Guerre en Irak : la longue autojustification de Tony Blair

Il n'y aura eu ni repentance, ni regrets. Durant six heures d'interrogation très technique, Tony Blair n'a pas exprimé le moindre doute sur la justification de l'intervention militaire en Irak en 2003. Défendant pied à pied ses décisions, face à un panel de cinq hauts fonctionnaires chargés de l'enquête publique sur l'Irak, l'ancien Premier ministre britannique a rejeté en particulier l'idée que le conflit ait été un complot mis en place avec l'ancien président des Etats-Unis, George Bush.« Ce n'est pas un mensonge ou un complot ou une malhonnêteté ou une duplicité. C'est une décision », a-t-il asséné. A deux reprises, juste avant de terminer le questionnement, John Chilcott, qui préside le comité d'enquête, a demandé à Tony Blair s'il avait des regrets. « Une responsabilité, oui, mais pas de regrets d'avoir retiré Saddam Hussein. C'était mieux de s'occuper de cette menace, le monde est plus sûr aujourd'hui. »Tony Blair n'en démord pas. Pour lui, le 11 septembre a tout changéPour lui, les attentats du 11 septembre 2001 à New York ont tout changé. Non pas que l'Irak soit soudain devenue plus dangereuse, mais parce que « le calcul du risque avait changé ». En clair, il n'était plus question de laisser un régime jugé dangereux s'armer. De même, il défend sa volonté d'avoir été systématiquement aux côtés des Américains. « Je ne voulais pas qu'ils pensent qu'ils n'avaient pas d'autre choix que d'y aller seuls. » Mais il rejette l'idée qu'un accord secret ait été passé avec George Bush en avril 2002, lors d'une réunion désormais fameuse dans le ranch du président américain. « Le seul engagement était de s'occuper de Saddam. C'est public. (...) Mais la méthode pour s'en occuper restait ouverte. »Les spectateurs, qui étaient en grande partie composés de familles de soldats britanniques morts en Irak, n'étaient évidemment pas convaincus. « C'est le Premier ministre le plus dangereux que nous ayons jamais eu », estime le père d'une victime. « Il aurait été bon de le voir baisser la tête de honte, mais je savais que cela n'arriverait pas », ajoute un autre. Sous la pluie battante devant la salle des congrès à Londres où se tient l'enquête, une jeune fille de 19 ans qui a perdu son frère dans le conflit sanglotait : « Tony Blair est un meurtrier. »Pas de procèsL'incompréhension entre les opposants à la guerre et l'ancien Premier ministre n'a certainement pas été résolue par l'interrogatoire. Celui-ci était d'ailleurs formellement une « audience », réalisée sur le ton poli et sérieux caractéristique des cinq hauts fonctionnaires qui mènent cette enquête. Son président, John Chilcott, a d'ailleurs rappelé une nouvelle fois qu'il ne s'agit pas d'un procès. Personne, à l'issue de l'enquête, ne sera poursuivi en justice. Il s'agissait simplement de tirer les leçons de cette guerre. Pour Tony Blair, la principale leçon ne fait pas de doute : malgré un bilan minimal de 100.000 morts violentes en Irak depuis mars 2003, s'il était à nouveau confronté à ce choix, il prendrait la même décision.

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