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Poker en ligne : comment l'eldorado promis est devenu un vrai fiasco en France

La Tribune

Publié le 29 septembre 2013 à 21:02 - Mis à jour le 29 septembre 2013 à 21:02

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Un coup de tonnerre dans le ciel du poker en ligne français. Le vendredi 13 septembre dernier, la Française des Jeux et Barrière ont annoncé l\'arrêt de leur site commun : Barrière Poker. L\'addition est salée : 71 millions d\'euros de pertes d\'exploitation en trois ans.  Trois mois plus tôt, le groupe Partouche, autre poids lourd du secteur, annonçait également qu\'il se retirait du marché, jugeant que \"l\'activité n\'a aucune pérennité à court et même à moyen terme.\" Et en juillet 2012, c\'était Xavier Niel qui prenait également la décision de tirer sa révérence.Sixième trimestre consécutif de baisse du nombre de joueursLe poker en ligne, un secteur qui part à vau-l\'eau dans l\'Hexagone ? Dans son analyse du deuxième trimestre du marché des jeux en ligne, même le commentaire de l\'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) le dit sans ambages :Le nombre moyen de comptes joueurs actifs par semaine du poker en ligne accuse une baisse de 7% ce trimestre, au regard du deuxième trimestre 2012. Il s\'agit du sixième trimestre consécutif de baisse du nombre de comptes joueurs actifs pour ce secteur. (..) Pour la première fois depuis l\'ouverture du marché des jeux en ligne, l\'activité de tournois connaît une diminution.Le seul secteur des jeux en ligne à souffrir autantUn constat inquiétant d\'autant plus que le poker est le seul des jeux en ligne à souffrir de la sorte. En effet, sur l\'ensemble du premier semestre 2013, le marché des paris sportifs est toujours aussi dynamique (les mises ont augmenté de 11% par rapport à la même période en 2012), et celui des paris hippiques maintient sa tendance haussière (+2% des mises sur le premier semestre par rapport à l\'an dernier).Mais comment expliquer alors que le poker en ligne, présenté il y a trois ans seulement comme un nouvel eldorado, aille ainsi de Charybde en Scylla ?Début du boom avec \"l\'effet Moneymaker\"23 mai 2003. Chris Moneymaker, un comptable installé du Tennesse, remporte la plus grande compétition de poker au monde : le Main Event des World Series of Poker.Ce joueur amateur, qui avait sorti de sa poche 39 dollars pour décrocher son ticket pour le championnat, remporte la somme astronomique de 2,5 millions de dollars. Une belle histoire qui va fortement contribuer à la démocratisation progressive du poker.Un phénomène de sociétéEn quelques années, le poker change en effet de dimension et ne se contente plus des cercles de jeux fermés à l\'image trouble. Désormais, il a ses quartiers dans les salons de tout un chacun. Partie des Etats-Unis, la vague finit par déferler, entre autres, sur la France.Ventes records de mallettes de jeux, de DVD, de livres, diffusions d\'émissions de télévision (avec notamment Patrick Bruel commentant des parties sur Canal +) : le poker connaît un véritable boom en France au milieu des années 2000.Et en 2007, le Texas Hold\'em Poker (la variante la plus répandue aujourd\'hui et qui se joue avec deux cartes cachées) est autorisé dans les casinos français qui voient leur fréquentation augmenter.La ruée vers le poker en ligneMais pour le poker en ligne, il faut attendre le milieu de l\'année 2010 en raison notamment d\'une obstruction de Malte dans le cadre des règles européennes.Immédiatement, c\'est la ruée… des opérateurs : les demandes d\'agrément auprès de l\'Arjel, nouvellement créée, se multiplient et à la fin de l\'année 2010, celle-ci a déjà délivré 48 licences à 35 opérateurs, dont 25 pour le poker contre seulement 15 pour les paris sportifs et 8 pour les paris hippiques.Mais très vite, de nombreux opérateurs déchantent. Ce marché qui devait être une véritable machine à cash ne se révèle pas aussi rentable que prévu. Loin de là. Mais rien de surprenant selon Philippe Pestanes, associé au sein du cabinet de conseil Kurt Salmon :Au début, Il y a eu un emballement général. Tout le monde voyait le poker en ligne comme le Graal, et une pléthore d\'acteurs a foncé tête baissée. Mais tous ont très largement surestimé le potentiel de ce marché.Trois types d\'opérateursCes acteurs sont de trois sortes : des pure players (Winamax, Pokerstar) déjà présents sur Internet avant que le poker en ligne ne soit autorisé en France. Il y a également des acteurs venus du jeu physique traditionnel : notamment les casinos Barrière et Partouche.Enfin, on assiste également à l\'arrivée d\'une ribambelle d\'acteurs dont le cœur de métier n\'est absolument pas le poker, ni même le jeu en ligne. Mais ils sont convaincus que ce marché est un nouvel eldorado, à l\'image de Xavier Niel qui lance une filiale de jeux en ligne : Iliad Gaming qui exploite alors les sites Chilipoker.fr et Chilipari.fr. \"Les pure players, tels que Winamax ou Pokerstar, ne partaient pas de zéro\"Tous ne partent pas à égalité. Certains ont déjà des postions avancées dans le secteur, comme l\'explique Philippe Pestanes.Les pure players, tels que Winamax ou Pokerstar, ne partaient pas de zéro, contrairement aux autres. Ils avaient déjà un portefeuille de joueurs conséquent dans la mesure où de nombreux joueurs français avaient déjà un compte chez eux avant que le poker en ligne ne soit autorisé dans l\'Hexagone. Or, c\'est capital sur ce type de marché car une fois qu\'un joueur est habitué à une plate-forme de jeu, une interface, il est compliqué de le convaincre à en changer. Et il faut alors investir énormément en communication pour parvenir à \"débaucher\" un joueur de chez le concurrent. Par ailleurs, les plates-formes de ces pure players étaient opérationnelles et amorties depuis plusieurs années alors que leurs concurrents ont dû les développer, ce qui a été un un investissement très coûteux.Winamax et Pokerstar : 75% du marché français à eux deuxC\'est ce que déploraient d\'ailleurs il y a deux semaines, Barrière et la Française des jeux dans le communiqué de presse annonçant leurs retraits des tables de poker en ligne :Avant la loi de régulation du marché (mai 2010), un certain nombre d\'opérateurs avaient déjà établi depuis plusieurs années leurs positions auprès des joueurs français, acquérant ainsi de la notoriété, de l\'expérience commerciale et des bases de joueurs consolidées.Même son de cloche du côté de Partouche il y a quelques mois quand le groupe a jeté l\'éponge. Des sites ont \"opéré illégalement pendant des années depuis des bases étrangères\", déclarait alors Francis Paire, le président du directoire du groupe. Et selon lui, cette situation leur a permis de constituer une \"cagnotte de guerre et d\'écraser le marché\",D\'après plusieurs connaisseurs du secteur, Winamaw et Pokerstar détiendraient ainsi 75% de part du marché à l\'heure actuelle. \"Leur autre gros atout, c\'est qu\'il s\'agit de groupes internationaux qui bénéficient donc d\'économies d\'échelles conséquentes au niveau de la gestion des plateformes, du marketing…\", ajoute Philippe Pestanes.\"En France, 1% des joueurs réalisent 60 % du montant total des mises\"Mais cet avantage concurrentiel aurait été moindre, si le nombre de joueurs en ligne avait explosé après que les jeux en ligne ont été autorisé en 2010. Mais cela n\'a pas été le cas, comme l\'explique Philippe Pestanes :On attend toujours l\'arrivée en masse des joueurs dit \"récréatifs\" et elle ne se produira pas car le marché du poker s\'est dégonflé, l\'effet de mode est passé. S\'il y avait eu une synchronisation entre cette mode et la légalisation du poker en ligne, quelques opérateurs s\'en tireraient sans doute moins mal aujourd\'hui. Mais actuellement, en France, 1% des joueurs de poker en ligne réalisent 60 % du montant total des mises. Et 10 % des joueurs représentent 80% de ce même montant total des mises. Forcément, il ne peut pas y en avoir pour tout le monde…Une fiscalité pénalisanteDernier point, la fiscalité jugée trop douloureuse par l\'ensemble des opérateurs. \"Le cadre règlementaire est pénalisant et notamment la fiscalité dans la mesure où un prélèvement de près de 6% est réalisé sur chaque mise\", note Philippe Pestanes. Un point de vue qui n\'est pas loin d\'être ouvertement partagé par l\'Arjel.\"En résumé, il y a beaucoup moins de joueurs que prévu, les coûts pour se faire une place sur ce marché sont très importants, des acteurs ont des positions dominantes et la fiscalité est très élevée : il n\'y a donc rien d\'illogique à ce que des opérateurs se retirent\", souligne Philippe Pestanes. A l\'heure actuelle, on ne compte ainsi plus que 19 opérateurs, et seulement 14 agréments pour le poker. C\'est dire si le marché s\'est concentré en trois ans.Ouvrir le marché à l\'international ?Mais hormis l\'adoucissement de la fiscalité, existe-il des solutions pour que le marché se redresse et que l\'hémorragie s\'arrête ? Il y a quelques mois, le président de l\'Arjel, Jean François Vilotte, évoquait plusieurs pistes sur Challenges.fr :Il faut davantage de variantes de jeu de poker qui soient ouvertes en lignes. Seuls trois ont été proposés par le ministère de l\'Intérieur qui tient cette liste de variantes de poker (l\'Arjel a elle à charge la liste des paris sportifs), ce qui est d\'ailleurs dommage pour la réactivité.  (...) il faut réfléchir à l\'ouverture des liquidités à des opérateurs étrangers mais qu\'ils soient évidemment contrôlés et régulés dans les mêmes conditions que les opérateurs français. Il faudrait donc des accords entre régulateurs, comme c\'est le cas avec les Italiens, les Anglais, et qu\'ensuite nous ouvrions les tables à la liquidité internationale.\"A terme il ne restera que trois-quatre opérateurs sur le marché français\"Mais pour Philippe Pestanes, même si ces voies étaient empruntées, (\"cela fait deux ans que l\'on entend parler de ces mesures et rien n\'a encore bougé\", souligne t-il), elles n\'empêcheront pas la concentration inéluctable du marché du poker en ligne dans l\'Hexagone:A terme, je pense qu\'il ne restera que trois-quatre opérateurs sur le marché français. Derrière Winamax et Pokerstar, un ou deux sites, de taille plus intermédiaires, tels qu\'Everest Poker peuvent tirer leurs épingles du jeu. Mais il n\'y en aura pas davantage.C\'est sans doute ce constat qui explique que PMU Poker ait lancé son application mobile il y a quelques jours, et affirme toujours viser 15% de part de marché d\'ici à 2015. Mais rien de sûr. Dans le poker, le retour sur investissement n\'est jamais garanti.>> Stéphane Courbit rachète la société de production de Cyril Hanouna et boucle le rachat d\'Everest Poker>> Xavier Niel arrête le poker en ligne

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