Le « Bill Gates de Corée du Sud » fait une entrée fracassante en politique

Ahn Cheol-soo, 50 ans, médecin, professeur d\'université, philanthrope, auteur de bestsellers, fondateur de l\'une des plus prospères entreprises de logiciels de son pays, et novice en politique, s\'est lancé un nouveau défi : la présidence sud-coréenne.Le 20 septembre, dans un discours très attendu, le « Bill Gates coréen » a annoncé sa candidature à l\'élection du 19 décembre. « Je n\'ai aucune expérience politique, je n\'appartiens à aucun réseau ni à aucun groupe. Mais cela veut aussi dire que je ne dois rien à personne », a déclaré Ahn Cheol-soo. Derrière sa frêle carrure et sa voix douce, presque mal assurée, se cache une formidable menace pour les partis politiques coréens traditionnels.Pour une meilleure couverture socialeSes promesses de meilleure couverture sociale - dans un pays qui en est presque dépourvu -, de meilleur partage des richesses et de contrôle accru des grandes entreprises trouvent une forte résonnance auprès de la génération des 20-40 ans, qui se détourne des urnes. Dans les sondages, Ahn Cheol-soo est au coude à coude avec les candidats des deux principaux partis : la conservatrice Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee qui a dirigé le pays d\'une main de fer entre 1961 et 1979, et le démocrate Moon Jae-in, ancien avocat de droits de l\'homme emprisonné sous le régime dictatorial... du père de Park.La popularité de Ahn Cheol-soo s\'explique tout d\'abord par son parcours : étudiant brillant, il devient médecin puis s\'intéresse en autodidacte à l\'informatique. A la fin des années 1980, il bricole à ses heures perdues des logiciels anti-virus qu\'il distribue gratuitement. En 1995, il remise son stéthoscope et fonde Ahnlab, une société de logiciels de sécurité informatique.Condamnation du clientélisme politiqueEn 2005, il abandonne l\'entreprise, pourtant florissante, pour partir étudier aux Etats-Unis. De retour en Corée en 2008, il devient professeur d\'université. Il entame une série de conférences très suivies baptisées « Concert Talk », où il condamne les inégalités croissantes, le clientélisme politique, l\'endettement alarmant du pays et l\'ascenseur social en panne. Sa popularité grandit.Son image d\'entrepreneur qui n\'a pas hérité de sa fortune mais qui l\'a bâtie séduit dans une Corée du Sud où le pouvoir économique est partagé par quelques familles - les « chaebols » - propriétaires des immenses conglomérats industriels, tels Samsung, Hyundai ou LG. Selon l\'agence de presse coréenne Yonhap, les chiffres d\'affaires réunis des 10 principaux conglomérats représentaient 52,6% du PIB sud-coréen de 2003 à 2007. Un chiffre passé à 69,1% du PIB de 2008 à 2011.Si les Sud-Coréens sont fiers de voir leurs fleurons nationaux conquérir toujours davantage de marchés internationaux - à l\'image des smartphones de Samsung -, ils leur reprochent aussi de se considérer au-dessus des lois, de saigner leurs fournisseurs, de pousser les petites entreprises vers la faillite et d\'aggraver une polarisation économique croissante.Couplet anti-chaebolsLe contrôle accru des conglomérats est devenu l\'un des principaux enjeux de la campagne. Comme à chaque élection, chaque candidat pousse son couplet anti-chaebols. Un terrain sur lequel Ahn Cheol-soo est à l\'aise : « Bill Gates ne serait pas devenu ce qu\'il est s\'il était né en Corée du Sud », répète-t-il. Il accuse les grands groupes sud-coréens d\'être des « prédateurs » qui traitent leurs employés « comme des animaux dans des zoos ». Et promet de promouvoir startups et PME.Sa première incursion en politique date de 2011 : Ahn Cheol-soo soutient publiquement Park Won-soon, candidat indépendant et militant des droits de l\'homme, à l\'élection de la municipalité de Séoul. Crédité initialement de 5% d\'intentions de vote dans les sondages, Park Won-soon est élu maire. Un premier coup de tonnerre dans le monde politique sud-coréen.Préparant la suite, Ahn Cheol-soo donne la moitié de ses parts d\'Ahnlab - d\'une valeur de 130 millions de dollars à l\'époque - à des associations caritatives. Il a promis de bientôt donner le reste.Cette exceptionnelle image d\'honnêteté intellectuelle et morale suffira-t-elle pour être accéder à la fonction suprême ? Ahn souffre de l\'absence de base politique et peinera à gouverner sans parti s\'il est élu. Ses adversaires lui reprochent un programme jugé trop vague et son manque d\'expérience.\"Son discours est touchant\"« Son discours est touchant, mais il ne dit pas un mot de comment il dirigera le pays, de sa politique vis-à-vis de la Corée du Nord, ou de la question nucléaire » tweete ainsi dès l\'annonce de sa candidature, Gwak Sung-moon, du parti conservateur au pouvoir. « Il se pose en sauveur omnipotent ».L\'équipe de campagne d\'Ahn Cheol-soo a demandé au public de soumettre idées et propositions via une page Facebook. Une démarche aussitôt critiquée par un officiel du parti démocrate : « Cela montre qu\'il n\'a aucune proposition de prête. » Ses opposants font état de rumeurs l\'accusant d\'adultère et lui reprochent d\'avoir enjolivé son parcours. L\'idéalisme du « Bill Gates coréen » va à présent devoir affronter la dure réalité d\'une campagne électorale._______Ahn Cheol-soo lors de l\'announce de sa candidature [Korea Today / EN]  

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