Un géant à l'histoire sulfureuse

Contrôlé par l'oligarque russe Oleg Deripaska, Rusal est né en 2000 d'une lutte impitoyable autour des gigantesques fonderies d'aluminium sibériennes, doublée d'une bataille pour les centrales hydroélectriques qui leur étaient associées depuis l'époque soviétique. Aujourd'hui plus que jamais, l'avantage compétitif de Rusal réside principalement dans son accès privilégié à une production d'électricité massive à des tarifs 2 à 3 fois inférieurs à ses concurrents. L'expansion fulgurante du groupe en Russie comme à l'étranger est intimement liée aux agissements d'Oleg Deripaska. Âgé de 41 ans, l'ancien négociant en métaux a manoeuvré habilement et sans aucun scrupule pour bâtir un groupe verticalement intégré. Pour se faire, il a sans ménagement écarté ses parrains, ses rivaux oligarques, et s'est mis le Kremlin dans la poche. Il a épousé la fille du gendre de Boris Eltsine, puis a prêté allégeance à Vladimir Poutine. Renvoi d'ascenseur oblige, il en est aujourd'hui l'oligarque favori. Preuve en est le fait que son groupe a déjà obtenu 4 milliards de prêts publics, soit deux fois plus que tous les autres oligarques réunis.En 1994, en pleine époque controversée des privatisations, Oleg Deripaska n'était qu'un jeune ingénieur fraîchement diplômé et astucieusement reconverti dans le négoce de métaux. Ne disposant pas de relations dans les hautes sphères, il se place sous l'aile du sulfureux Mikhaïl Tchernoï, alors à la tête de TransWorld Group, un des plus puissants groupes industrialo-financiers de l'époque. Tchernoï s'occupe de prendre le contrôle d'usines d'aluminium par des méthodes musclées et propulse Deripaska à la tête de l'une d'entre elles (SAZ). En 1999, Deripaska se retourne contre son mentor et éjecte TransWord Group. Il agrandit sa collection d'actifs en manoeuvrant pour couper l'électricité à ses adversaires et les contraindre à la faillite, il s'allie avec les structures de sécurité et un autre oligarque, Roman Abramovitch, jusqu'à créer un empire régnant sur près de 100 % de la production russe d'aluminium. Le 9 octobre 2006, Rusal fusionne avec Sual, son dernier rival, et le suisse Glencore pour créer le numéro un mondial du secteur. Rusal est devenue une multinationale présente dans 17 pays, intégrant mines de bauxite jusqu'aux produits finis, comme l'emballage en aluminium.Emmanuel Grynszpan, à Moscou

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