Areva : la tension monte autour de l'accord nucléaire avec EDF et la Chine

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\"Si ce protocole d\'accord porte sur les marchés nucléaires internationaux, on est mort. Cela ouvrira aux Chinois les portes de l\'export\", lance un délégué syndical d\'Areva, résumant l\'inquiétude en interne. Les salariés du constructeur nucléaire ont peur que cet accord, négocié dans le plus grand secret par EDF depuis de longs mois avec un électricien chinois, laisse à Areva la portion congrue. Et forme un nouveau concurrent dont les coûts de production risquent d\'être imbattables.Le comité de groupe européen menace d\'une action en référéSans aucune information officielle sur ces négociations qui, selon eux, peuvent menacer leurs emplois, les représentants européens des salariés d\'Areva ont voté la semaine dernière une motion exigeant que la direction leur remette une copie du protocole d\'accord dont ils ont appris la signature par la presse. Cette exigence a suscité la fureur de la direction d\'Areva. \"La direction joue le bras de fer. C\'est un dialogue de sourd. Cela ne se passait pas comme ça avant\", soupire un délégué syndical en faisant allusion à \"l\'ère Lauvergeon\". Le comité de groupe européen menace d\'une action en référé pour délit d\'entrave si sa demande n\'est pas satisfaite dans les meilleurs délais.Luc Oursel élude la question sur \"France Inter\"Luc Oursel, patron d\'Areva, interrogé samedi matin sur \"France Inter\", s\'est contenté de préciser que l\'expert désigné par les élus \"aurait tous les éléments\". Ce qui n\'a pas manqué de susciter l\'agacement des syndicats. \"C\'est à nous qu\'il faut transmettre les informations\", s\'irrite un membre du comité de groupe européen. Une rencontre, prévue initialement vendredi, a été reportée à ce lundi matin entre le bureau du comité de groupe européen, la direction des ressources humaines et l\'expert désigné par les élus.EDF et l\'électricien chinois négociaient à deuxLes salariés et syndicats d\'Areva ont de quoi avoir peur. Fin septembre, \"Le Nouvel Observateur\" publiait des extraits d\'un précédent protocole impliquant les seuls EDF et CGNPC, l\'électricien chinois. On y découvrait qu\'EDF avait tenté de faire avaliser en urgence en avril 2012, au précédent gouvernement, un accord cadre qui donnait à CGNPC l\'exclusivité des droits de propriété sur le cœur du futur réacteur 1.000 MW que les deux électriciens veulent développer ensemble. Et ce, en contradiction avec les consignes de l\'Elysée qui, à plusieurs reprises, dont le 8 février 2012, avait demandé qu\'Areva soit dans la boucle. Méfiant, Nicolas Sarkozy avait même placé ces négociations \"tripartites\" sous l\'autorité de l\'administrateur général du CEA. Et avait exigé que les étapes clées soient validées par le gouvernement.Même Bercy n\'était pas tenu au courantIl est probable qu\'EDF n\'ait pas la volonté d\'évincer Areva de son projet de réacteur 1.000MW mais qu\'il envisage seulement de recourir au constructeur comme un prestataire, en second rang. Dommage que l\'électricien refuse de s\'exprimer à ce sujet. De son côté, Areva n\'en dit pas beaucoup plus, se contentant de répéter que \"EDF et Areva travaillent en étroite coopération sur un nouveau réacteur 1.000 MW\". Peut être, mais ni les salariés, ni le précédent gouvernement (comme en témoignent des notes de Bercy publiées par le \"Canard Enchainé\" le 3 octobre dernier), encore moins l\'opinion publique, n\'en savent rien.Les Chinois s\'approprient la technologie nucléaire à toute vitesseL\'enjeu est énorme pour la filière française. Il s\'agit pour elle de garder une part du marché nucléaire chinois où vont se construire l\'essentiel des futurs nouveaux réacteurs. Tandis que les Chinois, eux, sont à la recherche d\'un coup de pouce à l\'export. Et qu\'ils ont fait la preuve d\'une formidable capacité de \"sinisation\" des compétences nucléaires. EDF et Areva ont construit la première centrale de Chine, à Daya Bay, à partir de 1986. Depuis, une filière entière a été mise sur pied sur place, permettant d\'ériger près d\'une vingtaine de \"répliques\". Et cela continue. \"Le cœur du premier des deux EPR qu\'EDF et Areva construisent actuellement à Taishan, a été forgé et assemblé en France, à Saint Marcel. La cuve et les générateurs de vapeur du second EPR chinois ont été forgés au Japon et assemblés en Chine\", affirme un délégué syndical d\'Areva.Les négociations se poursuiventDans ce contexte, les salariés d\'Areva ont été surpris d\'apprendre par la presse régionale que le 19 octobre avait été signé en Avignon un \"protocole d\'accord\" entre EDF, Areva et CGNPC. \"A chaque fois qu\'on posait la question à la direction ces derniers mois, elle nous répondait que rien n\'était fait\", souligne un responsable syndical. De son côté, EDF précise que ce protocole n\'est qu\'une \"toute première étape\". Les trois partenaires doivent \"dans les prochaines semaines\" poursuivre leurs négociations sur le design du réacteur et sur l\'ingénierie du projet, indique l\'électricien.Atmea ou pas ? Le cœur du sujet reste donc entier. EDF et Areva bataillent surtout pour savoir si le réacteur 1.000 MW développé par Areva et le japonais MHI, baptisé Atmea, servira de fondement au futur réacteur franco-chinois. EDF n\'y est pas favorable, considérant l\'Atmea, petit frère de l\'EPR, comme trop complexe et trop cher. Si l\'Atmea n\'est pas retenu, Areva serait de fait écarté car le constructeur a signé une clause d\'exclusivité avec MHI pour la gamme 1.000 MW. A l\'inverse, le design d\'un absolu nouveau réacteur prendrait au moins cinq ans à EDF et CGNPC. Un délai rédhibitoire face aux appels d\'offres qui se préparent. Si les trois partenaires se tiennent par la barbichette, pour autant, trouver un terrain d\'entente, prend du temps ! EDF prévoit une signature de l\'accord complet fin 2012 ou début 2013.

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