La Grèce, cheval de Troie des États-Unis

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La Grèce sera-t-elle le cheval de Troie pour une ingérence des États-Unis, via le FMI, dans les affaires de l'Eurozone?? C'est en tout cas ainsi que le psychodrame grec est perçu à Washington et à Wall Street. Les incertitudes et tergiversations de l'Union européenne - provoquées surtout par les résistances allemandes - ont abouti à un résultat que Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Trichet et José Barroso auraient préféré éviter?: c'est la revanche du FMI. Et derrière, il y a les États-Unis, l'actionnaire le plus important du FMI avec 17 % des droits de vote. Car, face au SOS lancé par le Premier ministre grec Georges Papandréou, la seule réponse rapide est venue d'une institution qui a son siège à Washington. « Rapide », voilà un adjectif qui ne décrit pas la réaction de Bruxelles ou de Berlin. Pour fournir à la Grèce les 15 milliards d'euros qu'il a promis, il suffit au FMI d'une réunion de son conseil d'administration. Sa vitesse d'exécution est remarquable. L'Eurozone, quant à elle, a promis qu'elle fera deux fois plus (30 milliards d'euros), mais avec tellement de « si » et de « mais »... Quant aux délais, il faudra attendre les élections régionales en Rhénanie du Nord-Westphalie, car le parti de la chancelière Angela Merkel craint le mécontentement des contribuables allemands appelés au secours de la Grèce. Ensuite, plusieurs parlements de l'eurozone devront ratifier le projet d'aide au gouvernement d'Athènes, avant que leurs gouvernements puissent verser les aides promises. Finalement, ces fonds européens pourraient arriver au compte-gouttes.Vue de Washington cette crise est bien l'occasion d'une double revanche. Tout d'abord, c'est la confirmation d'une renaissance du FMI - « comme l'oiseau Phénix de la mythologie », selon Kenneth Rogoff qui en fut économiste en chef. On disait cette institution inutile, presque un monument archéologique, en 2007. Aujourd'hui, la Commission européenne et la BCE sont forcées d'admettre que seul le FMI a les compétences nécessaires pour faire face rapidement à un risque de banqueroute souveraine. Il s'agit en effet de vérifier la situation réelle des finances publiques, de définir un plan de redressement, des objectifs chiffrés de lutte à la fraude fiscale et d'augmentation des recettes. C'est ce que le FMI a appris à faire depuis un demi-siècle. Il y a un an, plusieurs leaders européens - dont Nicolas Sarkozy et Gordon Brown - évoquaient la nécessité d'une conférence de Bretton Woods 2, pour lancer une réforme de l'ordre monétaire international. Cette idée a fait long feu. À présent, on en reste à utiliser le FMI qui fut créé à Bretton Woods en 1944, à l'époque où l'hégémonie américaine était incontestable. En théorie, les partenaires européens pourraient avoir un poids supérieur à celui des États-Unis au sein du FMI, car tous ensemble ils ont 32 % des droits de vote. Mais l'expression « tous ensemble » est loin de décrire le fonctionnement de l'eurozone face à la crise grecque. De plus, les droits de votes des Européens seront réduits à l'avenir, pour augmenter le poids de la Chine et d'autres puissances émergentes au sein du FMI.Pour Barack Obama, le moment de vérité est arrivé le 9 mars. Ce jour-là, M. Papandréou vint lui rendre visite à Washington. Ce fut un voyage improvisé. En utilisant son réseau de connaissances aux États-Unis - où il a habité longtemps - M. Papandréou a réussi à organiser en catastrophe une rencontre avec le président américain et son secrétaire au Trésor, Tim Geithner. Entre-temps, le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou, rendait une visite « secrète » au FMI. Mais ce secret n'était pas fait pour durer. Car Papandréou voulait envoyer depuis Washington un message à ses partenaires européens?: si vous me lâchez, j'ai de bons amis de ce côté-ci de l'Atlantique. Pour Barack  Obama, un président tourné vers l'Asie-Pacifique, ce fut une preuve de faiblesse de l'eurozone. Tout ce qui est arrivé depuis lors, jusqu'à l'assemblée du FMI à Washington le 24 avril, n'a fait que confirmer le scepticisme américain.nchronique Federico Rampini Correspondant à New York de « La Repubblica »

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