Miquel Barceló lance ses sortilèges sur Avignon

 |   |  453  mots
Paris au début des années 1980. Un carton d'invitation glissé dans la pile de courrier attire l'attention d'Yvon Lambert. Il reproduit un tableau d'un inconnu nommé Miquel Barceló, à l'occasion d'une exposition de groupe à Montpellier. Le célèbre galeriste téléphone pour en savoir plus et tombe sur le jeune artiste. Qui l'invite aussi sec à découvrir son travail. Et l'entraîne dans la foulée à Barcelone pour lui montrer son atelier.Trente ans après, les deux hommes travaillent toujours ensemble. Et se retrouvent en Avignon pour une sublime exposition dispersée sur trois sites différents. D'abord, le bâtiment de la Collection Lambert en Avignon qui abrite un ensemble important de tableaux, sculptures ou aquarelles réalisées au cours des dix dernières années. Autant de pièces regroupées par thème, remarquablement mises en espace, qui brossent aussi le portrait d'un artiste majeur partageant son temps entre Paris, Majorque sa terre natale et le pays Dogon au Mali.C'est là qu'il a, par exemple, commencé une drôle de collaboration avec des termites, n'hésitant pas à leur soumettre ses aquarelles, pour mieux travailler ensuite sur les trous et le sable laissé par les bestioles. Car Miquel Barceló est un chercheur insatiable, qui sonde et travaille inlassablement la matière. Comme pour ses portraits majestueux d'albinos africains, réalisés à l'eau de javel. Ou encore cette série inédite de natures mortes recouvertes de la suie échappée de son four à céramique auprès duquel elles avaient été déposées.Mais Barceló reste à jamais un îlien. La beauté de ses marines éclabousse le visiteur jusqu'à lui arracher des larmes. Le ciel s'y confond avec l'eau, les nuages avec l'écume. D'autres renvoient à Turner. Car l'artiste ne cesse de dialoguer avec ses aînés.C'est d'ailleurs pour se confronter à Picasso qu'il a souhaité exposer au palais des Papes où a eu lieu la dernière exposition du maître, de son vivant. Lui y a installé ses céramiques, n'hésitant pas à poser ses masques sur les gisants, convoquant ici un bestiaire où un gigantesque éléphant fait le poirier sur sa trompe.Au musée du Petit-Palais, à quelques pas de là, Barceló a réussi un exploit?: donner à voir ses sources d'inspiration en présentant des retables ou des sculptures du Moyen Âge à la Renaissance empruntés au musée d'Art gothique de Majorque ou à des institutions religieuses de son île. Face à elles, il expose ses aquarelles rongées par les termites, comme ces oeuvres l'ont été par le temps. Et l'on se dit que, dans des siècles, Barceló sera probablement l'un des rares qui restera. Yasmine Youssi, en Avigno

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :