Hervé Morin, ministre de la Défense : « Une frégate britannique pourrait protéger un porte-avions français. »

STRONG>Quels sont les marchés d'avenir pour l'industrie navale française ? La France est une grande référence en matière navale. La preuve, le Brésil a décidé de reconstruire sa Marine en achetant la technologie française. Les industriels tricolores ont aussi gagné des contrats avec des pays exigeants comme la Malaisie ou l'Inde. Ce secteur a un potentiel extraordinaire car on constate que les grands pays émergents aspirent tous à se doter d'une marine de haute mer. Le salon Euronaval doit être pour nous l'expression de notre capacité à répondre aux besoins des pays qui consacrent chaque année des sommes de plus en plus significatives pour leur défense. Sur les 8,16 milliards d'euros d'exportation réalisés par la France en 2009, 4,5 l'ont été grâce au naval.La France arrivera-t-elle à vendre les porte-hélicoptères de type Mistral à la Russie ?Réponse avant la fin de l'année... J'estime qu'il faut regarder la Russie avec un oeil nouveau. On ne peut pas continuer à appeler à un partenariat stratégique de paix et de sécurité avec elle et, dans le même temps, voir les Russes comme les simples héritiers de l'Union soviétique. J'ai été celui qui a ouvert la porte à cette discussion en juin 2009 en adressant une lettre à mon homologue russe. Aujourd'hui, cette idée est partagée par tout le monde. Je me réjouis que l'on puisse espérer déboucher sur un contrat significatif pour l'industrie française et au-delà, ouvrir les portes à d'autres coopérations.En Europe, tout est figé en matière de coopération. N'avez-vous pas envie de pousser un coup de gueule ?Oui, je ne cesse de le faire. Face à l'indigence de leurs budgets de défense, les Européens glissent doucement et confortablement à terme vers un condominium sino-américain. Nous sommes en train de renoncer à être un acteur majeur sur la scène internationale où l'on pèsera de moins en moins sans une construction politique européenne. L'absence de volonté et donc d'efforts en matière de défense, la faiblesse des coopérations et le manque d'ambition créent toutes les conditions d'un affaiblissement de l'Europe. Et pourtant, le renforcement de notre relation bilatérale avec les Britanniques, fruit d'une véritable volonté politique, montre ce que nous devrions être capables de faire à l'échelle européenne !Quelles sont les pistes de coopérations entre la Grande-Bretagne et la France ?Dans le naval, nous réfléchissons à ce que nos porte-avions soient davantage interopérables. Au-delà d'exercices conjoints, nous sommes favorables à partager l'accompagnement des porte-avions au sein de groupes aéronavals. Une frégate britannique pourrait parfaitement participer à la protection du "Charles-de-Gaulle" et vice-versa. Les Britanniques ayant annoncé leur volonté de doter de catapultes leur porte-avions opérationnel, j'ai demandé à l'état-major des armées de réfléchir à la faisabilité de l'embarquement d'aéronefs britanniques sur notre propre porte-avions, et réciproquement ; sauf, évidemment, en cas de conflit ou de crise dans lesquels nos intérêts respectifs seraient divergents. Cela permettrait d'assurer une permanence à la mer. Nous sommes en train d'expertiser ces pistes : ce serait un grand et fort symbole. Les patrouilleurs aériens et les pétroliers peuvent faire aussi l'objet d'une mutualisation.Au-delà du naval ?Le maintien en condition opérationnel (MCO) et la formation des équipages de l'avion de transport militaire A400M pourraient être mutualisés, mais aussi le lancement d'un programme commun de « drone du futur » à moyen terme. Nous réfléchissons aussi à d'autres pistes comme celle des avions ravitailleurs. Nous pourrions profiter de la surcapacité britannique dès lors qu'un partage équitable des coûts a été trouvé. Enfin, il y a toute la question de la rationalisation de la filière missilière européenne, au sein d'un one-MBDA. Les contraintes budgétaires nous imposent aujourd'hui de prendre des décisions conjointes notamment sur les missiles de croisière et sur l'anti-navire léger.La révision générale des politiques publiques (RGPP) prévoyait 54.000 suppressions de postes pour la Défense d'ici à 2014. Où en est-on ? On suit les objectifs. Nous nous étions fixé 8.250 suppressions par an, or nous sommes sur un rythme réel proche de 8.800.

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