La promotion Voltaire monte aux barricades

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La photo a immortalisé un François Hollande souriant, au quatrième rang, et un Dominique de Villepin plus sombre, au dernier rang. La promotion Voltaire de l'ENA (1980), qui comptait aussi dans ses rangs Ségolène Royal, Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet ou Henri de Castries, est entrée depuis longtemps déjà dans l'histoire politique. Elle a même inspiré un téléfilm.Il arrive que l'actualité fasse se télescoper les parcours de ses anciens élèves. Ce qui était le cas la semaine dernière.Deux photos volées publiées dans « VSD » montrent Dominique Strauss-Kahn et François Hollande sortant à quelques minutes d'intervalle d'un immeuble du boulevard Montparnasse. C'était le dimanche 20 février, dernier jour du long week-end parisien du directeur général du FMI. DSK voulait entendre de la bouche même du député de Corrèze sa volonté de figurer dans la course élyséenne en 2012.Empêché de concourir en 2007, en raison de la bataille fratricide entre socialistes sur le traité constitutionnel européen, en 2005, et de la percée irrésistible de Ségolène Royal, en 2006, François Hollande n'entend pas, cette fois, « passer son tour ». La bataille de 2012, il s'y prépare depuis qu'il a quitté le premier secrétariat du PS en novembre 2008, après le triste congrès de la désunion, à Reims. Il ne lui reste qu'un obstacle à franchir : les cantonales des 20 et 27 mars. En Corrèze, sa majorité au conseil général, qu'il préside depuis 2008, n'est que d'un siège. Une défaite est toutefois un scénario peu plausible et l'ancien patron du PS manifeste déjà sa sérénité sur les étapes suivantes.Cette semaine, François Hollande a fait la une du « Point », comme en 2004, lorsque la « vague rose » des régionales avait propulsé le premier secrétaire du PS au premier rang des présidentiables de la gauche. Il est décrit dans un long dossier comme « l'homme qui fait peur à Sarkozy et à Strauss-Kahn ». Longtemps décrit comme l'homme de la « synthèse », ce compromis improbable entre tous les courants du PS, François Hollande laisse entrevoir depuis plusieurs mois une personnalité plus complexe, mélange de retenue et de détermination. Il est devenu celui que la droite aime craindre tant il s'affiche comme l'exact contraire de Nicolas Sarkozy, promettant d'être un « homme tranquille », un président « normal », loin du « bling-bling » et de la confusion entre vies publique et privée. Adossé à un éventail de propositions, fiscales, éducatives, industrielles, qui ont en commun de faire de la jeunesse, « génération sacrifiée » dans la crise, la priorité de l'action politique des prochaines années.Les intentions de Dominique de Villepin pour l'élection présidentielle de 2012 ne sont pas aussi claires que celles de son cadet socialiste. Mais le dernier Premier ministre de Jacques Chirac, éternel rival de Nicolas Sarkozy, s'attache, en bon gaulliste, à créer les circonstances d'une candidature. L'UMP rêvait d'une réconciliation entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Deux jours avant d'être reçu par le chef de l'État à l'Élysée, dans le cadre de consultations sur le G20, Dominique de Villepin a pulvérisé les espoirs de Jean-François Copé, François Baroin et Bruno Le Maire, chiraquiens passés avec armes et bagages au sarkozysme... en attendant 2017. Le président de République solidaire a annoncé qu'il ne reprendrait pas sa carte de l'UMP en 2011, jugeant le parti présidentiel « en décalage » avec les préoccupations des Français.À l'issue de son entretien avec Nicolas Sarkozy, qu'il a qualifié - en termes très diplomatiques - de « direct, franc, républicain », Dominique de Villepin a souligné ne pas être « dans un esprit d'opposition personnelle ou partisane ».Mais il a aussi dénoncé le débat sur l'islam que Nicolas Sarkozy veut lancer à l'UMP, pour contrer Marine Le Pen. Il a « mis en garde » le chef de l'État contre « la recherche de boucs émissaires ». La veille, celui qui fut la voix de la France à l'ONU contre la guerre en Irak, en 2003, avait apporté son soutien aux fonctionnaires du Quai d'Orsay partis en croisade contre la « cellule diplomatique élyséenne » composée de Claude Guéant et Jean-David Lévitte. Et il a annoncé pour fin mars des « propositions fortes pour les Français ».Pour l'instant, Dominique de Villepin est à un niveau électoral modeste, avec 5 à 10 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle. Mais sa présence dans ce scrutin pourrait gêner considérablement Nicolas Sarkozy, qui cherche à éviter la multiplication de candidatures à droite... et donc favoriser François Hollande, s'il était le candidat désigné de la gauche.L'analyse

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