de personnes dépendantes, Titi Floris, emploie 280 salariés.D\'autres relèvent le pari d\'une production industrielle « Made in France », chère au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. C\'est le choix du cofondateur du Slip Français, Guillaume Gibault, qui doit pourtant affronter la concurrence féroce du textile chinois. La « bonne idée » se trouve parfois au détour d\'un projet d\'étude. C\'est ainsi que Sarah Dufour et Gérald Lévy ont lancé Cyclopolitain en 2003. Dix ans plus tard, leurs tricycles électriques sillonnent 15 pays dans le monde. Mais les chemins qui mènent à l\'entrepreneuriat sont parfois plus sinueux. Yoann Guichard s\'apprêtait à devenir notaire quand il a fondé Repar\'Stores, un service de réparation rapide de volets roulants de tous modèles. À 28 ans, il emploie aujourd\'hui 12 salariés, génère 2 millions d\'euros de chiffre d\'affaires et fait vivre 50 franchisés. D\'autres ont été profs, Compagnons du devoir... ou chercheurs. La rareté des postes dans les laboratoires publics, mis à la diète budgétaire depuis le milieu des années 1990, répand chez les docteurs une épidémie de création d\'entreprises, voire de marchés. Patronne d\'Amylgen, Vanessa Villard vend jusqu\'au Japon ses tests in vivo pour des molécules destinées à soigner des maladies neuro-dégénératives comme Alzheimer. Ses clients obtiennent leurs résultats en un mois, au lieu d\'un à deux ans avec les méthodes classiques.Le succès de ces jeunes entrepreneurs est d\'autant plus méritoire que le contexte actuel est peu propice à l\'éclosion des talents. Les indicateurs économiques sont dans le rouge, et le pays traverse une crise de confiance quasi inédite. La création d\'entreprise est, avec la démographie, l\'un des rares moteurs encore vaillants de l\'économie française. Y toucher serait malvenu.Les ETI freinées par la pénurie du financementAinsi, les opposants à la réforme de l\'auto-entreprise sont nombreux, parmi les économistes comme au gouvernement. On connaît les réticences de Pierre Moscovici, le ministre de l\'Économie, et de Fleur Pellerin, la ministre des PME, au projet de limitation dans le temps du régime créé sous Nicolas Sarkozy, porté par la ministre de l\'Artisanat et du Commerce, Sylvia Pinel. « Compte tenu de la conjoncture actuelle, il serait totalement inconscient de restreindre un dispositifqui permet à tous les Français de se lancer, à moindre frais et pour un risque limité, dans la création d\'entreprise. Les pouvoirs publics et l\'administration feraient mieux de se pencher sur ce qui empêche les entreprises de grandir », estime Jean-Hervé Lorenzi, professeur à l\'université Paris-Dauphine. Car les freins à la croissance des entreprises dans le domaine fiscal et réglementaire sont multiples.Le financement est en crise. Les business angels apportent des capitaux au démarrage, mais les tours de table suivants sont moins aisés, et nombre d\'ETI doivent lever des fonds à l\'étranger. Créée en début d\'année, bpifrance, la banque publique d\'investissement qui réunit Oséo, CDC Entreprises et le Fonds stratégique d\'investissement, vise notamment à combler cette défaillance du marché.« Mais sa capacité d\'action ne sera pas suffisante face à la pénurie de capital-investissement depuis la crise », prédit Jean-David Chamboredon, patron du fonds d\'investissement Isai (lire page 10). Il salue en revanche les mesures issues des Assises de l\'entrepreneuriat retenues par le président de la République en avril, notamment l\'enseignement de l\'entrepreneuriat dès la sixième. De quoi alimenter le vivier des jeunes entrepreneurs. À les regarder, nous nous habituerons...>> Suivez en direct la cérémonie de remise du Prix National des Jeunes Entrepreneurs>> Découvrez les portraits des jeunes entrepreneurs nominés   

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