« Ni médecin ni pompier », mais que fait donc madame Ashton ?

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Les opérations de secours qui ont suivi le tremblement de terre en Haïti auraient pu permettre à Catherine Ashton de surprendre d'entrée de jeu. Ses détracteurs, déçus par la nomination d'une Britannique novice au poste de chef de la diplomatie européenne, l'attendaient au tournant mais celui-ci est arrivé trop vite. En 2008, alors que la présidence française de l'Union s'annonçait incolore, Nicolas Sarkozy avait su profiter de la crise géorgienne en étant partout à la fois, donnant ainsi le sentiment qu'il y avait un maître à bord. À l'inverse, Catherine Ashton n'a été nulle part où on l'attendait et a semblé dépassée par les événements en Haïti. À sa décharge, elle ne dispose pas encore de son service diplomatique et l'Europe n'est pas dotée de mécanismes pour réagir vite et de manière coordonnée à ce genre de catastrophe. Alors que sa fonction consiste à être la voix de l'Europe dans le monde, elle est restée muette et a préféré la coordination en coulisse. Elle a pris le parti de ne pas se rendre sur place, pour ne pas gêner les opérations de secours, comme le lui avaient conseillé les responsables de l'ONU. « Je ne suis ni médecin, ni pompier », a-t-elle expliqué. Une considération pratique qui n'a pas arrêté son homologue américaine Hillary Clinton. « La politique, c'est du symbole »Et dans l'ordre des choses, le drapeau américain flotte sur les décombres de Port-au-Prince alors que la bannière européenne est invisible. De la même manière, Catherine Ashton a choisi de se faire représenter par Bernard Kouchner à la conférence des donateurs organisée à Montréal, bien que l'UE soit de loin le premier bailleur pour Haïti. Elle a jugé plus utile d'être présente ce jour-là à Bruxelles pour diriger les travaux des ministres des Affaires étrangères européens sur Haïti. Si elle s'était rendue à Montréal, sans doute aurait-elle aussi été critiquée pour son absence de Bruxelles. Déplorant ces rendez-vous manqués, Eva Joly, qui préside la commission du Développement du Parlement européen considère que l'Europe n'a pas existé en Haïti, or « la politique, c'est du symbole et Catherine Ashton n'est pas capable d'être la voix de l'Europe ». Non seulement Lady Ashton n'a pas réussi son baptême du feu mais, focalisée sur Haïti, elle perd du temps sur son grand chantier : la mise en place de son futur service d'action extérieure. Du coup, les chancelleries des Etats membres ainsi que le président de la Commission, jaloux de leurs compétences, profitent de toutes les brèches pour placer leurs pions et délimiter leur territoire. « J'ai cinq ans pour réussir », dit Catherine Ashton pour se rassurer face à l'immensité de sa tâche.

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