La Chine peine à assumer son rôle mondial

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À l'origine, le président français souhaitait « impliquer les Chinois sur la question du yuan pour qu'ils se sentent pleinement concernés par la réforme du Système monétaire international ». Aussi, Paris, pour sa présidence du G20, avait lancé en août dernier l'idée « d'un séminaire entre les meilleurs spécialistes, qui pourrait peut-être se tenir en Chine » pour discuter de la réforme du système monétaire hérité des accords de Bretton Woods de 1944. Ce jeudi 31 mars, Nicolas Sarkozy ouvrira finalement cette rencontre à Nankin, au centre de la Chine, entouré de quelque 200 hauts dignitaires, des ministres des Finances allemand, américain, britannique, russe, espagnol aux gouverneurs des banques centrales européenne (Jean-Claude Trichet), coréenne, suisse en passant par le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, et des économistes de renom comme le Prix Nobel Robert Mundell ou Jim O'Neill (Goldman Sachs), « l'inventeur des Bric ».Il n'y a donc Pékin pour affirmer qu'il ne s'agit là que d'un sommet seulement « académique et non officiel », selon la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. « La venue en Chine de Nicolas Sarkozy a été un casse-tête pour la Chine. Il fallait qu'un officiel à son niveau l'accompagne sans pour autant paraître donner trop d'enjeu politique à cette conférence », confie une source chinoise. À Nankin, l'interlocuteur du président français sera le vice-Premier ministre, Wang Qishan, qui, comme l'indique l'Élysée, est certes « promis à des fonctions plus élevées dès l'an prochain », mais, dans le protocole, n'a pas le rang de chef d'État.Pékin veut notamment éviter que l'on parle de sa monnaie, pomme de discorde permanente avec ses partenaires, en premier lieu les États-Unis qui accusent la Chine de manipuler le yuan pour le maintenir à un niveau bas et très compétitif face au dollar. « Le yuan n'est pas à l'ordre du jour » du séminaire de Nankin, s'est empressé de clarifier Pékin.Certes, il n'y a pas lieu d'attendre une décision chinoise sur son régime de change lors du séminaire de jeudi, comme le souligne l'Élysée. Mais cette retenue de Pékin sur les questions monétaires est pour le moins incongrue pour une nation qui dispose des premières réserves de change du monde (2.850 milliards de dollars). La deuxième économie mondiale (ayant surpassé l'an dernier le Japon) cherche d'ailleurs à passer sous silence son rôle de banquier mondial : au G20 Finances, le mois dernier à Paris, les représentants chinois ont bataillé ferme pour éviter qu'il ne soit fait mention de ce statut dans le communiqué final. À Nankin, au moins, ils ne devront pas lutter pour cela : il n'y aura ni communiqué ni conclusions à l'issue du séminaire.Ignorant les demandes de leurs partenaires commerciaux, les dirigeants chinois argumentent à l'envi qu'une forte réévaluation du yuan créerait des déséquilibres dans leur vaste économie, suscitant des mouvements sociaux difficilement contrôlables.Les membres du G7 en ont d'ailleurs tiré la conclusion récente qu'il ne servirait à rien de solliciter la banque centrale chinoise de participer à la récente intervention coordonnée de leurs banques centrales sur le yen japonais. « Le format le plus efficace pour une action coordonnée sur une devise du G7 est... le G7 », résume une source occidentale. Un engagement plus marqué de Pékin dans les affaires du monde, qu'elles soient financières ou politiques, est encore loin. Même si l'abstention chinoise sur l'intervention militaire en Libye fait figure pour l'isolationnisme de Pékin de bouleversement géopolitique.Virginie Mangin, à Pékin, et Frank Paul Webe

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