« Meilleure ville, meilleure vie »

Ce sont les dernières répétitions. On entend retentir à trois reprises la sirène d'un cargo sur le Huangpu, le fleuve qui traverse Shanghai. Le spectacle est prêt, avec aux premières loges 1,3 milliard de Chinois, ravis d'accueillir du 1er mai au 31 octobre la plus grande Exposition universelle de tous les temps. Au total, 192 pays et 50 organisations internationales participent à cette exposition baptisée « Meilleure ville, meilleure vie ». Les autorités n'ont pas lésiné, elles ont officiellement dépensé 3,2 milliards d'euros (dix fois plus selon la presse locale). « Avec cet événement, qui intervient moins de deux ans après les Jeux olympiques à Pékin, les dirigeants chinois veulent montrer qu'ils ont accédé au rang des nations phares », commente l'écrivain José Frèches, commissaire général du pavillon France. Majestueux et écarlate vif, le pavillon chinois, surnommé « la couronne de l'Orient », est là pour en témoigner : avec 63 mètres de hauteur, il est la pièce centrale d'une manifestation érigée en priorité nationale. Une façon de rappeler qu'un siècle et demi après la première Exposition universelle à Londres, qui avait consacré la nouvelle puissance britannique née de la révolution industrielle, c'est au tour de la Chine de faire venir le monde à elle. Alors qu'en 1851, la présence chinoise dans la capitale britannique s'était limitée à l'envoi par un marchand cantonnais de 12 caisses remplies de soie de Hangzhou - l'étoffe avait fait sensation auprès des visiteurs - en 2010, les partenaires de la Chine n'ont pas ménagé leurs efforts pour « être à la hauteur de l'événement de Shanghai », explique José Frèches. La France a dépensé une quarantaine de millions d'euros pour son pavillon moderne et sobre conçu par l'architecte Jacques Ferrier autour du thème de la sensualité (voir ci-après), la Grande Bretagne, une quinzaine pour sa « cathédrale de semences ». Le pavillon japonais, où l'on peut écouter des petits robots blancs jouer du violon, a coûté la bagatelle de 100 millions de dollars, tandis que la facture du vaisseau spatial en demi-lune de l'Arabie Saoudite s'envole à près de 160 millions de dollars. Sur un plan plus symbolique, les pays ont multiplié les cadeaux pour les 70 millions de visiteurs attendus (chinois à 95 %). Le Danemark a envoyé sa petite sirène de Copenhague découvrir la « Perle de l'Orient », le musée d'Orsay a prêté au pavillon France sept trésors dont « l'Angélus » de Millet et la statue « l'Âge d'Airain » de Rodin. Mais si les États ont répondu présent, les entreprises étrangères se sont montrées plus timorées. Certes, les Coca-Cola, General Motors ou autres Siemens font bon voisinage avec les fleurons industriels chinois. Mais côté tricolore, c'est plutôt la débandade. La plupart des grands noms du CAC 40 ont déserté. Semblant démentir la phrase prophétique d'Albert Londres : « Il est des cités où l'on fait des canons, d'autres des étoffes, d'autres des jambons. À Shanghai, on fait de l'argent. C'est la matière première et dernière. » E. C., à Shangh

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