La retraite, une affaire

Comme souvent, le risque est grand de voir le débat sur la future réforme des retraites se résumer à une équation comptable ne concernant que les salariés proches de la retraite. Comme toujours, le gouvernement entend limiter ce débat à l'acceptation de choix politiques faussement présentés comme la seule solution possible. Or, la nature du système de retraite contribue à façonner la société de demain. Le gouvernement ne peut aborder ce débat sans l'avis des générations directement concernées par cet enjeu social majeur : les jeunes d'aujourd'hui.Jeunes en insertion, salariés ou étudiants, c'est sur nous que reposera à l'avenir le financement du système de retraite. Attachés à la solidarité entre les générations, nous souhaitons financer aujourd'hui et demain un système de retraite par répartition de haut niveau qui garantisse un niveau de pension permettant de vivre pleinement le temps de la retraite. Nous souhaitons à notre tour bénéficier du droit à la retraite à 60 ans financé par la solidarité. Nous refusons que la retraite par répartition devienne un « filet de sécurit頻 a minima. Nous finançons les pensions d'aujourd'hui, nous refusons d'avoir à épargner en plus pour nos vieux jours, solution inefficace économiquement et inégalitaire socialement.Encore une fois, ce qui se prépare « au nom des générations futures » est fait sans les jeunes et finalement contre eux. Le catastrophisme ambiant ne saurait servir d'argument pour imposer un allongement pur et simple de la durée de cotisation ou pour esquiver une nouvelle fois le débat sur la nécessaire augmentation des financements solidaires des retraites par répartition. Allonger la durée de cotisation aurait pour conséquence de priver encore un peu plus les jeunes du droit à une retraite à 60 ans. Cela entraînerait une nouvelle dégradation inacceptable de l'emploi des jeunes. Alors que notre pays n'a jamais été aussi riche, nous n'acceptons pas que le message que la société adresse à sa jeunesse soit de travailler plus longtemps pour toucher une retraite moins importante, conduisant notre génération à vivre des conditions de retraites moins bonnes que celles de nos parents.Mais pour financer la retraite des seniors, les jeunes salariés ont besoin de garanties quant à leur droit à bénéficier eux-mêmes d'une retraite de haut niveau. En l'état actuel, plus d'un jeune sur trois ne croit pas qu'il pourra bénéficier du régime général. L'allongement de la durée des études et le recul de l'âge moyen d'entrée dans un emploi stable (27 ans) conduisent les jeunes à commencer à cotiser plus tard que par le passé. Afin d'offrir à chaque jeune la garantie de pouvoir étudier sans être inquiété par son avenir, même lointain, il est indispensable de valider les années d'études dans le calcul des annuités. Pour cela, les étudiants, sans revenu, pourraient contribuer au financement du système en s'acquittant d'une cotisation symbolique qui matérialiserait leur affiliation à une caisse de retraite. Il est également nécessaire de valider les périodes d'inactivité forcée, et de prendre en compte la situation des jeunes en situation d'insertion professionnelle pour qui l'enchaînement de stages, de CDD, de périodes d'intérim ou de chômage conduisent à accumuler des droits à la retraite très incomplets. En ignorant plus longtemps ces évolutions qui caractérisent notre génération, le gouvernement adresse aux jeunes un message clair : la retraite, ce n'est pas pour vous ! Cela nécessite évidemment la mobilisation de ressources nouvelles. C'est un choix de société que nous proposons. L'élévation du niveau de qualification augmente la productivité et la création de richesse : il est plus que justifié que les jeunes bénéficient en retour d'un investissement de la société qui garantisse leurs droits sociaux. L'accès massifié aux études supérieures est significatif du progrès social : il ne doit donc pas pénaliser les jeunes. nPoint de vueJean-Baptiste PrévostPrésident de l'UNEF

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