Alstom se renforce dans le solaire à concentration... que Siemens abandonne

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En annonçant sa sortie du solaire à concentration en début de semaine, l'allemand Siemens avait laissé entendre que ce marché était en perte de vitesse. Une analyse que ne partage manifestement pas Alstom qui, au contraire, accroît sa participation dans l'américain BrightSource, avec un nouvel investissement de 40 millions de dollars.Le groupe français a investi en cumul quelque 170 millions de dollars depuis 2010, dans ce spécialiste du solaire à concentration dit «à tour». Cette technologie est l'une des trois principales (avec le système de Fresnel choisi par Areva qui a racheté Ausra, et les miroirs paraboliques dans lesquels avait investi Siemens) qui se partagent le marché du solaire à concentration, lequel pourrait peser environ 11% de la production d'électricité mondiale en 2050 selon les projections de l'Agence internationale de l'énergie.Une marge de progression des performances et de baisse des coûtsLe solaire à concentration, dont tous les dérivés utilisent des miroirs pour concentrer l'irradiation du soleil est longtemps apparue la plus compétitive, notamment dans certaines conditions (fort ensoleillement et fortes chaleurs) et pour des centrales de grandes puissance. D'autant plus que le soleil concentré est utilisé pour chauffer des fluides, ce qui doit permettre, à terme, de stocker l'énergie en dehors des heures où le soleil brille. Mais elle pâtit ces derniers temps de l'effondrement du coût des composants et donc des panneaux solaires photovoltaiques.Cela vaudrait surtout, affirment les tenants des tours, pour la technologie utilisant des miroirs paraboliques, fragiles et coûteux à produire, fabriqués notamment par la société israélienne Solel Solal rachetée par Siemens en octobre 2009 pour 284 millions d'euros, et désormais en vente. Les tours, en revanche, permettent des températures et des pressions plus élevées, donc une meilleure efficacité. Et ces performances devraient s'améliorer encore dans les prochaines années et les coûts baisser, car cette technologie, à l'inverse des miroirs paraboliques, est encore toute jeune.Des centrales solaires livrées clé en mainMais chez Alstom, on se montre confiants: «Nous anticipons un marché annuel de 3 à 4 gigawats (GW) pour le solaire à concentration dans les 5 à 10 prochaines années», explique ainsi Denis Cochet, directeur commercial des activités énergie du groupe. Le solaire à concentration n'est pas en concurrence au solaire photovoltaïque, il en est complémentaire», assure-t-il. Le solaire thermique est en effet plus adapté aux pays de la «solar belt», là où le soleil est abondant et l'irradiation directe.Comme en Californie, où BrightSource en est à mi-chemin de la centrale géante de 377 MW qu'elle construite à Ivanpah dans le désert de Mojave, et dont Google est actionnaire. «Pour une telle puissance, il faudrait des milliers de panneaux photovoltaïques», remarque Denis Cochet. Les conditions sont favorables au solaire thermique en Afrique et au Moyen-Orient, où Alstom et BrightSource avaient déjà annoncé une collaboration, mais aussi en Inde et en Australie, où ils développement de nouveaux projets communs.Car, outre des activités communes de R&D, les deux entreprises ont un partenariat industriel qui leur permet de livrer des centrales clés en main dont Alstom fournit les chaudières et les turbines et BrightSource, tous les composants strictement solaires.Desertec en panne?Mais dans les pays du Maghreb et du Moyen Orient, notamment dans le cadre du gigantesque projet Desertec, qui vise l'implantation de 100 GW d'énergies renouvelables à l'horizon 2050, dont une partie pourrait être exportée pour couvrir environ 15% des besoins européens, les projets ne se concrétisent pas aussi rapidement qu'espéré. Cela pourrait avoir joué un rôle dans la décision de Siemens, l'un des principaux industriels impliqués dans le projet, qui risque en conséquence de se trouver plus pénalisé encore.615 millions de dollars pour se développerBrightSource, qui avait tenté en vain de s'introduire en Bourse au printemps dernier, a donc trouvé 80 millions de dollars auprès de ses deux actionnaires principaux, Alstom et le fonds d'investissements VantagePoint Capital Partners. L'entreprise, qui bénéficie aussi du soutien d'actionnaires plus minoritaires dont Goldman Sachs, Chevron Technology Ventures ou encore BP Ventures, dispose ainsi de 615 millions de dollars pour accélère son développement à l'international.

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