Café Pleyel : la navette spéciale

 |   |  393  mots
Ça ressemble à une soucoupe volante. Ou plutôt à l'idée que l'on se fait de la salle à manger d'une soucoupe volante. Blanche, spacieuse, étrange, flottante. D'aucuns diront que l'ancien foyer de la salle Pleyel leur fait penser à un transatlantique des années 1930... Or, on n'a jamais vu de néons comme des mikados au-dessus des têtes dans un palace des mers, jamais.Donc, une navette spatiale. Ici, le capitaine Kirk se nomme Arnaud Daguin. L'homme a un pedigree : il est le fils d'André, le cador du canard, le Mandrake de la TVA à 5,5. Arnaud règne avec talent sur Hégia, l'une des plus belles maisons d'hôtes de France. Et surtout, l'une des plus savoureuses, la seule à être étoilée. Cette année, car cela change chaque année, il est le chef invité du café Pleyel, deux étages au-dessus du « salon de musique »le plus chic du VIIIe. Vous ne le verrez pas, non pas qu'il ne soit pas là mais l'espace est si vaste que l'on ne sait même pas où sont les cuisines !Et l'on déguste quoi dans une navette spatiale ? En entrée, un foie gras de canard parfait, pas trop froid, bien poivré, ou un cru-cuit de champignons alléchant sur la carte, plus discutable dans l'assiette, un poil caoutchouteux et peu esthétique.Les plats permettent de se faire une idée plus juste de la crativité du chef. Le « vrai-faux » hamburger de canard au foie gras, dans lequel le céleri-boule remplace le pain, est réjouissant, le maquereau « encanardé » pommes allumettes est un grand écart réussi entre terre et mer de même que la côte de veau cloutée et salée aux anchois. On atterrit avec de délicieux casse-museaux à l'armagnac nageant dans une crème légère vanillée. La clientèle en pilotage automatique a l'air ravie. Il est là le don de Daguin : jouer à contre-pied, marier les contaires, utiliser les doigts et pas l'argenterie, bref, il met un peu de fantaisie maîtrisée dans un arrondissement cravaté.Carte des vins courte (10 rouges, 3 blancs) aux prix serrés, service diligent et infiniment sympathique ; voilà un déjeuner bien troussé qui redonnera un peu d'allégresse et de légèreté à ceux qui s'interrogent sur le destin de l'homme sur terre... Éric MATHAericmatha@yahoo.com

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :