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Ceci n'est pas une réforme des retraites

La Tribune

Publié le 27 août 2013 à 21:02 - Mis à jour le 27 août 2013 à 21:02

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18 juillet 2026

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Dans son premier discours de président de la République, François Hollande avait pris deux engagements très forts : \"je demande à être jugé sur deux engagements : la justice et la jeunesse\". Sur la justice, chacun peut avoir son opinion, notamment à l\'heure où la polémique bat son plein entre le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, et sa collègue garde des Sceaux, Christiane Taubira, sur la réforme pénale et la suppression des peines-planchers.Sur la jeunesse, le chef de l\'Etat a aussi dit que toutes ses actions seront prises de façon à ce que sa situation soit meilleure à la fin de son quinquennat. Qu\'on en juge, en regardant d\'un œil froid les annonces anticipées ce mardi soir par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, pour tenter de désamorcer la colère syndicale avant la mobilisation du 10 septembre.La principale décision annoncée hier n\'est pas le renoncement à la hausse de la CSG, un ballon d\'essai qui a crevé à la fin de l\'été sur le mur du ras-le-bol fiscal exprimé jusque par le ministre de l\'Economie, Pierre Moscovici, qui se serait d\'ailleurs fait copieusement engueuler par le président pour avoir dit tout haut ce que tous les élus de gauche pensaient tout bas.Ce n\'est pas non plus le tour de passe-passe financier imaginé pour trouver les 7 milliards de recettes nécessaires pour stabiliser le régime général des retraites d\'ici 2020 : une classique hausse des cotisations retraites salariés et employeurs, peut-être en partie compensée, pour les entreprises, par une baisse des cotisations famille des entreprises. Ce qui revient à faire payer essentiellement par les ménages (par le biais d\'une hausse d\'impôt encore à définir), l\'essentiel de l\'effort financier. Et en particulier par les actifs qui se verront prélever progressivement sur leur feuille de paie 0,5 point de cotisations retraites supplémentaire d\'ici 2017 (0,15 en 2014 + 0,05 par an entre 2015 et 2017 +0,1 en 2014 et 2015 pour les complémentaires Agirc-Arrco). Excusez du peu, mais 0,5 point mensuel de perte de pouvoir d\'achat pour tous les salariés du privé, c\'est quand même un petit sujet, qui explique sans doute pourquoi le gouvernement a pris la mesure du ras-le-bol fiscal en annonçant le rétablissement de l\'indexation du barème de l\'impôt sur le revenu... (vu la faible inflation actuelle, le cadeau est à bon compte, mais c\'est mieux que rien).Non, le vrai choix, le plus controversé et le plus contesté, fait par le président de la République est bien de continuer le relèvement progressif de la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d\'une retraite à taux plein sans décote. Elle passera de 41,5 années en 2020, effet des réformes votées sous la droite, à 43 ans en 2035. La pente sera certes bien moins forte que la trajectoire choisie dans la réforme Sarkozy, que François Hollande avait critiqué à l\'époque, mais se garde bien de remettre en cause aujourd\'hui, et pour cause. Mais c\'est un changement de taille. Ainsi donc, avec un gouvernement de gauche, la durée de cotisation va atteindre un niveau qui n\'est inférieur que d\'un an à ce dont rêvait le Medef qui voulait 44 ans.Bien sûr, le gouvernement pourra se targuer de n\'avoir pas ajouté une double peine aux futurs retraités en relevant en parallèle l\'âge de départ, mais la réalité ne trompera personne. Pour les générations nées à partir des années 70 (les actifs d\'aujourd\'hui et de demain), l\'âge effectif de départ à la retraite va bel et bien reculer, à un niveau dépendant de l\'âge d\'entrée dans la vie active, de plus en plus tardif on le sait (23,2 ans en Ile-de-France). Certes, des mesures correctrices sont prises pour valider des trimestres pour les jeunes en apprentissage et aider à racheter des années d\'études, dans la limite de quatre trimestres. Pour autant, comment ne pas entendre le cri de colère poussé par une partie de la jeunesse de France, fortement exprimé par les associations d\'étudiants et dimanche dernier par le président du mouvement des jeunesses socialistes à La Rochelle (« La gauche, ce n\'est pas la hausse de la durée de cotisations », a-t-il prévenu).En clair, même si l\'on ne peut pas reprocher à François Hollande d\'être le premier socialiste à faire une réforme pour sauver le système par répartition, gravement déséquilibré depuis la baisse de l\'âge de départ à la retraite à 60 ans par François Mitterrand en 1981 -et de le faire sans doute de façon plus concertée et moins brutale que la droite notamment en 2010-, cette réforme-des-retraite-de-gauche est quand même bien marquée du sceau d\'une assez profonde hypocrisie. A l\'aulne de la jeunesse, dont François Hollande se dit le défenseur, cette réforme ne peut pas être jugée comme une bonne nouvelle. Certes, l\'argument de l\'allongement de l\'espérance de vie à la retraite et de l\'équilibre actuariel entre la vie active et le repos continue de prévaloir. Mais on sait que cet acquis stagne, voire recule pour certaines catégories depuis la crise de 2008.Surtout, il y a dans cette réforme une forme de lâcheté, il faut bien le dire, dans l\'affichage réel des efforts demandés. On ne touche pas à l\'âge de départ, mais on repousse la possibilité de partir à taux plein.A vouloir faire l\'économie d\'une réforme globale et structurelle, permettant de remettre à plat l\'hydre des retraites, François Hollande propose donc une réforme habile politiquement, mais a minima et qui fait reposer plus encore sur les actifs et les jeunes le coût de cet élément central du consensus social. Quand on sait que le régime général est obligé de s\'endetter de 10 milliards d\'euros par an pour payer les pensions, et que la mesure financièrement la plus rentable aurait consisté à remettre en cause le tabou des 60 ans et de l\'âge de départ, on cherche encore où est la réforme.Le fait enfin que les mesures s\'appliquent principalement au régime général du privé et épargne la fonction publique, dont les pensions sont financées par la dette de l\'Etat, et les régimes spéciaux, dont le déficit est payé par les clients d\'EDF et de la SNCF, montre bien enfin que cette réforme est loin de répondre à l\'ensemble des enjeux. Le moment n\'était, sans doute, pas propice à un bras de fer avec les syndicats, pour ne pas paralyser le frémissement de reprise économique. Mais, à la façon de Magritte, on ne peut que conclure, après un an de réflexion sur le sujet, que ceci n\'est pas une vraie et une bonne réforme des retraites. Et que le moment approche où les jeunes de ce pays auront bien raison de se révolter contre le choix fait par leurs aînés de leur faire porter l\'essentiel du poids de dettes qu\'ils auront contracté pour ne pas changer un mode de vie hérité des Trente glorieuses…On est loin de la grande réforme courageuse et on n\'a certainement pas fini d\'entendre parler des retraites.Mais, comme on le sait bien, en politique, les « jeunes », c\'est une « catégorie » qui n\'existe pas, alors que les retraités, eux, sont les premiers à s\'exprimer par leur bulletin de vote.

La Tribune

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