SFR grille la concurrence dans la course à la 4G

Dans la course que se sont livrés les trois opérateurs historiques depuis six mois, c'est SFR qui l'emporte au finish. La filiale de Vivendi est le premier opérateur à lancer la 4G commercialement ce jeudi dans une ville de France, Lyon. «La 4G, nous ne la lançons pas que pour les entreprises ou quelques happy few, mais pour tous les publics», fait valoir le PDG, Stéphane Roussel, en référence à son concurrent Orange, qui a lancé la 4G dans quatre villes la semaine dernière, dont Lyon, mais seulement pour ses clients entreprises avec une seule offre pour tablette, mais aussi à Bouygues Telecom qui mène depuis juin une expérimentation à Lyon avec quelques centaines d'utilisateurs sans offre commerciale. Silence radio du côté de Free Mobile qui a communiqué jusqu'à présent sur un lancement «en 2013». Aux yeux de Stéphane Roussel, «c'est déterminant pour nous d'être le premier sur la 4G en termes d'image, en interne et en externe, pour montrer que l'on met toute notre énergie sur le réseau.» Le PDG rappelle que SFR était déjà «le premier à lancer la 3G en juin 2004», à l'époque dans trois villes (Paris, Lyon, Toulouse). Il est cependant conscient que l'opérateur ne sera «pas tout seul pendant un an»: Orange ouvrira son offre grand public 4G en avril, dans dix villes. Outre Montpellier le 18 décembre, SFR ouvrira Lille, Marseille, Strasbourg et Toulouse au premier semestre 2013.«A Paris au mieux à l'automne 2013» Mais à Paris ce sera «au mieux à l'automne 2013, fin 2013», reconnaît Stéphane Roussel, du fait du retard pris dans les discussions avec la mairie, débloquées mi-septembre. A Lyon, les boutiques SFR, habillées pour l'occasion de banderoles «Lyon déjà 4G», commercialisent d'ores et déjà trois smartphones compatibles (Galaxy SIII de Samsung, HTC One X et Razr HD de Motorola, entre 80 et 200 euros avec subvention) et des forfaits démarrant à 49,99 euros par mois (avec engagement de 24 mois). Ce sont les abonnements «formules carrées» classiques: il n'y a pas de surcoût pour la 4G. Mais ce sont les forfaits haut de gamme (avec illimité voix et SMS) de l'opérateur: la 4G ne sera par exemple pas proposée dans les séries Red, l'offre low-cost de SFR vendue uniquement en ligne. «La 4G c'est un peu comme le passage du noir et blanc à la couleur, c'est de l'instantané incroyable», s'émerveille Stéphane Roussel. Comme avec la 3G et la «visio» (un flop retentissant, faute de terminaux adaptés à l'époque), l'opérateur met en avant les appels vidéo, avec Tango «la meilleure appli du marché», selon le directeur général grand public et professionnel, Frank Cadoret, qui est utilisée par 76 millions de personnes dans le monde dont 4 millions en France (sous iPhone ou Android). Autres arguments commerciaux: le confort de la vidéo en HD, le partage instantané de photo, le téléchargement d'applications en quelques secondes et plus généralement surfer aussi vite voire plus qu'à la maison (théoriquement jusqu'à 100 Mb/s).Un doublement de la consommation de data attenduFrank Cadoret s'attend à un doublement de la consommation de «data», d'Internet mobile avec la 4G. Actuellement, un utilisateur d'iPhone 5 consomme en moyenne 900 Mo par mois, contre 600 Mo deux ans auparavant pour celui de l'iPhone 4 et 350 Mo seulement pour celui du 3GS. «Aujourd'hui, seuls 5% de nos clients dépassent 1 Go par mois. Avec la fluidité de la vidéo que permet la 4G, nous pensons que cela va exploser», confie-t-il. Or les forfaits de SFR ne sont pas très généreux en data : seulement 2 Go pour celui à 50 euros, puis 4Go (70 euros) et 6Go (90 euros) quand l'américain AT&T propose jusqu'à 20 Go (pour 200$...). Toutefois, l'opérateur français n'exclut pas de réviser à la hausse par la suite le «fair use» (le niveau d'usage raisonnable). «On offre une expérience unique pour un prix qui reste raisonnable», plaide-t-on chez SFR.Prendre en tenaille Free Mobile Au vu d'études réalisées auprès des consommateurs, le numéro deux français des télécoms, avec près de 21 millions de clients mobiles, est convaincu que les clients ne s'intéressant qu'aux prix ne seront pas la majorité : ils ne pèseraient actuellement «que 6% du marché, si l'on additionne les clients de Free Mobile qui paient vraiment, pas zéro ou 2 euros, soit environ 2 millions, ceux de Red, de Sosh, de B&You. Ce n'est pas la ruée», considère un des dirigeants de l'opérateur. Sur ce segment, avec sa série Red, il a décidé de s'aligner sur Free Mobile (19,99 euros) en proposant « le même prix avec un meilleur réseau», et même de «casser les prix», avec une offre à 4,99 euros (100 minutes et 100 SMS) : comme Bouygues avec son offre illimitée B&You à 9,99 euros sans data, l'idée est de «prendre Free à son propre jeu, en se bagarrant sur les prix.» Avec la 4G, en revanche, SFR suit «une stratégie de valeur», explique l'opérateur : «on sait qu'on peut remonter les prix par rapport au 19,90 euros», en misant sur «les gens prêts à payer 50 euros» à savoir les accros aux smartphones, prêts à débourser 25 euros par mois en plus du forfait pour avoir le dernier modèle (ce serait 11% du marché), les ultra-connectés prêts à mettre 30 euros pour un accès data (11% du marché aussi) et les clients exigeant le meilleur des services. En proposant d'un côté aux plus technophiles la 4G et les smartphones dernière génération et de l'autre des prix cassés avec sa marque low-cost, SFR espère sans doute prendre en tenaille Free Mobile et restreindre l'espace économique de ce dernier. Mais il reste au quatrième opérateur plusieurs cartes à jouer, en particulier la possibilité de dégainer de nouveaux forfaits intermédiaires (entre 5 et 10 euros) ou de mettre le turbo sur la construction de son réseau, 3G et 4G. «Free sera obligé de changer de braquet», prédit-on chez SFR.

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