Controverse sur les « emplois verts »

Maçons, jardiniers, bûcherons, conducteurs de péniches, architectes? tous doivent se réjouir ! Si l'on en croit la nomenclature retenue par la conférence nationale sur les emplois verts qui s'est tenue hier à La Défense, tous exercent en effet des professions écologiques ! Métiers millénaires pour certains, plus récents pour d'autres, ils seront heureux d'apprendre que le gouvernement considère qu'ils contribuent directement ou indirectement au verdissement de la société. Mais aussi qu'« ils forment la colonne vertébrale des emplois de demain », se sont félicités le ministre du Développement durable, Jean-Louis Borloo, et sa secrétaire d'État, Valérie Létard. Se référant à une étude du Boston Consulting Group, Jean-Louis Borloo a estimé que « la croissance verte devrait permettre la création de 650.000 à un million d'emplois nouveaux », dans la prochaine décennie. Bref, une véritable martingale antichômage.Enthousiasme non partagéL'enthousiasme du ministre n'est pas partagé par tous. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) est loin d'être aussi optimiste. Ses projections n'identifient « que » 218.000 créations nettes d'emplois dans les secteurs verts. Quant au Conseil d'orientation pour l'emploi (COE), il admet, dans une étude récente (« La Tribune » du 26 janvier), un chiffre proche des 600.000, mais pointe un immense besoin de formation professionnelle, sans laquelle l'emploi vert restera une belle idée sans réelle concrétisation.La controverse ne s'arrête pas aux chiffres. Elle se fixe également sur la définition des « emplois verts ». Non seulement il ne s'agit pas forcément d'emplois « nouveaux », mais souvent d'« emplois sauvegardés, dont seules les missions évoluent », analyse Éric Heyer, économiste à l'Office français des conjonctures économiques (OFCE). Formule galvaudéeDe plus, « la formule ?métiers verts? est galvaudée. Car un métier vert, c'est un métier dont l'activité change les modes de production et de consommation, en les rendant moins polluants et moins énergivores », explique-t-il. Dans cette logique, le métier d'architecte ou de maçon n'est vert « qu'à la condition de ne dessiner ou de ne construire que des bâtiments totalement écolos ». La fédération d'associations environnementales France Nature Environnement (FNE) renchérit : « Les comités de pilotage se sont focalisés sur le nombre d'emplois potentiels et les formations, sans se pencher au préalable sur l'intérêt environnemental des emplois en question. Parmi la dizaine de filières à l'étude, certaines présentent un intérêt environnemental qui reste à démontrer. Ainsi des agrocarburants ou de l'automobile », explique Gaël Virlouvet, administrateur de FNE. Et l'écologiste d'enfoncer le clou : « Les filières identifiées répondent avant tout à des choix d'investissements politiques et économiques, et non à des innovations réellement porteuses d'emplois et de moindres impacts sur l'environnement. »

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