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Sortir (vraiment) de la crise

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Publié le 28 mars 2011 à 19:25 - Mis à jour le 28 mars 2011 à 19:25

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Ce n'est pas simplement l'enchaînement de crises majeures depuis l'automne 2008 qui engendre en Europe un sentiment général de désarroi. C'est plutôt l'impression que l'on patauge, que l'on rafistole, sans vraiment régler les problèmes. Sur la dette souveraine par exemple, pas une semaine ne passe sans dégradation supplémentaire de la note des États les plus exposés, suivie de l'annonce de nouvelles mesures de soutien et d'austérité. Le citoyen européen est capable, autant que les autres, de réagir face à une crise, de faire le gros dos et d'avaler le purgatif, quitte à faire la grimace, pour rebondir ensuite. Mais comment supporter que, sans discontinuer depuis près de trois ans, on lui diagnostique de nouveaux maux ? Là réside une différence considérable avec les États-Unis. Ceux-ci ont su, quitte à jouer avec le feu, prendre en 2008 des mesures massives (comme les 700 milliards déboursés en 24 heures pour sauver AIG) afin d'entreprendre ensuite une lente guérison.À Londres, on a vu ce week-end des manifestations d'une ampleur rare, l'Irlande va de nouveau faire parler d'elle cette semaine à cause de la situation désespérée de ses banques, le Portugal s'enfonce dans une crise politique, en France le médiateur de la République parle de syndrome de « burn-out » et les élections, ici et en Allemagne, montrent un haut niveau de défiance vis-à-vis des pouvoirs en place. Le chômage sévit et la jeunesse subit plus que toutes les autres composantes de la population l'effet de la crise et du mal-être. Entendre qu'à l'autre bout du monde la croissance demeure robuste et que l'expansion continue ne soulage pas mais renforce au contraire le sentiment que nous avons construit un monde hypersophistiqué, interconnecté, en mouvement accéléré, qui aujourd'hui nous échappe et nous laisse sur le bord du chemin. Beaucoup ont le sentiment que la plupart des problèmes sont, comme les réacteurs de Fukushima, hors contrôle. La France rentrera dans quelque mois en période électorale, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce sera une échéance à haut risque. Si la surenchère politique, alimentée par le caractère presque mystique que possède encore la fonction présidentielle, pousse les concurrents à prétendre détenir des solutions simples et indolores, le réveil sera pénible. A contrario, un discours « churchillien » a peu de chances de séduire : cela fait déjà trois ans que les électeurs ont le sentiment de lutter, et les inégalités internes grandissantes ne portent pas à la solidarité dans l'effort, mais au contraire à des frustrations de plus en plus profondes, les différentes composantes du corps social rejetant sur les autres l'absence de progrès. S'agrégeant dans une société dont les forces de cohésion se sont distendues depuis une trentaine d'années - le modèle républicain laïc appuyé sur l'accès universel à l'éducation, la valorisation de la culture par rapport à la richesse clinquante, le service de l'État - les fractures sont loin de se réduire. Quel programme donc ? D'abord, il devra assurément être frappé au coin de la lucidité et du réalisme. Ensuite, il faudra ne pas prétendre tout résoudre simultanément et éviter les injonctions contradictoires. Des choix drastiques devront être faits, en recherchant la concertation avec nos partenaires européens, quitte à emprunter des sentiers non orthodoxes. La dette d'abord, quitte à bousculer les marchés et la BCE, l'éducation et le chômage des jeunes ensuite, quitte à bousculer les syndicats, et enfin le logement, avec un plan de construction majeur. Supprimer les niches fiscales pour retrouver une marge d'investissement qui ciblera les domaines porteurs de croissance, oser la flexi-sécurité, secouer les statuts protégés... Il faudra faire, massivement, ce qui est nécessaire pour guérir, pas juste ce qui est possible. C'est ça le rôle de la politique en temps de crise : rendre le nécessaire possible.

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