" A quand un grand ministère de l'Innovation ? "

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Quels sont les enseignements principaux de cette enquête ?Les résultats sont très stables. Les dix premiers du classement semblent indéboulonnables ! Cela fait sept ans que nous publions ce « Global innovation index » [GII], et la quasi-immuabilité du 'top 10' a été une caractéristique de ces trois dernières années.Et les pays les plus performants dans le domaine de la recherche et l'innovation sont ?Les pays industrialisés et en particulier européens se taillent la part du lion. Hong-Kong, les Etats-Unis et Singapour sont les seuls 'non européens' qui parviennent à s'insérer dans les dix premiers du classement. Les autres sont européens.C'est plutôt rassurant pour les pays industrialisés, alors que leurs parts de marché s'écroulent dans le commerce mondial !C'est en effet un signal rassurant. Bien que leurs dépenses dans le domaine de l'innovation et la R&D aient grimpé en flèche, les pays émergents, et en particulier les BRICS, ne parviennent pas encore à pleinement concurrencer les pays industrialisés. Aucun d'entre eux ne parvient pas à intégrer les trente premières places du classement.Pour quelles raisons les émergents ne parviennent pas à transformer l'essai ?Après des progrès spectaculaires, ces pays semblent se heurter maintenant à un obstacle plus complexe, qui est celui de la création d'un véritable écosystème de l'innovation : certains facteurs de production, qu'ils soient humains, financiers ou techniques, ne sont pas encore à la hauteur des efforts consentis en matière d'innovation et de R&D.La Suisse, qui décroche la première place,  la Finlande, Singapour, les Pays-Bas, la Suède... Ce sont essentiellement des petits pays qui sont dans le haut de ce classement. Existe-t-il un lien entre la taille des pays et leur capacité à être performant ?C'est certain. Parce qu'ils sont plus agiles et à condition qu'ils parviennent à se transformer en 'hubs', des noyaux d'activités mondiaux ou régionaux, voire en carrefours de l'innovation dans une ou plusieurs disciplines scientifiques, les petits pays de moins de dix millions d'habitants peuvent devenir des innovateurs de classe mondiale plus rapidement que certains grands pays, pour lesquels le développement d'infrastructures nationales, ou l'éducation de générations plus nombreuses par exemple doivent faire face à des inerties plus importantes.A quelle place la France figure-t-elle ?La France a gagné quatre places en 2013 pour se hisser au vingtième rang du GII.Vous jugez que c'est un bon résultat ?C'est encourageant, d'autant plus que le changement de méthodologie auquel nous avons procédé cette année est plus exigeant. Plutôt que de valoriser la quantité d'innovations produites, elle met en avant la qualité. Concrètement, les efforts publics et privés de la France pour favoriser l'innovation et la R&D sont assez équilibrés. La main-d'œuvre est de qualité et les infrastructures modernes. Le déploiement rapide du haut débit participe à cette dynamique innovante. En revanche, c'est la dégradation du climat des affaires dans le secteur innovant et la recherche qui fait perdre des places à la France dans ce classement. Vis-à-vis des investisseurs étrangers, l'attractivité du pays s'érode. Alors que la Suisse, sur la plus haute marche du podium depuis trois ans, a su devenir un aimant pour les chercheurs et les ingénieurs du monde entier, la France de l'innovation est encore insuffisamment internationalisée. Attirer plus d'étudiants et de chercheurs étrangers, développer des filières multidisciplinaires comme l'ont fait les Finlandais, exposer les étudiants et les chercheurs français à la collaboration et à la concurrence internationales devraient faire l'objet d'efforts accrus. L'expérience montre que, quand ils en ont l'opportunité, les chercheurs et les entrepreneurs français peuvent réussir brillamment dans les enceintes les plus prestigieuses.On nous décrit pourtant le crédit impôt recherche (CIR) comme un aimant à investissement direct étranger dans le domaine scientifique? Le CIR a été un temps efficace pour attirer les centres de recherche en France. Mais il a été souvent copié par nos voisins et concurrents. Par ailleurs, ce dispositif a ses limites. Par exemple, il ne favorise pas l'éclosion de start-up innovantesFormulez-vous d'autres recommandations ?En matière d'innovation, le succès repose largement sur la capacité qu'ont divers acteurs (chercheurs, entreprises, financiers) de prendre des risques. Or, cette capacité est limitée en France par un insuffisant 'respect pour l'échec' : admettre que l'on peut tirer les leçons de tentatives malheureuses, et revenir plus fort, plus aguerri et plus imaginatif après un échec est un comportement qui devrait être appris et partagé dès le plus jeune âge. Encourager les échanges entre disciplines différentes (ingénieurs, gestionnaires, artistes) passera en France par le dynamitage de la sacro-sainte partition entre 'scientifiques' et 'littéraires'. L'apprentissage de la collaboration inter-culturelle, physique ou virtuelle, est aussi une priorité pour le développement de l'innovation en France. Enfin, à quand un grand ministère de l'Innovation, qui concernerait autant l'innovation technologique, notamment dans l'économie numérique, mais aussi l'innovation sociale, et la créativité ? Ce serait un signal fort en direction des individus et des organisations susceptibles de contribuer à une France innovante, mais aussi un exemple qui attirerait à n'en pas douter l'attention de beaucoup d'autres pays.  _____

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