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La crise à SciencesPo vue par une élève de SciencesPo

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Publié le 25 novembre 2012 à 22:02 - Mis à jour le 25 novembre 2012 à 22:02

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C\'est un véritable roman‐feuilleton qui se déroule dans l\'institution parisienne depuis la mort du charismatique Richard Descoings, dans l\'indifférence générale des étudiants (*). Sous couvert d\'opacité de procédures de désignation de celui qui sera le futur directeur de l\'IEP et administrateur de la FSNP par Jean‐Claude Casanova et Michel Pébereau, l\'acharnement contre Hervé Crès cristallise batailles d\'influence et règlements de comptes des insatisfaits de l\'ère Descoings. Aux côtés de « Richie » depuis 2008, Hervé Crès paie les pots cassés des dérives de l\'administration dont il a fait partie et dénoncées par le fameux rapport de la Cour des Comptes.Dérives de l\'administration certes, mais avant tout progrès. Richard Descoings a souvent été qualifié de révolutionnaire, à juste titre : il a renversé l\'ordre établi. Après l\'abolition des frontières sociales avec les conventions d\'éducation prioritaire, c\'est l\'abolition des frontières géographiques dans la mesure où SciencesPo peut aujourd\'hui se targuer d\'avoir des partenariats avec plus de 400 universités parmi les meilleures  du monde (Cambridge, Oxford, LSE, mais aussi MIT, Columbia, Princeton ...). SciencesPo, institution autrefois franco‐centrée est maintenant l\'université française la plus cosmopolite : 42% des étudiants présents sur  le campus sont étrangers, représentant 130 nationalités.Alors oui, SciencesPo sort du rang, fait figure d\'enfant gâté dans le paysage académique français, oui SciencesPo est une institution privilégiée. Et oui cela agace. Notamment concernant les rémunérations. Mais le réel débat que devraient occasionner ces rémunérations qualifiées par certains de « délirantes » c\'est le prix de l\'éducation. Assez de se voiler les yeux au nom de l\'égalitarisme : l\'éducation a un prix ! Si notre éducation nationale et l\'enseignement supérieur universitaire en France sont en panne c\'est notamment par manque de moyens. Comment motiver les professeurs lorsqu\'ils sont payés au lance‐pierre ? Comment impliquer les étudiants quand ils payent 300 euros de frais de scolarité ? Le salaire de Richard Descoings semble indécent comparé à ceux des directeurs d\'universités. Comparé à ceux des directeurs d\'écoles de commerce, ou des doyens d\'universités anglo‐saxonnes ... immédiatement, force est de relativiser !Prenons le cas extrême d\'Harvard, n°1 dans le classement de Shanghai, au budget annuel moyen d\'un milliard de dollars. Pour être une université de rang mondial, il faut être capable de rivaliser sur la scène de la  recherche internationale, il faut être capable d\'attirer les meilleurs, et il faut être capable de donner les moyens (dans tous les sens du terme) aux gens qualifiés pour faire changer les choses pour le bien de la « chose publique » plutôt que ceux‐ci ne se dirigent vers le secteur privé. D\'ailleurs, bien que je ne soutienne pas un modèle à l\'américaine où l\'étudiant moyen est endetté à hauteur d\'environ 33 000 dollars, je pense  profondément que la généralisation des frais de scolarité au prorata (comme cela est plus ou moins le cas déjà à SciencesPo) dans une perspective d\'équité (donner à chacun selon ses besoins) et non plus d\'égalité (donner à tous la même chose), ou encore celles des études « gratuites » voire payées et ensuite remboursées sous forme d\'années au service de l\'État comme c\'est le cas des écoles d\'État (X, ENS, ÉNA), permettrait déjà aux universités françaises de mieux rivaliser sur la scène académique internationales.Ensuite il est vrai que SciencesPo a parfois abusé des subsides de l\'État. Et il est sans doute vrai qu\'Hervé Crès en a profité. Mais cela ne serait pas le premier et malheureusement pas le dernier ... L\'épée de Damoclès qui pèse sur lui semble profondément injuste : toute accusation de la Cour des Comptes invaliderait sa candidature. Pourtant, comme il l\'a lui‐même souligné, de telles accusations n\'ont nullement empêché ses prédécesseurs Alain Lancelot et Richard Descoings à la tête de l\'institution. Les arcanes du pouvoir sont impénétrables ... et la guerre qui se trame pour la direction de l\'institution est bien plus opaque que les procédures incriminées. À titre personnel, j\'estime donc qu\'à défaut d\'être le meilleur, ce candidat apparaît comme le « moins pire ». Moins charismatique que son prédécesseur, mais converti à ses idées, il est capable de consolider, moins dans les médias qu\'en profondeur, les réformes survenues au cours de ces 10 dernières années.Ainsi, si LaPéniche (le journal en ligne des étudiants de SciencesPo : www.lapeniche.net) souligne l\'indifférence qui règne dans les murs de la rue Saint‐Guillaume cela démontre bien qu\'Hervé Crès a su assurer la transition avec brio, dans l\'indifférence certes, mais parce que rien n\'est différent ! Encore lundi dernier, nous recevions Mario Monti dans l\'amphithéâtre Émile Boutmy ... Qui peut à l\'heure actuelle se targuer  d\'accueillir de telles personnalités ? C\'est là encore la signature de SciencesPo. Je ne suis qu\'en deuxième année, mais j\'ai déjà eu la chance au cours de conférences de rencontrer des membres du Conseil National Syrien, le banquier d\'affaires Matthieu Pigasse, l\'ambassadeur des États‐Unis en France Charles H. Rivkin, la porte‐parole du gouvernement et ministre des droits des femmes Najat Vallaud‐Belkacem, le président du Conseil italien Mario Monti et j\'en passe ... Les raisons qui m\'ont poussée à choisir SciencesPo sont avant tout la qualité de ses intervenants, la dimension internationale, l\'individualisation du suivi des élèves. C\'est aussi l\'excellence qui se manifeste par des double cursus uniques au monde : avec les universités Paris I, IV et VI ; avec HEC et l\'école Polytechnique ; avec Columbia University, LSE, MGIMO etbien d\'autres.En définitive, cette ingérence de l\'État dans les affaires de SciencesPo est déplacée et illustre malheureusement à quel point la France est, malgré le nouveau gouvernement, réticente au changement. Vouloir replacer SciencesPo au coeur du service public c\'est nier la spécificité de SciencesPo, cette école libre de sciences politiques fondée au lendemain de la défaite contre la Prusse pour pallier aux déficiences de l\'État. Vouloir faire un pot commun de tous les IEP y compris celui de Paris comme se le proposent la plupart des autres candidats, c\'est moyenniser le niveau et refuser l\'exception. En France nous sommes les champions de l\'auto‐dévalorisation, et la mise au pilori de SciencesPo, de l\'ère Descoings, d\'Hervé Crès et de tous leurs succès en témoigne. SciencesPo, c\'est une institution à travers laquelle la France rayonne dans le monde entier et « un sérieux concurrent aux universités de l\'Ivy League américaine et de la LSE » (The Economist) ... Bien qu\'il y\'ait beaucoup de choses contestables dans l\'administration de SciencesPo, et ce depuis longtemps, condamner l\'institution comme on le fait maintenant c\'est mettre en danger toutes les avancées qu\'elle a accomplies.Jusqu\'à présent, SciencesPo tirait son épingle du jeu. À partir de maintenant rien n\'est moins sûr ...(*) Contrairement à ce qu\'ont pu prétendre certains journaux, lorsqu\'ils affirmaient qu\'une majorité d\'étudiants soutenait la fronde des personnels. Cette « majorité » se résume surtout à la « minorité bruyante » des étudiants de l\'UNEF !

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