L'UE choisit la banane sud-américaine pas chère aux dépens des Africains

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Luc Magloire Mbarga, le ministre camerounais du Commerce, était venu ce jeudi à Bruxelles tirer la sonnette d'alarme. Face aux multinationales qui produisent en Amérique du Sud, l'effritement progressif des avantages dont jouissent les producteurs de bananes africains pour écouler leur production en Europe l'inquiète. Il est même, selon lui, en passe de condamner toute une filière, qui fait vivre 500.000 personnes en Afrique de l'Ouest. Luc Magloire Mbarga se sent « trahi ». « Quarante ans après les accords de Yaoundé, c'est la fin d'un modèle de coopération basé sur le développement et la rémunération des producteurs », a-t-il expliqué à « La Tribune ». Les bananes africaines n'ont jamais été en mesure de supporter la concurrence de leurs soeurs sud-américaines, produites à des échelles colossales.Pour clôre l'affaireLes Européens, qui dévorent 5,5 millions de tonnes de ce fruit chaque année, ont d'abord protégé les producteurs africains en contingentant les importations sud-américaines. En 2005, ces contingents ont été remplacés par un droit de douane, mais sans que cela n'apure un contentieux à l'Organisation mondiale du Commerce. Pour clôre l'affaire, Bruxelles a consenti à la fin de l'année dernière une réduction graduelle des taxes sur 10 ans, érodant un peu plus la compétitivité africaine. Pis, les Européens s'apprêtent à signer, lors du sommet de Madrid du 18 mai, des accords bilatéraux avec le Pérou et la Colombie, qui réduiront à nouveau les droits de douane. « On ne sait pas comment compenser cela», explique un professionnel. Au Cameroun, les sites de production ont déjà diminué de moitié en dix ans. « La production bananière est un pilier de l'économie. Et la production rurale est un facteur apaisant » dans des pays instables, a plaidé hier le ministre Mbarga. Auprès des députés, il a plaidé pour des aides à l'investissement plus généreuses, un soutien aux revenus des producteurs et enfin un étalement de la réduction des droits. Ces « mesures d'accompagnement », de quelques centaines de millions d'euros seront bientôt débattues au Parlement, qui jouit, depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, d'un pouvoir de codécision dans ce domaine. « Il n'est pas trop tard », assurait hier le ministre camerounais. Florence Autret, à Bruxelle

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