Bruno Le Maire, ou l'apprentissage à marche forcée de l'agriculture

Il sera porte de Versailles, à Paris, samedi, pour inaugurer le Salon de l'agriculture. Au moment même où il bat la campagne - Bruno Le Maire est tête de liste pour les régionales en Haute-Normandie -, le voilà sommé de remplacer Nicolas Sarkozy pour accueillir la campagne à Paris, le chef de l'Etat étant « retenu » à l'étranger. Une première, pour ce normalien, agrégé de lettres, auteur d'un mémoire consacré à « la statuaire » dans « A la recherche du temps perdu ». Il se fendra donc d'une promenade bucolique au milieu des plus éminents représentants de la race bovine. Un apprentissage difficileDécalé, le ministre de l'Agriculture? Nommé le 23 juin rue de Varenne, l'ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin l'a été pendant plusieurs semaines. Un apprentissage difficile de son nouveau rôle, au coeur de l'été. Alors que s'aggrave la crise du lait, en juillet, le voilà qui défend mordicus la suppression des quotas laitiers, en plein accord avec la commissaire européenne.Les agriculteurs se sentent pour le moins abandonnés. Mieux, début août, il somme les producteurs de fruits et légumes de rembourser des aides qui leur avaient été versées de longue date, et que, du reste, ils n'avaient pas touchées directement. Bruno Le Maire, qui vient du secrétariat d'Etat aux Affaires européennes, se sent alors, avant tout, européen. Convaincu. Au point d'oublier qu'il est d'abord le ministre des agriculteurs.En pleine torpeur estivale, cette affaire des aides que doivent rembourser les producteurs prend une dimension nationale. Télés, radios... tout ce que Paris compte encore de journalistes en ce 4 août se retrouve rue de Varenne, assiégeant littéralement le ministère de l'Agriculture.Les attraits de la régulationCe fut la dernière erreur magistrale du ministre novice. Depuis, le libéral-européen a découvert les attraits de la régulation. A l'automne, il sillonne ainsi l'Europe pour convaincre les partenaires de la France de mieux réguler le marché du lait. Il réussit à fédérer un groupe de 21 pays, qui tentent d'obtenir de la Commission européenne de nouvelles règles, afin de compenser la suppression des quotas laitiers. Si les producteurs de lait apprécient, à Bruxelles, on n'en revient pas: pour la première fois, les eurocrates voient se constituer un véritable front contre la Commission. Emmené par Bruno Le Maire, lui qui était si pro-européen...Un vrai politiqueC'est que, sous l'homme de conviction, l'intellectuel d'apparence réservée, se cache un vrai politique. Nicolas Sarkozy tente à toute force de faire remonter sa cote dans le monde agricole, à coups de discours favorables à l'interventionnisme. Bruno Le Maire suit, voire précède. Il met au point au plan de sauvetage de 1,65 milliards d'euros - surtout des prêts bonifié s-, que les agriculteurs accueillent plutôt bien. Bref, il fait le job. Dans un même mouvement, il se présente en Haute-Normandie, professant sa foi dans le mandat électif, en annonçant d'entrée de jeu qu'il quittera le gouvernement s'il est élu président de région. Ce qui est... peu probable, dans une région fermement tenue par la gauche. L'homme est habile. Dans son dernier livre, paru en 2008, l'excellent «  Des hommes d'Etat », il raconte par le menu son expérience aux côtés de Dominique de Villepin, frôlant la caricature d'un ministre de l'Intérieur nommé... Sarkozy. Mais sur la si sensible affaire Clearstream, il sait prendre une distance suffisante avec son mentor. Ne pas insulter l'avenir... Celui-ci lui a effectivement souri.

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