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« Il faut concevoir un tout autre fonctionnement de la vie au travail »

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Publié le 28 mars 2011 à 10:30 - Mis à jour le 28 mars 2011 à 10:30

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STRONG>Axa organise aujourd'hui une conférence sur la longévité. Que nous annonce l'allongement d'un trimestre par an de la durée de la vie ?Nos sociétés vieillissantes ont tendance à considérer que c'est une charge, alors qu'il s'agit d'une opportunité fantastique et ce, pour tous les secteurs d'activité. Au XXe siècle, la source principale de croissance a été l'élévation du niveau de vie, qui a résulté de la combinaison de l'augmentation de la longévité et de l'innovation. Si la disparition des conflits dans notre pays est un des facteurs explicatifs de cette longévité inédite, celle-ci s'explique également par les reculs de la mortalité tant au début qu'en milieu et en fin de vie. Cela a conduit à une société où l'on vit plus longtemps en bonne santé, et où le nombre d'« années homme » augmente toujours plus. Et cela peut très bien continuer alors qu'un bébé sur deux qui naît aujourd'hui en France vivra jusqu'à 100 ans, et même 105 ans pour les filles.Cela va aussi créer une société où le nombre d'inactifs va devenir insupportable pour les actifs...Pour que cette longévité soit source de croissance, il va falloir que la société et les pouvoirs publics réfléchissent à ses conséquences et aux changements d'organisation nécessaires : repenser le coût de la fin de vie pour la collectivité, allonger la durée du travail en adaptant son organisation, développer beaucoup plus largement la formation continue... C'est la condition du maintien de la compétitivité dans notre pays. L'éducation est un bon exemple : ce que l'on apprend entre 5 et 20 ans ne saurait rester entièrement valable pendant 60 ans, surtout avec le rythme d'innovation que l'on connaît. Que seuls les adultes de 25 à 55 ans travaillent et soient soumis à des exigences de productivité à outrance, ce n'est tout simplement plus tenable ! Il faut concevoir un tout autre fonctionnement de la vie au travail, avec une nouvelle organisation de la vie active et en particulier des fins de carrière plus flexibles et mieux accompagnées. Je suis certain que beaucoup de Français souhaiteraient prolonger leur vie professionnelle à un rythme moins intensif, en acceptant éventuellement des conditions de durée de travail, de responsabilité et de rémunération différentes. Mais cela impliquerait aussi de revoir totalement le système de calcul des retraites.Au coeur de la longévité, se pose aujourd'hui la question du financement de la dépendance sur laquelle planche le gouvernement.Ce problème d'autonomie réduite se pose les trois ou quatre dernières années de la vie pour une personne sur quatre de façon plus ou moins sévère, et cela concernera en priorité les femmes, d'abord parce qu'elles constituent la grande majorité des 4 millions d'aidants en France. Et ensuite, comme elles vivent plus longtemps que les hommes, les femmes se retrouvent souvent confrontées à la dépendance avec des ressources amoindries. Le sujet concerne aussi les classes moyennes. Les plus aisés n'ont pas besoin d'être aidés financièrement pour assumer ce risque s'il survient. Quant aux plus démunis, ils bénéficient des filets de la protection sociale.Mais pourquoi ce filet ne pourrait-il pas protéger tout le monde ?Le coût d'une dépendance lourde se situe quelque part entre 2.000 et 4.000 euros par mois, selon que vous vivez à la campagne ou à Paris. Les Français qui ne sont pas dénués de ressources - retraite, revenus de leur épargne, prestations sociales - peuvent en assumer une partie. Mais il leur manque en moyenne entre 500 et 1.500 euros. L'allocation personnalisée d'autonomie (APA), versée par les départements, est insuffisante et pourtant elle est déjà devenue une charge considérable. Elle est la dépense sociale qui progresse le plus vite et figure déjà en tête de toutes les dépenses dans certains départements. On ne peut plus traiter ce problème en prenant appui sur le schéma qui a été mis en place après la guerre, consistant à faire prendre en charge ce risque par les collectivités publiques, donc les contribuables. Les budgets des départements vont exploser. Et les présidents des conseils généraux de droite comme de gauche en sont conscients.Sur le constat sans doute mais sur les solutions alternatives, le sujet ne fait pas consensus...Les assureurs ne prétendent pas avoir réponse à tout. Il faut cependant regarder objectivement les choses. Ce risque présente plusieurs caractéristiques aléatoires mais prévisibles. Il s'agit donc d'un risque assurable. Et pour que son financement soit raisonnable, il faut imaginer un système où ceux qui s'assurent sont à la fois les plus nombreux possible et en mesure de le faire le plus tôt possible.Concrètement, comment l'assurance dépendance fonctionnerait-elle ?Pour bénéficier par exemple d'une prise en charge de 1.000 euros mensuels en cas de dépendance lourde, les experts ont calculé qu'il en coûterait environ 20 euros par mois aux assurés qui souscriraient dès l'âge de 40 ans. À condition bien sûr que tous les Français soient concernés par cette assurance.Mais quelle est la différence entre une assurance obligatoire et le système de protection sociale assuré par l'État qui s'appuie sur des prélèvements obligatoires ?L'assurance universelle permet de mutualiser le risque avec un système pérenne, de faire cotiser tout le monde, et pas seulement les actifs, et surtout d'offrir à chacun des droits individuels garantis dans le temps.Les citoyens s'inquiètent de la façon dont les assureurs trient systématiquement les risques, laissant les plus mauvais d'entre eux à la charge de l'État. Michel Rocard affirmait récemment que cette inquiétude était tout à fait fondée.Dans un système universel, il n'y aurait plus de sélection médicale, tous les Français seraient égaux et solidaires.Vous assureriez donc toutes les personnes ?Oui, même s'il faudra prévoir une période de transition, car les personnes qui ont aujourd'hui plus de 70 ans ne sont plus assurables à un coût acceptable pour elles, et devront être prises en charge par la solidarité nationale jusqu'à la fin de leur vie, comme c'est le cas actuellement avec l'APA. La charge pour l'État diminuerait progressivement jusqu'à la disparition de ces classes d'âge, ce qui pourrait éventuellement permettre d'augmenter le niveau de l'APA. L'État pourrait par ailleurs envisager un recours sur succession pour ces générations-là, même si le sujet est très délicat en France. Et pour que le système soit vraiment solidaire, l'État devrait prendre en charge les personnes qui ne disposent que d'un petit revenu et qui n'auraient pas les moyens de cotiser. On pourrait imaginer un système de chèque, permettant à chacun de choisir son prestataire et de bénéficier ainsi de la même couverture que tous les autres.Pour les assureurs, ce système d'assurance dépendance serait très lucratif, au moins dans un premier temps.Ce sont de petits montants qui ne représenteraient qu'un faible pourcentage de nos revenus et de nos marges. Songez, en revanche, que, d'après les calculs des assureurs, ce système permettrait à l'État d'économiser, sur la durée, plusieurs dizaines de milliards d'euros.Mais vous n'aurez quasiment rien à verser dans les premières années...Bien entendu, c'est le principe même de l'assurance ! Ce sont justement ces réserves qui permettraient d'offrir une bonne protection à un coût très réduit. Il faut se garder d'une approche trop idéologique. Nous sommes face à un défi social majeur qu'il faut résoudre de façon durable et acceptable. Les assureurs ont une vraie expertise en la matière, je crois qu'il est de notre responsabilité de participer à ce débat, afin que les Français puissent, le moment venu, faire leur choix.Henri de Castries Président du directoire d'Axa

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