Vers un grand nettoyage à Westminster

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L'odeur de vieux graillon et les toiles cirées à carreaux rouges et blancs plantent immédiatement le décor. Les Britanniques ont un nom pour ce genre de restaurants : « greasy spoon » (« cuillère grasse »). Au sous-sol du centre commercial de Luton (50 kilomètres au nord de Londres), le petit café de Daphne n'a aucune prétention, à l'exception de ses prix absolument imbattables pour ses pommes de terre en robe de chambre.Dans cette atmosphère, Esther Rantzen est dans son élément. Grande dame de la télévision britannique, qui fêtera ses 70 ans en juin, elle est immédiatement reconnue. Pendant plus de vingt ans, elle a présenté la très populaire émission « That's Life », défendant les droits des consommateurs. Aujourd'hui encore, elle apparaît régulièrement sur le petit écran.Ce n'est cependant pas son statut de star qui l'amène à Luton, mais la politique. Esther Rantzen est candidate aux élections législatives, en tant qu'indépendante dans la circonscription de Luton Sud. Si elle se lance ainsi, c'est en réaction au scandale des notes de frais des députés. La député travailliste locale, Margaret Moran, a été l'une de celles qui a le plus abusé du système (voir encadré). « J'étais tellement scandalisée que j'ai écrit un article disant que chacun d'entre nous devrait se présenter aux élections, explique Esther Rantzen. Une chaîne de télévision m'a prise au mot et m'a demandé de venir visiter Luton. Je suis tombée amoureuse de l'endroit. » Et voilà comment depuis un an la star de la télévision s'est lancée dans la politique.Le cas Esther Rantzen est symbolique de cette élection. Margaret Moran, suspendue du parti travailliste, ne se représente pas. Comme elle, environ 150 députés (sur 650) prennent leur « retraite » cette année. Avec les travaillistes qui perdront leur siège, c'est près du tiers des parlementaires qui seront renouvelés à la Chambre des communes le 7 mai : un immense coup de balai après le scandale de l'an dernier.Chris, un chauffeur de bus prenant sa pause dans le « greasy spoon » de Daphne, contient mal sa colère face au scandale des notes de frais. « C'est du vol, non ? Si j'avais fait la même chose, on m'aurait jeté en prison. » Sa femme, Pamela, opine : « Les hommes politiques travaillent avant tout pour eux-mêmes, pas pour nous. » Sur son fauteuil roulant, un habitué des lieux interjette : « Vous avez vu les débats télévisés ? Quelle calamité. Tous les mêmes. »combler un vide politiqueFace à eux, Esther Rantzen approuve. « L'attitude de Margaret Moran était honteuse. Si je deviens député, je me soumettrai à une évaluation annuelle de mon électorat, et je changerai le système pour que les élus puissent être mis à la porte par les électeurs. »Difficile de savoir si Esther Rantzen a la moindre chance de l'emporter, aucun sondage n'étant disponible pour la seule circonscription de Luton. Sa présence vient cependant combler un vide politique béant. Dans ce bastion travailliste, les treize années de pouvoir du New Labour ont laissé les électeurs sans illusions. Quant aux conservateurs, il n'en est pas question : « David Cameron n'a pas la moindre idée de ce qu'est la vie des gens normaux », lance Pamela, qui vit d'allocations sociales. Contrairement à son mari, qui en reste à un « tous pourris » sans exception, elle se dit tentée par Nick Clegg, le leader des libéraux démocrates. A moins que le vainqueur, une fois de plus, soit tout simplement l'abstention, qui a fait un bond depuis quinze ans. Éric Albert, à Luto

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