Le carnet de bord boursier et... décalé de Gaël Vautrin et Fabio Marquetty

STRONG>Lundi : Veau de Pentecôte sauce puddingAux six coins de l'Hexagone, on célèbre la venue du Saint-Esprit. Revêtus en tenue d'apôtres, les investisseurs prient pour des jours meilleurs. Alors que l'on s'apprête à découper le Veau de la Pentecôte, un invité surprise joue les trouble-fêtes. Cameron, pas le James du Titanic ou d'Avatar, mais le David du 10 Downing Street. Grisé par ses nouvelles fonctions, le nouveau Premier ministre britannique fait du zèle. C'est décidé, la Grande-Bretagne doit entamer un régime. Des mesures d'économies seront mises en place dès cette année pour récupérer près de 7 milliards d'euros. C'est à la fois peu (1% du budget de l'Etat seulement) et encore trop pour des opérateurs devenus allergiques à l'austérité budgétaire. A Wall Street, c'est la débandade : les pressions vendeuses font plonger les indices vers des plus bas annuels. Un sort que ne va pas tarder à connaître la Bourse de Paris, épargnée le temps d'une journée par une heure de clôture favorable. Mardi : 90 60 90 Les investisseurs sont des enfants gâtés. Capricieux. Ça fait plus de deux ans que cela dure, que tout le monde se plie à leurs exigences. Et ils ne sont toujours pas contents. Il fallait regonfler les banques, on a regonflé les banques (enfin pas toutes ...). Il fallait injecter, façon Botox, des milliers de milliards dans les économies, histoire de leur redonner des courbes de croissance, on a injecté. Il fallait se serrer la ceinture et la taille budgétaire, la zone euro promet, sans qu'on lui en demande tant, d'être anorexique dans deux ans. Et pourtant, cela ne suffit pas. « Bah oui mais si vous êtes anorexiques, vous n'aurez plus de forme ! ». C'est bien ça le problème ! Qui dit austérité, dit croissance zéro. Et là forcément, c'est plus du tout sexy. Un peu comme la mode impose des standards de beauté (90, 60, 90), les investisseurs imposent leurs critères de sensualité aux économies et aux marchés (3 %, 0 %, 3 % : déficit, chômage et croissance). Et alors que l'on croyait la Grande-Bretagne à l'abri de la mode de l'anorexie budgétaire, voilà qu'elle vient de céder. Demain, la France ? Rien d'étonnant à ce que la libido des investisseurs flanche et que les marchés regardent franchement vers le bas aujourd'hui. Mercredi : TechniqueDéfinition. Technique : Adjectif masculin souvent associé dans le jargon boursier au mot « rebond ». Un rebond technique qualifie un mouvement de marché haussier sans grande explication et dont la seule logique tient au fait que la veille, à la clôture, il était difficile de tomber plus bas. Technique traduit dans ce sens un phénomène abscons et inintelligible pour le plus grand nombre, comprendre dans le langage populaire : « ça rebondit, parce que c'est comme ça ! ». Exemple. Ce mercredi 26 mai, le CAC 40 opère un rebond technique de 2,92 %. Toute corrélation avec la qualification de Jo-Wilfried Tsonga pour le troisième tour de Roland Garros étant à écarter (quoi que... les marchés sont tellement névrosés ces derniers temps), reste l'annonce par l'OCDE d'une croissance de 1,7 % en France cette année et de 2,11 % en 2011 (c'est pas encore le Brésil mais ça commence à y ressembler). A souligner dans ce cas pratique, la « faible ampleur » du rebond technique, vu le motif de satisfaction. C'est à n'y rien comprendre vu le marasme actuel. C'est normal, c'est technique.Jeudi : Chine ImpérialeOn se frotte les yeux, on peine à y croire. Les trois lignes de l'édition numérique du Financial Times décrivent une réalité (du moins supposée) insupportable. La Chine chercherait à se débarrasser des 630 milliards de dollars d'obligations d'Etats de la zone euro qu'elle détient en réserves. L'information publiée sur le site du célèbre quotidien britannique la veille à 18h45 tapantes n'est pas passée longtemps inaperçue. Quelques heures seulement ont suffi à la nouvelle pour se répandre comme un feu de poudre. Les cambistes voient rouge. La monnaie unique ne tarde pas à descendre sous la barre des 1,22 pour coter 1,2154 dollar. A minuit et quinze minutes pour être très précis. L'euro n'avait pas besoin de cela pour flancher. Heureusement, dans un élan impérial, l'Empire du Milieu dément la rumeur et proclame, à ceux qui ne l'auraient pas entendu, son amour pour le Vieux Continent. Il ne faudrait pas non plus que nos fleurons nationaux deviennent trop compétitifs en terre émergente. Vendredi : Quand la confiance règneQui a dit que les traders constituaient une espèce à part ? Comme nous, ils mangent, boivent, dorment, ressentent même parfois des émotions. En tout cas suffisamment pour se montrer sensiblse à l'évolution du moral de leurs contemporains. Surtout lorsque ces derniers sont susceptibles d'alimenter le moteur de la première puissance économique mondiale. Les ménages américains ont moins dépensé que prévu en avril ? Qu'importe : l'espoir fait vivre. Car c'est d'espoir, ou plus précisément de confiance dont il s'agit. Celui du consommateur visiblement plus prompt à réutiliser son porte-monnaie ce mois-ci. C'est l'Université du Michigan qui le dit. De Wall Street à Paris, c'est la révélation et l'on se voit déjà trinquer à la reprise sous le soleil des vacances. Rien de tel pour entretenir le moral que de rêver éveillé.

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